Restos du Cœur : une 36e campagne au goût amer

Lancement de la 36e campagne des Restos du coeur

PRÉCARITÉ - Alors que les Restos du Cœur ont lancé ce mardi leur 36e campagne d'hiver, les organisateurs s'attendent à recevoir un nombre record de bénéficiaires cette année en raison de la crise sanitaire et économique.

Les différents centres des Restos du Cœur sont sur le pied de guerre en ce jour de lancement de leur saison hivernale. Cette année, il va falloir faire face à la demande, car la crise sanitaire et ses conséquences économiques ont touché de plein fouet de nombreuses familles. L'association s'attend ainsi à recevoir 1 million de bénéficiaires, contre 875.000 l'année dernière, selon les estimations de son président Patrice Blanc 

En Loire-Atlantique, par exemple, dans le centre d'Ancenis-Saint-Géréon, les petites mains s'affairent pour trier la collecte des particuliers, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de cet article. "Ça speed un peu, on a beaucoup de travail car il y a beaucoup de collecte à trier, beaucoup de quantité, donc on s'active", souligne un bénévole. Œufs, pain, pâtes, haricots, boîtes de thon... Des tonnes d'aliments, indispensables au quotidien de nombreuses familles, doivent être rangées avant le coup de feu. Au-delà de la nourriture, il faut aussi penser aux autres équipements comme les couches pour bébé ou les serviettes hygiéniques.

Dans ce centre, on anticipe les stocks depuis cinq mois, car les leçons du premier confinement ont té tirées. "Au niveau de l'urgence, on a distribué 80.000 repas. On s'est dit que si la situation sanitaire ne s'améliorait pas, avec l'hiver qui arrive, on aurait des difficultés. Donc on a commencé à diversifier nos approvisionnements", explique le responsable, qui s'attend à 20% de bénéficiaires en plus par rapport à l'année dernière, rien que dans ce département. 

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+10% d'inscriptions cet hiver

Pour l'heure, sur le plan national, l'association chiffre la hausse des inscriptions pour la campagne d'hiver à +10%, les situations étant "variables selon les départements", avec une explosion de la demande en Seine-Saint-Denis (+45%) et à Paris (30%), selon Patrice Blanc.

"Depuis le confinement, on a vu venir les gens qui n'ont plus rien parce qu'ils ont perdu leurs petits boulots", décrit de son côté Josiane Le Blond, la responsable du centre d'Argenteuil, qui a accueilli 1.500 familles l'année dernière et a enregistré 400 nouvelles inscriptions. Parmi celles-ci, Farida, 40 ans, marquée par un divorce en juin et la difficulté à trouver un travail dans la restauration. "Le premier pas est le plus difficile", confie la jeune femme, venue s'inscrire à la campagne d'hiver sur les conseils de son assistante sociale.

"La crise financière de 2008 s'était traduite par une augmentation en deux ans de 25% de personnes en plus ayant recours à l'aide alimentaire. Nous devons nous préparer à la montée d'une vague d'une ampleur au moins équivalente", alerte le président de l'association. Pour les Restos du cœur, "l'enjeu majeur de cette 36e campagne est de continuer à faire face. Dans l'urgence mais aussi sur le long terme".

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Une grande précarité chez les étudiants

 La crise sanitaire a également changé l'organisation des centres. La distribution accompagnée (les bénéficiaires entrent dans le centre et sont accompagnés par des bénévoles) a laissé place à un système de drive, où les bénévoles apportent les denrées alimentaires à l'entrée du centre, devant lequel les bénéficiaires attendent en file. "La plupart de nos locaux ne sont pas adaptés pour respecter les consignes de distanciation", explique Patrice Blanc. Mais l'arrivée de l'hiver et la dégradation des conditions climatiques interrogent sur la pérennité de ce système. Exit également le "coin café" qui offrait un moment de convivialité les années précédentes. 

L'association alerte, par ailleurs, sur la situation des jeunes, de plus en plus nombreux à frapper à ses portes : avec la disparition des petits boulots qui a plongé des étudiants dans la précarité, ils sont "une source d'inquiétude encore plus particulière" pour Patrice Blanc. Les moins de 25 ans représentent déjà près de la moitié des bénéficiaires, et les mineurs 40%. 

Avant la crise du Covid, fin 2019, quelque 9,3 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, selon l'Insee, et près de 5 millions avaient recours à l'aide alimentaire. Pour certaines associations, la crise va plonger un million de personnes supplémentaires dans la pauvreté.

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