Mamoudou Gassama : "Il n'avait pas le droit à l'erreur", analysent les pros du Parkour

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HÉROÏQUE - L'exploit de Mamoudou Gassama, qui a grimpé la façade d'un immeuble à mains nues pour sauver un petit garçon de 4 ans samedi, n'est pas sans rappeler les performances des traceurs, ces pratiquants du Parkour. LCI a interrogé des professionnels de la discipline qui saluent évidemment cet acte de bravoure mais aussi la performance physique.

En se lançant dans l'ascension de la façade d'un immeuble parisien pour venir au secours d'un enfant suspendu dans le vide, Mamoudou Gassama est devenu un héros national. La vidéo de son exploit, filmée par un passant, a fait le tour des réseaux sociaux. 


Vu des dizaines de milliers de fois en France et à l'étranger, cet acte de bravoure lui vaut d'être bientôt naturalisé et a été unanimement salué. Tout comme la prouesse physique qui consistait à escalader à mains nues une façade de 20 mètres de haut en trente secondes. "C'est vraiment un exploit, reconnaît Clément Dumais, athlète de Parkour. Je ne peux pas dire s'il pratique le Parkour mais il se débrouille plutôt bien." Ce qui rend son exploit d'autant plus incroyable, c'est qu' "il n'y est allé qu'avec son courage et c'est ça qui est encore plus impressionnant. C'est encore plus dingue à voir s'il ne pratique pas cette discipline", estime Antoine Dupré, coach au sein de l'association Culture Parkour. 

Passé le premier étage, il y a un risque mortel en cas d'erreur, il a vraiment mis en danger sa vie pour sauver cet enfant.Clément Dumais, traceur professionnel

Car au-delà de la performance physique, c'est son engagement sans compromis qui vaut à Mamoudou Gassama le respect des traceurs professionnels. "Il y avait un vrai risque, souligne Antoine Dupré. Le jeune homme n'avait pas le droit à l'erreur. Il faut être très concentré et, là, il y a avait quand même un enfant dans le vide et beaucoup de personnes qui criaient tout autour. Je ne peux qu'avoir un grand respect par rapport à cette énorme prise de risque." Pour Clément Dumais, "Il faut oser s'élancer sur une telle ascension. Passé le premier étage, il y a un risque mortel en cas d'erreur, il a vraiment mis en danger sa vie pour sauver cet enfant."

Le bagage physique de celui qui sera bientôt naturalisé français en remerciement de sa bravoure n'y est pas non plus pour rien. Au cours d'une telle ascension, "les avant-bras travaillent énormément", analyse Antoine Dupré. Cela nécessite "également des notions d'équilibre pour se tracter d'un étage à l'autre". La figure qui consiste à passer d'un état de suspension au rebord d'un mur "en effectuant un traction suivie d'une antépulsion", comme l'explique la fédération de Parkour, s'appelle la planche. Un mouvement particulièrement difficile. "Il ne s'agit pas de tirer bêtement sur ses bras, il y a aussi de la technique, avance Clément Dumais. Il faut de l'endurance musculaire, savoir s'accrocher et maîtriser sa poigne". 

Pour les deux traceurs, Mamoudou Gassama a en tout cas respecté autant la pratique que les valeurs du Parkour. "Le but de notre discipline, ce n'est pas d'être une star de Youtube, mais d'être utile au quotidien," rappelle Antoine Dupré. La devise du Parkour : "Être fort pour être utile", ses valeurs "force, courage et humilité".  "Pour les puristes, il y a quasiment une dimension spirituelle dans cette discipline, ce n'est pas juste sauter des murets", note le co-fondateur du collectif Hit The Road. "Ça peut être par exemple, descendre la façade d'un immeuble en feu pour aider des habitants. D'ailleurs beaucoup d'anciens pratiquants sont devenus pompiers". Ce sera peut-être le cas de Mamoudou Gassama qui, au surlendemain de son retentissant exploit, a fait part de son intention de rejoindre les sapeurs-pompiers de la ville. Décidément un vrai parcours de traceur pro.

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