La campagne choc de la Fondation Abbé Pierre contre la déshumanisation des sans-abris

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REPORTAGE - La Fondation Abbé Pierre a lancé ce mercredi au petit matin une campagne de sensibilisation pour dénoncer le mobilier urbain anti-SDF qui grignote de plus en plus d'espace dans les grandes villes françaises. Au programme : affichage sauvage, mobilisation sur les réseaux sociaux et propositions au gouvernement. LCI a suivi cette opération coup de poing.

7h du matin ce mercredi 6 décembre, une quinzaine de personnes, un chasuble siglé Fondation Abbé Pierre sur le dos, se rassemblent dans le 3e arrondissement de Paris. Ce "commando" est à la tête d'une opération coup de poing pour dénoncer le mobilier urbain anti-SDF. Affiches et pot de colle à la main, il se dirige vers une banque qui a opté pour une solution radicale pour faire déguerpir tous les sans-abris : des rambardes armées de pics en fer. Une solution "qui fait froid dans le dos", souligne Christophe Robert, le délégué général de la Fondation.  En l'espace de quelques minutes, les militants inondent la devanture de leur slogan : "Au lieu d'empêcher les SDF de dormir ici, offrons leur un logement décent ailleurs". 


Cette banque n'est pas leur unique cible. Auparavant, ils sont déjà passés dans le 2e arrondissement pour placarder d'affiches le garage d'une copropriété où toute personne qui s'en approche est arrosée d'une douche froide. "On a dû s'équiper de vêtements anti-pluie parce que c'est assez violent", raconte l'un des "afficheurs sauvage". 

#SoyonsHumains : la mobilisation continue sur les réseaux sociaux

Arrosage, boulons installés sur les perrons des magasins, poteaux ajoutés dans les recoins, sièges individuels à la place des bancs publics, le mobilier urbain anti-SDF prend de multiples formes à Paris mais aussi dans toutes les grandes villes de France. Avec ces affiches apposées dans la capitale, à Lyon, Marseille et Metz, la Fondation Abbé Pierre, soutenue par Emmaüs, souhaite alerter les citoyens.


 "On est venus dénoncer la manière dont notre société considère la question des personnes qui n’ont rien, des personnes sans-abris, dont je rappelle que le nombre a augmenté de 50% en 10 ans", s'emporte Christophe Robert -on dénombre aujourd'hui au moins 143.000 sans abris, selon l'INSEE. "On cherche à les repousser plus loin, à les rendre invisibles mais ça n'apporte aucune réponse aux personnes en difficulté". Ces installations sont la preuve, selon lui, que la France a échoué. Et le délégué général de la Fondation en cite rapidement d'autres : les "arrêtés anti-mendicité" ou encore les mairies qui "coupent les points d'eau en ville". 

Au-delà de cet affichage sauvage, la Fondation appelle tous les citoyens à se joindre à son combat sur les réseaux sociaux avec le hastag #SoyonsHumains. "Chacun est invité à participer en postant une photo d’un dispositif de cet ordre. Si le cliché est géolocalisé, le lieu sera répertorié sur le site soyonshumains.fr pour donner à voir et dénoncer l’ampleur du phénomène", explique-t-elle. "Il s’agit d’en mesurer la dimension, mais également de prendre conscience de la manière dont on considère les plus précaires dans notre pays." 

Alerter mais surtout agir avec une stratégie "Logement d'abord"

Mais si cette prise de conscience ne suffit pas, que faire pour changer les choses ? La Fondation a bien quelques idées : "Créer 150.000 logements 'vraiment' sociaux par an", avec "des niveaux de loyers accessibles, sous les plafonds pris en charge par les APL." Autre point d'amélioration, selon elle :  attribuer 25% des logements HLM aux ménages les plus pauvres, un point prévu par la loi mais difficilement appliqué.  Christophe Robert souhaite également "mener une politique de prévention des expulsions locatives" en indemnisant les bailleurs par le biais de la Garantie universelle des loyers (GUL) et en soutenant davantage les ménages en difficulté. La Fondation propose enfin de renforcer la mobilisation du parc privé à des fins sociales, avec un objectif de 40.000 logements par an. 


Ces propositions sont regroupées dans un plan "Sans domicile : objectif zéro" et ont été soumises au gouvernement. En reprenant les mots de l'abbé Pierre, Christophe Robert explique : "Il ne faut pas faire la guerre aux pauvres, il faut faire la guerre à la pauvreté".

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