Pass sanitaire dans les centres commerciaux : "Il y a un risque de créer un système ubuesque"

Les choses sont à peu près claires pour demain. En revanche pour la suite, il reste encore des questions, principalement pour les centres commerciaux. D'autres considérations entrent en jeu concernant le pass obligatoire.

INTERVIEW - Le projet de loi sanitaire prévoit d'imposer le contrôle du pass sanitaire à l'entrée des centres commerciaux de plus de 20.000 mètres carrés, avec des exceptions. Pour Jean-Marc Jestin, président du directoire de Klépierre, le dispositif pourrait s'avérer inapplicable et "contre-intuitif".

C'est le grand casse-tête du gouvernement. Bien décidé à étendre l'usage du pass sanitaire dès cet été, il envisage de l'imposer dans les centres commerciaux de plus de 20.000 mètres carrés. Le dispositif, retoqué lundi par le Conseil d'État, devrait être aménagé durant le processus législatif. Le gouvernement prévoit notamment des exceptions, qui permettraient à ces grands centres commerciaux de se dispenser des contrôles lorsqu'ils constituent la seule alternative pour les habitants dans un rayon de 20 km. 

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Interrogé par LCI, Jean-Marc Jestin, président du directoire de Klépierre - leader des centres commerciaux - estime que la jauge des 20.000 mètres carrés est "idéologique" et "inefficace". En outre, les derniers aménagements envisagés pourraient conduire à des situations "ubuesques", nous explique-t-il. 

La mise en place du contrôle du pass sanitaire a été retoquée lundi par le Conseil d’État, qui invoque l’accès aux biens de première nécessité et estime qu’un tel contrôle porterait atteinte à cette liberté. Quel regard portez-vous sur cette mise au point ?

Jean-Marc Jestin : Le Conseil d’État reconnaît ici la qualité du protocole sanitaire en place dans les centres commerciaux. Des lieux qui depuis le début de la crise n’ont engendré aucun cluster ni contaminations, qui offrent une garantie sanitaire complète : gestion des flux humains, sens de circulation, contrôle du masque, dispersion des attroupements, renouvellement de l’air plusieurs fois par heure, jauges à CO₂, etc.

Il reconnaît aussi l’utilité sociale des centres commerciaux qui sont pour certaines populations le seul accès aux commerces (de première nécessité ou non) et aux services (médicaux, administratifs). Ils sont aussi des lieux de relais de la lutte contre la pandémie puisqu’ils abritent des points de test, de vaccination, avec l’Ars, les municipalités ou les pharmacies.

 

Pour y répondre, le gouvernement envisage de se reposer sur la notion de "bassin de vie" : le contrôle ne s’appliquerait pas si les clients n’ont d’autre choix que de se rendre dans un centre commercial, dans un rayon maximal de 20 km, pour accéder à ces produits de 1re nécessité. Proposition ubuesque ou applicable, selon vous ?

Nous allons attendre les décrets d’application pour en juger. Mais nous pensons qu’il y a un risque ici de créer un système ingérable, voire ubuesque. Il est par ailleurs contre-intuitif de dire aux personnes non vaccinées d’aller faire leurs achats dans des commerces plus petits et moins sûrs d’un point de vue sanitaire jusqu’à 20 km de distance. Nous sommes confiants dans le fait que le bon sens finira par l’emporter pour un dispositif clair et non discriminant.

Le critère de taille n'est pas le bon- Jean-Marc Jestin, président du directoire de Klepierre

L’exécutif confirme qu’il souhaite imposer le pass sanitaire pour les centres commerciaux dont la surface est supérieure à 20000 mètres carrés. Ce critère vous paraît-il justifié ?

Absolument pas. Le critère de taille n’est pas le bon ! Le gouvernement s’en était d’ailleurs détaché pour établir un des critères de jauge lors du dernier confinement. Une fois encore nos espaces sont sains, l’air y est renouvelé et les jauges respectées. Ce seuil est idéologique et discriminant et ne repose sur aucune base scientifique. Les commerces dans ces centres ne représentent que 5% de l’offre nationale. La mesure, du fait de sa faible portée, est donc selon nous inefficace.

Les exploitants de ces centres ont-ils, selon vous, la capacité humaine pour opérer de tels contrôles ?

En l’état de nos connaissances sur ce projet, il est difficile de répondre. Mais vous pouvez aisément imaginer qu’avec une moyenne de 35 à 40 secondes de contrôle par personne à l’entrée d’un centre (nous ne savons pas s’il faudra ou non contrôler les identités), ce dispositif va générer des files d’attente de plusieurs kilomètres qui sont un non-sens non seulement en termes sanitaires, mais également en matière d’ordre public. Cela risque de générer frustrations, colère et violences. Évidemment qu’il faudra renforcer les capacités de sécurité et de contrôle, mais cela risque surtout de créer des situations véritablement ingérables. Par ailleurs, comme nous sommes connectés à des transports en commun, nous avons des dizaines de milliers de personnes qui traversent nos centres pour aller travailler ou accéder à des services publics tels des préfectures, mairies, hôpitaux, centre médicaux, centres de vaccinations, etc. Allons-nous leur interdire le passage ? Cela n’est pas envisageable.

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Avez-vous connaissance de bonnes pratiques, sur le plan international, qui permettraient d’instaurer un contrôle sanitaire acceptable dans les centres commerciaux ?

Aucun pays européen n’a mis en place de pass sanitaire pour les centres commerciaux, car ce sont des lieux sûrs. À l’inverse, dans beaucoup de pays, nos centres accueillent des centres de vaccinations. Nous avons déjà vacciné 300.000 personnes en Europe. Nous avons proposé au gouvernement d’utiliser nos lieux pour vacciner. 

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