Âge, durée : comment bien protéger votre enfant de la surexposition aux écrans ?

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FAMILLE - Les enfants et ados passent plus de quatre heures par jour devant des écrans. Soit une heure de plus qu'en 2006. Quels en sont les dangers ? Comment faut-il réguler leur utilisation, en fonction de l'âge de l'enfant ? Serge Tisseron, psychiatre et auteur d'"Apprivoiser les écrans et grandir" vous livre ses conseils.

Les députés débattent ce jeudi à l'Assemblée de la proposition de loi visant à interdire l'usage des téléphones portables dans les établissements scolaires. Cela fait bien un an que les services de l'Education nationale s'arrachent les cheveux avec cette promesse de campagne d'Emmanuel Macron, et sur sa mise en oeuvre auprès des 10 millions d'élèves répartis au sein des 51.000 écoles et 7.100 collèges de l'Hexagone. En 2016, selon les chiffres de l'Arcep, 93 % des jeunes de 12 à 17 ans possédaient un téléphone portable. Et pour cause : smartphone et tablette font aujourd’hui bien souvent fonction de tétine voire de doudou, pour occuper ou calmer les enfants


Depuis quelques années déjà, certains fabricants vont même jusqu’à mettre sur le marché des modèles spécifiques pour les moins de 4 ans. Sans compter les expositions indirectes : télévision allumée en permanence dans le salon et parents moins présents pour l’enfant, car focalisés sur leur propre écran. Enfants comme ados passent aujourd’hui plus de quatre heures par jour sur des écrans interactifs de tout acabit - soit près de 1500 heures par an ! – à jouer sur des applications, surfer sur les réseaux sociaux, regarder des séries, entre autres choses, à en croire une récente étude de Santé publique France

On le voit régulièrement dans le métro : un enfant en poussette qui essaye d’attirer l’attention du parent, mais le parent qui lui fait face est tout occupé avec son téléphone mobile.Serge Tisseron, psychiatre et auteur de Apprivoiser les écrans et grandir (aux éditions Érès)

"De nombreux parents sont tentés de confier à leurs enfants très jeunes des smartphones ou des tablettes de manière à les occuper et à faire en sorte, il faut le dire crûment, d'assumer à leur place les responsabilités parentales, observe Serge Tisseron, psychiatre et auteur de Apprivoiser les écrans et grandir (éditions Érès). Il ajoute : "Même ceux qui ne confient pas forcément d’outils numériques sont moins disponibles pour leur enfant. On le voit régulièrement dans le métro : un enfant en poussette qui essaye d’attirer l’attention du parent, mais le parent qui lui fait face est tout occupé avec son téléphone mobile", déplore le psychiatre, qui alerte depuis de nombreuses années sur l'utilisation abusive des écrans chez les enfants, les ados et les parents lorsqu’ils sont avec leur progéniture.

Attention aux effets toxiques

"La surexposition précoce aux écrans a des effets délétères chez les tout petits, notamment dans le domaine de l’attention et de la concentration. Ce qui a évidemment des conséquences sur le plan scolaire, pointe Serge Tisseron. Ces enfants ont tendance à présenter, en outre, des capacités relationnelles moindres et en particulier dans l'empathie. Et pour cause : c'est entre la naissance et l’âge de 3 ans que l'enfant construit les bases de son aptitude à la vie sociale."


Une récente étude menée au Canada a montré que les enfants ayant passé plus d’une heure par jour devant la télévision, entre l’âge de 2 et 3 ans, souffrent d’un handicap relationnel. "Ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes et ce n’est pas qu’un effet de la consommation d’écrans, c’est aussi souvent que les parents qui laissent l’enfant devant l’écran ne parlent pas suffisamment avec lui", martèle le psychiatre.


Autres effets indirects : la surexposition aux écrans favorise une consommation excessive d’aliments sucrés ou gras et ce, de manière relativement inconsciente et sans systématiquement diminuer la sensation de faim. A cela, il faut ajouter la diminution du temps de sommeil pour les adolescents qui dorment avec leur téléphone posé sur la table de chevet ou sous l'oreiller, ce qui augmente la fatigue, et par ricochet réduit l’activité physique.

Appliquez la règle des "3-6-9-12"

Le psychiatre Serge Tisseron préconise d’"apprivoiser les écrans" en fonction de cinq tranches d’âge. "Avant l'âge de 3 ans, aucun écran n’est conseillé. L’enfant à cet âge doit bénéficier de tout son temps de veille pour exercer ses cinq sens et sa motricité, et interagir avec des êtres humains. Il a même été montré que la télévision nuit à son développement lorsqu’elle marche dans une pièce où il se trouve, et cela même s’il ne la regarde pas Mais en même temps, si un parent passe un bon moment avec son tout petit, on ne va pas lui reprocher de jouer avec lui pendant 10-15 minutes en utilisant un écran, relativise le spécialiste. Ce qu'il est important de rappeler, c’est qu’avant l’âge de 3 ans, seule la relation avec le tout petit compte."


Passé l'âge de 3 ans, l'enfant peut commencer à regarder des programmes seul, de préférence des DVD qu’il choisit parmi quelques-uns mis à sa disposition et qu’il peut regarder plusieurs fois pour les assimiler à son rythme. Mais un adulte doit toujours être à portée de voix. "Il faut évidemment fixer dès le départ un temps d’écran à respecter dans la journée. Ainsi, l’enfant sait qu’il a une demi-heure d’écran entre 5 heures, explique Serge Tisseron. 


Et il est important aussi de parler avec lui de ce qu’il a vu, pour stimuler le langage et la communication. Entre 6 et 9 ans, le psychiatre recommande de ne faut pas dépasser 1 heure de consommation d’écran par jour (hors devoirs scolaires), pour arriver à 2 heures par jour au grand maximum, tous écrans confondus, individuels et familiaux, à l’âge de 12 ans. "De manière générale, il faut bannir les écrans des chambres, et aussi le matin, pendant les repas et le soir avant de s’endormir, car on sait que cela perturbe le sommeil de l'enfant", conseille Serge Tisseron.

Débriefez avec votre enfant

Passé l'âge de 6 ans, , il existe des outils numériques qui stimulent la création, à commencer par un appareil photo numérique. Et on peut parler des photos ensemble, pour aborder le droit à l’intimité et le droit à l’image. Il est également important de continuer à prendre du temps pour parler avec lui de ce qu'il voit sur tous les écrans. "L'idée est d'inviter l’enfant, à l'occasion du repas du soir par exemple, à envisager qu’on peut avoir des avis différents sur une même chose", précise le psychiatre. C'est très important à cet âge que l’enfant soit invité à le comprendre. C’est aussi à cet âge que les parents doivent commencer à lui expliquer les dangers potentiels d’Internet. "Le fait que tout ce qu’on y met peut y rester éternellement, tout ce qu’on y met tombe dans le domaine public, et surtout qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on y trouve", énumère Serge Tisseron.

Une vidéothèque plutôt que la télévision

Le psychiatre Serge Tisseron recommande en outre de privilégier une petite vidéothèque plutôt que la télévision. "Entre 3 et 6 ans, il vaut mieux éviter la télévision qu’il est toujours très difficile d’arrêter, car les programmes s’enchaînent très vite, sans compter que certains d’entre eux sont de très médiocres qualités", souligne le spécialiste. Il vaut donc mieux préférer une petite vidéothèque, constituée de quelques DVD parmi lesquels l’enfant peut choisir celui qu’il désire regarder, à une heure choisie par le parent, la même chaque jour." Ils ont l'avantage, en outre, de permettre à l'enfant de visionner plusieurs fois les mêmes programmes, et ainsi de se les approprier à son rythme. "Je déconseille fortement, en revanche, d'utiliser Internet pour diffuser des dessins animés à leur enfant, insiste le psychiatre. En cliquant, sans le vouloir, l’enfant peut passer de la case dessin animé à la case attentat ou pornographie."

Ne laissez pas votre téléphone à votre enfant

"Le téléphone des parents n’appartient qu’aux parents : ce n’est pas un jouet pour les enfants, souligne le psychiatre. D’abord il est très important de bien marquer une différence entre ce qui appartient aux adultes et ce qui appartient aux enfants. Ensuite, un enfant peut toujours trouver sur un téléphone mobile des choses qui ne lui correspondent pas."


Et pour ce qui concerne la tablette ? "Il est conseillé de ne pas acheter une tablette à l’enfant, quel que soit son âge, mais d’acheter une tablette familiale", conseille Serge Tisseron. Cela permet d’expliquer plus facilement à l’enfant les moments où un parent, un frère, une soeur ou même un camarade en visite à la maison, a envie de s’en servir. De plus, cela permet aux parents de veiller à la qualité des logiciels que l’enfant utilise."

Parents, posez votre smartphone !

"On ne grignote pas de la nourriture à toute heure de la journée, on mange à des heures fixes. De la même manière, on n’utilise pas des écrans à toute heure de la journée. Et c’est valable aussi pour les parents !, souligne Serge Tisseron. Il faut que les parents organisent leur consommation d’écran de telle manière qu’ils utilisent le moins possible leur écran personnel quand ils sont en présence de leur enfant, notamment lors des repas partagés. Le soir, ils doivent prendre l'habitude de laisser leur téléphone mobile sur la table pour bien montrer à l'enfant que, lorsqu’il en aura un, il sera soumis à la même contrainte, il ne l’emmènera pas dans sa chambre."

Le bon âge pour lui acheter un smartphone ?

Le premier portable arrive généralement avec l'entrée au collège. "En France, l'âge moyen est de 11 ans et 8 mois, relève Serge Tisseron. Avant le collège, il est essentiel de déterminer les raisons qui peuvent prévaloir (en général, les longs trajets seul de l'enfant). Dans tous les cas, les parents doivent choisir le téléphone en fonction de l'âge, veiller à installer un contrôle parental (tous les opérateurs en proposent), établir un contrat de bonnes pratiques familiales et réfléchir à interdire à l'enfant de l'emmener à l'école. Et, encore une fois, parler avec l'enfant de ce qu'il en fait : réseaux sociaux, jeux vidéo, etc."

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