Les rixes entre bandes rivales, un fléau amplifié par les réseaux sociaux

Les rixes entre bandes rivales, un fléau amplifié par les réseaux sociaux

RIXES - Depuis plusieurs mois, les affrontements entre bandes de jeunes issus de quartiers voisins se multiplient, certains diffusant les rixes sur les réseaux sociaux. Ce phénomène qui, parfois, peut virer au drame.

C’est un phénomène, loin d'être nouveau, mais qui connaît une recrudescence très inquiétante depuis quelques mois. Des affrontements entre bandes de jeunes qui se multiplient, avec parfois des issues dramatiques. Lundi 8 mars, deux groupes de jeunes originaires de deux quartiers de Champigny-sur-Marne, une ville de 77.000 habitants située à une douzaine de kilomètres à l'est de Paris, se sont affrontés en pleine rue à coups de couteaux et à coups de poings. Dans la rixe, deux adolescents de 14 et 16 ans ont été grièvement blessés quand deux autres doivent être présentés à un juge en vue d'une éventuelle mise en examen pour "tentative d'homicide volontaire".

Interrogés par TF1, certains jeunes faisant partie d'une bande originaire des Yvelines ont accepté de raconter leur quotidien. Plusieurs d’entre eux expliquent ne pas connaître la raison de ces affrontements : "Ça date d’il y a longtemps, on n’était même pas nés, on a grandi dedans, on a grandi avec ça." Quand d’autres concèdent qu’il s’agit d’un engrenage duquel ils ne peuvent pas sortir : "Une fois que c’est lancé, c’est fini, tu ne peux plus t’arrêter. C’est à vie, jusqu’à la mort." Pour ces jeunes, en manque de repères et grandissant pour la plupart dans des contextes extrêmement difficiles, la bande est une sorte de famille : "On est solidaires entre nous, toujours ensemble. On est du même quartier, il n’y a pas d’embrouille entre nous, rien du tout. Le quartier, c’est la famille", déclare l'un d'eux. 

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Des violences amplifiées par les réseaux sociaux

Un avis que développe Dayé Diakité, un des grands de la cité, pour qui l’isolement et l’abandon sont les raisons de ces violences. "Le quartier, c'est tout pour eux, c’est leur vie. Ils n’ont connu que ça. Pour eux, se battre pour leur quartier, c’est naturel, c’est quelque chose de normal. Ils ne connaissent rien d’autre", explique-t-il. Pour Mama Sy, éducatrice spécialisée et élue locale dans l’Essonne, l’État et les autorités locales ont leur part de responsabilité : "On avait des maisons de quartier, des policiers municipaux qui étaient sur le territoire, un service éducatif qui était fonctionnel. Aujourd’hui ce n’est plus le cas."

"Plus on avance dans le temps, plus les jeunes sont livrés à eux-mêmes. Ils ne se contentent plus de se bagarrer, ils sont en train de s’entretuer. Qui protège les jeunes de ce territoire, qui ?", déplore-t-elle. Ces violences, récurrentes depuis plusieurs années, ont été décuplées par l’émergence des réseaux sociaux, certains filmant et diffusant leurs affrontements sur les réseaux sociaux, comme un étendard virtuel et un avertissement bien réel adressé aux rivaux.

Ainsi, la violence s’amplifie en ligne et les jeunes se plongent de plus en plus dans une "culture de bandes", comme l’explique le sociologue sollicité dans le sujet en tête de cet article : "On a aujourd’hui des jeunes qui restent quasiment connectés en permanence à cette culture de bandes, qui commentent l’actualité des bagarres de bandes sur les réseaux", constate-t-il. "Ils téléchargent des séries qui raconte des histoires de bandes, ils jouent à des jeux vidéo dans lequel ils jouent le chef d’un gang."

La médiation comme solution

Si les autorités semblent impuissantes face à ce phénomène, le problème n’est pourtant pas insolvable. Dans le Val-de-Marne, huit associatifs, qui ont chacun fait partie des deux bandes, ont réussi à apaiser une rivalité historique vieille de 30 ans entre le quartier du Bois-l'Abbé, à Champigny-sur-Marne, et celui des Hautes-Noues, à Villiers-sur-Marne. "On n’a pas été exemplaires, donc aujourd’hui on essaye de trouver des solutions et d’éteindre le feu qu’on a allumé", raconte l’un d’entre eux.

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Ce début d’apaisement a débuté en 2017 lorsque les huit membres d’associations locales se contactent et intiment aux jeunes qui se battent toujours, de cesser les affrontements, le tout en organisant une table ronde avec les jeunes des deux bandes et en leur demandant pourquoi ils se battent, quel est leur passé, leur futur, et comment stopper cette rivalité. "La pierre angulaire d’un projet de ce type, c’est le casting. Tous les acteurs locaux sont reconnus et légitimes dans leur propre quartier et il faut que l’action soit conjointe", souligne une des personnes à l’initiative de cette trêve.

Grâce à des activités sportives, des tournois de football ou encore des fresques peintes en commun, ces jeunes ont pu faire connaissance avec leurs anciens rivaux. "Ça nous a permis de créer des liens avec l’autre ville, ça nous a beaucoup servi. Maintenant qu’on les connaît un peu, on ne va pas s’embrouiller avec eux pour rien", se félicite l’un d’entre eux. Malheureusement, ce genre d’initiatives se révèle encore trop rare, les affrontements entre bandes se multipliant de jour en jour.

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