"Je dois remplir mon frigo" : ces commerçants qui trichent et bravent les sanctions du couvre-feu

"Je dois remplir mon frigo" : ces commerçants qui trichent et bravent les sanctions du couvre-feu

VIE NOCTURNE - Ils sont restaurateurs ou buralistes et ne respectent pas le couvre-feu imposé à 18h dans toute la France. Tous estiment qu'ils n'ont pas le choix s'ils veulent survivre.

Marseille, 18h passées. Les rues sont presque désertes et les derniers passants se réfugient chez eux. Tous les rideaux sont tirés. Ou presque. Certains ont décidé de braver le couvre-feu imposé à 18h dans toute la France. Les gérants des enseignes restées ouvertes espèrent gagner quelques minutes ou bien toute la soirée pour les plus téméraires. Alors que les mesures de restrictions liées au Covid-19 touchent fortement les commerçants, certains estiment qu'ils n'ont pas le choix. S'ils veulent survivre, ils doivent laisser leurs portes ouvertes aux clients nocturnes. 

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Et selon ce propriétaire d'un bureau de tabac, interrogé par TF1 dans le reportage en tête de cet article, les habitués sont nombreux après 18h. "Il y a énormément de demandes entre 18h et 19h. Je ferme mes rideaux mais je gratte un quart d'heure ou une demi-heure. Ça me permet de faire de la vente et de rattraper ce qui est rattrapable", assure le patron devant son guichet. L'heure du couvre-feu est dépassée depuis plusieurs minutes. Quelques clients s'agglutinent non loin du comptoir pour acheter une boite de chewing-gum ou un paquet de cigarettes. "J'ai couru pour trouver un bar-tabac ouvert. J'ai vu qu'il y avait de la lumière donc je suis venue aussi", explique une cliente essoufflée. 

La scène est aussi étonnante dans les rayons d'un supermarché. À 19h30, les derniers consommateurs déambulent dans l'établissement. Quelle est l'astuce du gérant de ce commerce pour rester ouvert ? "Je me suis mise à faire de la livraison, ce qui me permet de rester ouvert jusqu'à 23h", explique le patron. Il en profite pour laisser rentrer les clients de passage. Son cœur de cible ? "Les gens qui rentrent du travail comme les infirmiers, les pompiers ou les éboueurs."

Je dois remplir mon frigo- Patrick, restaurateur

Dans un autre coin de la rue, le couvre-feu est aussi très mal compris. Les patrons d'un snack continuent la vente à emporter toute la soirée. "Si on refuse le peu de monde qu'on a, on va être obligés de mettre la clé sous la porte", raconte l'un d'eux. Avant d'accueillir ses clients, les gérants du restaurant rapide surveillent les trottoirs à l'affut du moindre uniforme de police. Ce qu'ils risquent ? Une fermeture administrative et leurs clients pourraient écoper d'une amende de 135 euros. 

De leurs côtés, les bars et les restaurants risquent gros. Patrick, le restaurateur connaît les risques mais continuent de servir les rideaux baissés. Dans le métier depuis vingt ans, le gérant avoue avoir été contacté par des clients pour rouvrir de "façon très limitée" son établissement. "Ils nous demandaient de faire un effort pour ouvrir. Ils nous disaient de ne pas s'inquiéter, qu'ils ne diraient rien", justifie-t-il. Au-delà de la pression infligée par ses clients, le restaurateur explique qu'il doit aussi "remplir son frigo". Enfreindre les règles oui, mais pour des raisons économiques.  

Dans un article du Monde, plusieurs restaurateurs dévoilent leurs astuces pour ouvrir leur table aux clients tout en passant inaperçus. Dans un bistrot parisien, un gérant explique qu'il ne sert pas de frites pour éviter les odeurs. Certains avouent craindre la délation qui pourrait venir des voisins ou même des clients. Alors les gérants ne font confiance qu'aux habitués. 

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Comme Patrick, une poignée de restaurateurs continue de sustenter des clients triés sur le volet. Ces adresses sont souvent connues via le bouche-à-oreille. Pour plus de discrétion, le service est limité. Le coup du siècle ? Ces établissements clandestins risquent gros. Selon Le Figaro, ils sont déjà 559 restaurants à avoir reçu un avertissement de la police nationale depuis le 15 janvier. Dans la majorité des cas, les autorités feraient preuve de souplesse : les restaurateurs écopent d'un rappel à la loi ou bien d'une fermeture administrative. 

En cas de récidive, les gérants risquent de perdre les aides d'État, une béquille importante sur laquelle s'appuient de nombreux professionnels pendant la crise. Avec l'encouragement poussé du gouvernement, les contrôles se sont multipliés ces dernières semaines. Depuis la mi-décembre, plus d'1,9 million de contrôles ont déjà été réalisés pour non-respect du couvre-feu avait rappelé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Au total, 177.000 amendes ont été distribuées. Le 29 janvier, le Premier ministre Jean Castex avait annoncé un serrage de vis en renforçant les contrôles face "aux dérives de quelques-uns". Pas besoin d'aller chercher très loin pour être hors-la-loi.  

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