Joséphine Baker : quand un cercueil (presque) vide entre au Panthéon

Joséphine Baker : quand un cercueil (presque) vide entre au Panthéon

CÉNOTAPHE - Si Joséphine Baker entre symboliquement au Panthéon ce mardi après-midi, sa dépouille restera au cimetière marin de Monaco. Ce n'est pas la première fois qu'une "panthéonisation" se déroule sans le corps de celui qui est honoré.

Ce mardi après-midi lors de la cérémonie de panthéonisation de Joséphine Baker, une procession remontera la rue Soufflot derrière le cercueil de l'artiste et résistante, avant que celui-ci ne soit accueilli au Panthéon par Emmanuel Macron. Mais la dépouille de l'artiste franco-américaine n'aura en fait jamais quitté le cimetière marin de Monaco, où elle repose depuis 1975 : c'est un cercueil presque vide qui va faire son entrée dans le mausolée de la Montagne Sainte-Geneviève, qui ne sera donc pas le tombeau de Joséphine Baker, mais son cénotaphe. La crypte du Panthéon en abrite d'ailleurs quelques autres : tous les "panthéonisés" ne sont pas au Panthéon.

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Joséphine Baker au Panthéon

Le cercueil qui symbolise l'entrée de la star franco-américaine au Panthéon contient en fait des poignées de terre venues des lieux emblématiques de sa vie : de Saint-Louis, la ville du Missouri où elle est née en 1906, de Paris qu'elle a tant aimé, de la vallée de la Dordogne où elle éleva ses douze enfants dans un château, et du cimetière marin de Monaco, où elle repose depuis 1975 aux côtés de son dernier mari et d'un de ses enfants. 

Ce n'est pas la première fois que ce procédé est utilisé lors d'une "panthéonisation". Ainsi Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, toutes deux honorées d'une entrée au Panthéon en 2015, notamment pour leur lutte au sein de la Résistance, n'y ont pas réellement été transférées. De la terre a été prélevée près de leurs tombes, dans le cimetière de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) où repose Germaine Tillion, et dans celui  de Bossey (Haute-Savoie), où la nièce du général de Gaulle est enterrée avec son mari. "Il est bien difficile de dire ce que contient chaque caveau", expliquait à l'époque à FranceTV  Pascal Monnet, qui était alors administrateur du Panthéon. 

Les reliques de Gambetta

La difficulté d'extraire une personnalité de sa sépulture originelle a même parfois été résolue par de surprenants compromis. Ainsi, Léon Gambetta étant inhumé à Nice depuis 1883, c'est son coeur qui fait son entrée au Panthéon en 1920, à l'occasion du cinquantenaire de la Troisième république. C'est dès sa mort que le corps de Gambetta avait vu ses organes dispersés, puisque  sa tête, son cerveau, son bras droit et son coeur avaient été extraits à l'autopsie pour en faire autant de reliques. 

Louis Braille, inventeur de la méthode éponyme de lecture pour les aveugles, a été enterré dans son village natal, à sa mort en 1852. C'est un siècle plus tard que son corps fut exhumé et transféré au Panthéon... sans ses mains, hautement symboliques de son œuvre et demeurées dans sa tombe de Coupvray, en Seine-et-Marne.

Le corps introuvable de Condorcet

Le "tombeau" de Condorcet au Panthéon contient lui aussi un cercueil vide. Lorsque François Mitterrand décida de "panthéoniser" cette figure majeure de la Révolution française durant l'année du bicentenaire, on se mit à la recherche de sa dépouille dans l'ancien cimetière de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). Le corps avait été déposé en 1794 dans la fosse commune, peu après la mort inexpliquée de Nicolas de Condorcet en cellule dans cette bourgade du sud de Paris, et n'a jamais pu être retrouvé. 

D'autres figures illustres du Panthéon n'y sont peut-être pas réellement, faute de disposer d'un corps. Ainsi les circonstances de la mort de Jean Moulin, restées confuses jusqu'à présent, ne permettent pas d'établir avec certitude que les cendres qui ont été transférées au Panthéon en 1964 sont bien les siennes. S'il est supposément mort dans un train qui l'emmenait en Allemagne, le corps du héros de la Résistance n'a jamais été remis à la famille, qui n'a eu que des informations partielles quant à une possible incinération. 

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Inversement, le cardinal Vincenti-Mareri a bien été inhumé au Panthéon à sa mort en 1811, à la demande de Napoléon. Mais cinquante ans plus tard, à la demande de sa famille, ses restes ont été rapatriés en Italie. Quatre "panthéonisés" en ont par ailleurs été déchu par la suite, et leurs corps en ont été extraits - tous quatre pendant la période révolutionnaire. Mirabeau fut ainsi le premier à entrer au Panthéon en 1791... et le premier à en sortir trois ans plus tard.

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