"Je ne regrette rien car ce serait trop facile" : le témoignage choc d'un ancien DRH qui a licencié 1000 personnes

"Je ne regrette rien car ce serait trop facile" : le témoignage choc d'un ancien DRH qui a licencié 1000 personnes
SOCIÉTÉ

INTERVIEW - Invité du Brunch de l'info sur LCI, Didier Bille, ancien directeur des ressources humaines, est venu présenter son livre "DRH, la machine à broyer". Il y raconte avoir licencié 1000 personnes, dont un quart sans raison, ces 20 dernières années.

D.R.H. Trois lettres pour Directeur des Ressources Humaines. "Le mot Humain de cette dénomination est un abus de langage", assure d'emblée Didier Bille. Cet homme aux cheveux poivre et sel et la barbe rousse est ce qu'on appelle un repenti. Dans son livre, "DRH, la machine à broyer", paru le 15 mars dernier (éditions du Cherche-Midi), où il raconte avoir licencié plus de 1000 personnes ces 20 dernières années "dont 250 sans raison", il décrit les pratiques à la frontière de la légalité auxquelles il a eu recours dans des grands groupes comme General Electric, Nortel ou XP.

"L’entreprise a pour seul obsession aujourd’hui le profit, a-t-il développé sur le plateau de LCI. Et parfois, des personnes dans les entreprises se disent que le profit va passer par une diminution des effectifs ou par le fait de presser des salariés comme des citrons". Il raconte la complexité du système et le profit qu'en tirent les entreprises : "Vous avez tellement de procédures dans les grosses boites que tout le monde prend des libertés à un moment. 

Je pense que sur ce millier de licenciements, je n'ai brisé qu’une seule personne, celle qui ouvre le livre, Marie-Antoinette- Didier Bille, ancien DRH

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Aujourd'hui, il travaille à recréer du lien social dans les entreprises. Qu'est-ce qui lui a donné envie d'arrêter ?  "Je pense que sur ce millier de licenciements, je n'ai brisé qu’une seule personne, celle qui ouvre le livre, Marie-Antoinette." A l'époque, fraîchement arrivé dans une nouvelle société, on lui annonce qu'il va devoir effectuer deux licenciements, dont celui de cette femme de 60 ans au "dossier vierge".

"C’est ce licenciement qui, par le caractère tout à fait inhumain qu’il a, mais également parce que ça ne m’a fait ni chaud ni froid, qui a fait qu’à un moment, j’ai dit : 'Soit tu continues comme cela et puis tu en assumeras les conséquences, soit tu arrêtes'. J’ai décidé d’arrêter".

Vous regrettez de ne pas avoir défendu le droit du travail qui est attaqué depuis 30 ans ?- Didier Bille, ancien DRH

Qu'en est-il aujourd'hui ? A-t-il des regrets ? "Je vous pose la question à vous, lance-t-il. Est-ce que vous regrettez de ne rien avoir fait quand c’est votre collègue qui s’est fait gicler ? Est-ce que vous regrettez de ne pas être descendu dans la rue pour défendre le droit du travail qui est attaqué depuis 30 ans par tous les gouvernements de gauche ou de droite ?"

"Quoique je pense, quoique je ressente, chaque fois que l’on me posera cette question en public - sur un plateau de télévision ou à la radio - je répondrai : 'Non, je regrette rien'. Car ce serait trop facile, raconte-t-il, visiblement ému. Dire que je regrette ce serait aussi manquer de respect aux gens qui ont souffert de moi et à ceux, bien plus nombreux, qui ont souffert des techniques que je dénonce." Et de confier, malgré tout à demi-voix : "Si je ne regrettais pas, je ne suis pas certain que j’aurais écrit ce livre".

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