"Il m'a tuée en me laissant vivante" : le témoignage de Sarah, violée par son oncle

"Il m'a tuée en me laissant vivante" : le témoignage de Sarah, violée par son oncle

#MEETOINCESTE - Victime de viols par son oncle durant son enfance, Sarah, 21 ans, raconte son calvaire face aux caméras de TF1. Elle salue la libération de la parole qui fait suite à la sortie, début janvier, de "La Familia grande" de Camille Kouchner.

Sur les réseaux sociaux, les témoignages de victimes de violences incestueuses ont déferlé sous le hashtag  #MeTooInceste. Cette vague de dénonciations fait suite à la publication du livre La familia Grande écrit par Camille Kouchner. Dans cet ouvrage, la maîtresse de conférence en droit dénonce les abus sexuels commis sur son frère jumeau alors âgé de 14 ans par son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, désormais visé par une enquête pour "viols et agressions sexuelles".

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Alors que le sujet reste tabou en France, les témoignages sur Twitter illustrent un phénomène pourtant massif. "Ça fait beaucoup de victimes, beaucoup trop. C'est triste mais ça fait du bien de savoir qu'on n'est pas fou", estime Sarah*, âgée de 21 ans. Victime d'inceste commis par son oncle, la jeune femme a décidé de libérer un peu plus la parole en la prenant face aux caméras de TF1. 

Vu que c'est la famille, on se dit qu'on ne nous veut pas de mal- Sarah

Sarah avait huit ans lorsqu'elle a été violée par son oncle pour la première fois. Ces faits se sont reproduits lorsqu'elle a atteint l'âge de 12 et 15 ans. "Quand j'avais 12 ans, il m'écrivait des messages à caractère sexuel. Il m'envoyait des blagues mais ce n'était pas des blagues d'enfants", raconte-t-elle. Tout en évoquant ses souvenirs, Sarah cherche les anciens messages envoyés par son oncle. Elle tombe sur l'un d'eux :"Qu'est ce qui a 32 dents et qui cache un monstre ? Ma braguette". 

Les crimes incestueux sont commis par des membres censés nous protéger, et c'est un paradoxe difficile à comprendre. "Vu que c'est la famille, on se dit que ce n'est pas quelqu'un qui nous veut du mal. On minimise, on pense qu'il fait ça pour rigoler", explique Sarah. À l'époque, elle n'arrivait pas à poser des mots sur ce que son oncle lui faisait subir. "Sur le moment, on ne sait pas ce qui est normal, mais je sentais un malaise." Si elle ne voyait pas son oncle très souvent, il restait présent aux repas de fête. "On ne rejette pas sa famille", ajoute-t-elle. 

On pense qu'on ne va pas nous croire- Sarah

Pendant ce temps, ses parents ne remarquaient rien. "Je ne vivais pas avec mon père, je n'étais chez lui que le week-end. Je ne lui en veux pas". Concernant sa mère, Sarah pense qu'elle a refusé de se confronter à la réalité. "Je pense que ce n'est pas facile d'admettre qu'un membre de sa famille pourrait faire du mal à son enfant", tente-t-elle d'expliquer

Pourtant, plusieurs signaux d'alerte auraient pu alarmer ses proches. Elle décrit : "Je me vois me lever le matin, j'avais mal au ventre et je vomissais de la bile. Je me suis beaucoup renfermée sur moi-même. J'étais une très bonne élève mais à 12 ans, je suis passée de 14 de moyenne à 9." Malgré sa souffrance, elle se souvient de la difficulté de parler : "On se dit qu'on ne va pas nous croire. Mon oncle était une personne aimée de tout le monde." 

Une plainte pour l'instant au point mort

Pendant longtemps, les souvenirs de la jeune fille étaient enfouis. Sarah a connu ce qu'on appelle une amnésie partielle, qu'elle évoque de la façon suivante : "Je me souvenais que je m'étais fait agresser mais il y avait un trou noir."  Elle sort de son amnésie traumatique en janvier 2020.  À la suite de cela, la jeune femme retourne au commissariat - où elle avait déjà porté plainte - pour ajouter les faits de viols sur sa plainte. Seule une partie de sa famille l'a soutenue dans cette démarche. 

Cela fait déjà deux ans que la jeune femme a déposé plainte. "Mon oncle n'a toujours pas été interrogé. C'est un scandale, les gendarmes savent qu'il est en contact permanent avec des enfants", s'insurge-t-elle. Sarah aimerait qu'il y ait un procès et obtenir des aveux de son bourreau pour l'aider à se reconstruire. Pour rappel, les crimes d'inceste sont prescrits trente ans après la majorité de l'enfant. 

Apprendre le consentement aux enfants- Sarah

Les viols incestueux commis par son oncle ont laissé la jeune victime avec de lourds traumatismes. De son propre aveu, Sarah ne se sent pas capable de travailler. "Il m'a tuée en me laissant vivante", déclare-t-elle. Elle avoue qu'elle n'a plus confiance en personne et que sa vie sentimentale a été très affectée. 

Quel message voudrait-elle faire passer aux parents ? "Il faut croire les enfants et les écouter surtout. J'aimerais aussi qu'on leur apprenne le consentement. Leur corps, c'est leur corps. On n'est pas obligé de forcer les enfants à aller faire la bise à leur tonton ", souligne-t-elle. Si elle salue les témoignages des victimes, le chemin est encore long selon elle :"On est très loin de sortir du tabou. (...) Les personnes qui violent ne sont pas des fous ou des malades, ce sont des pères, des oncles, des grands-pères."  

Les enfants victimes d'inceste peuvent contacter le 119

* Son prénom a été modifié.

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