VIDÉO - Migrants : à Calais, le "sas d'hébergement de nuit" fait polémique

VIDÉO - Migrants : à Calais, le "sas d'hébergement de nuit" fait polémique

MIGRATIONS - Au large de Calais, de plus en plus de migrants sont secourus en mer alors qu'ils tentent de rallier le Royaume-Uni. Si, mercredi, l’État a promis 300 places d’hébergements de nuit, l'annonce suscite l'inquiétude des habitants et des associations.

À Calais, la situation des migrants fait à nouveau les grands titres de la presse régionale, ce jeudi 4 novembre. L’État a annoncé, mercredi, ouvrir à nouveau un hangar pour accueillir 300 migrants chaque nuit pour être mis à l'abri. Envoyé en médiation à Calais par le gouvernement ces derniers jours, le patron de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), Didier Leschi, a ainsi promis la création d'un "sas d'hébergement de nuit", précisant que les personnes qui s'y rendront seront ensuite, le lendemain matin, "orientées vers les hébergements pérennes en dehors de Calais".

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La structure doit concrétiser les engagements de l’État, qui a assuré mardi qu’il proposerait "systématiquement" un hébergement aux migrants délogés de leurs campements de fortune, selon Didier Leschi. La décision divise les habitants de cette ville, où depuis plus de 20 ans, de nombreux migrants affluent dans l’espoir de pouvoir se rendre au Royaume-Uni et y travailler, sans se laisser décourager par des démantèlements quasi quotidiens de leurs campements. Actuellement, quelque 1500 personnes sont présentes sur place.

Le retour redouté d'une "jungle"

"Le problème, c'est qu'à chaque fois que l'on crée des hangars, les migrants affluent encore plus, estime François, buraliste, dans le reportage en tête d'article. On va se retrouver avec 5000 ou 6000 personnes, comme ce qu'on a déjà connu, ce qu'il faut éviter." 

Car si le sujet est tant propice à préoccupations, c'est parce que les habitants ont le sentiment que l'histoire se répète sans fin. Après le centre d'accueil de réfugiés de Sangatte, ouvert il y a une vingtaine d'années et fermé depuis, ils se souviennent de la "jungle" de Calais, regroupant 7400 personnes au plus fort de la crise migratoire et démantelée il y a cinq ans, jour pour jour. "C'est sûr qu'on ne veut pas revivre la 'jungle', lance une passante. Ce sont des humains, il faut les mettre à l'abri, mais le lieu est mal choisi." Certains accusent aussi le Royaume-Uni de ne pas prendre ses responsabilités dans la gestion de cette crise.

"Ce système crée des tensions"- Natacha Bouchart, la maire de Calais

La situation se crispe un peu plus chaque jour. Ce jeudi vers dix heures, par exemple, des CRS ont tenté d'évacuer sur un terrain vague des migrants soutenus par des associations, en vain, donnant lieu à des échauffourées. Le bras de fer est aussi engagé entre la municipalité et l’État. La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), a déclaré mercredi qu'elle refusait catégoriquement l'ouverture d'un "sas" de nuit pour les migrants. "Je trouve que ce dispositif n'est pas du tout le bon, j'y suis fortement opposée, affirme-t-elle dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. D'autant plus que malheureusement, on a vu dès ce matin que ce système crée des tensions." 

"Ce sont des dispositifs que nous avons déjà testés et essayés", avait-elle également déclaré à l’AFP, ajoutant que "à partir du moment où on laisse s'installer un campement, ça fait un appel d'air et on en revient à une situation comme dans la ‘jungle’."

Les associations d'aide aux migrants en colère

Les propositions du médiateur Dider Leschi n’ont pas non plus convaincu trois militants associatifs lancés dans une grève de la faim depuis 25 jours, en signe de protestation contre les conditions d’accueil de ces migrants. L’un d’eux, le prêtre Philippe Demeestère, aumônier du Secours catholique âgé de 72 ans, a annoncé jeudi mettre un terme à sa grève de la faim, préférant s’atteler à "mettre en service" un "nouvel abri hivernal" pour des migrants. 

Cette grève, engagée le 11 octobre, "représentait pour moi un outil parmi d'autres", pour lutter contre "des traitements inhumains et dégradants sur les terres calaisiennes", a expliqué le prêtre jésuite dans un communiqué. Interrogé sur LCI le 27 octobre dernier, l’aumônier Philippe Demeestère estimait que "ce qui se vit ici est inadmissible et inhumain", décrivant des migrants qui "depuis des mois vivent sans tente et dorment à même le sol sous la pluie et le vent", et sont soumis à un "harcèlement" renforcé. 

"Il y a un vrai ras-le-bol, on traine décennie après décennie des problèmes qui ne sont jamais résolus", avait-il tancé, estimant que "nos pouvoirs publics sont dans la démission". Une pétition lancée en ligne pour soutenir son action comptait plus de 48.500 signatures jeudi après-midi. Les associations locales continuent par ailleurs de réclamer un "moratoire" sur les évacuations et ont claqué la porte des discussions mardi après-midi. 

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Pendant ce temps-là, les tentatives des migrants de passer outre-Manche se multiplient. Ce jeudi matin, l'un d'eux a été retrouvé mort sur une place de Wissant, à une vingtaine de kilomètres de là, ont indiqué des sources concordantes à l’AFP. Deux autres migrants, qui se trouvaient dans la même embarcation remplie d’eau qui a été découverte, ont été transportés en "hypothermie sévère" à l’hôpital.

Depuis plusieurs jours, les opérations de sauvetage se multiplient au large du Nord et du Pas-de-Calais. Mercredi, un migrant est décédé, un autre a été porté disparu et 779 personnes ont été secourues en mer après le naufrage de plusieurs embarcations de fortune.

De plus en plus de migrants cherchent à traverser la Manche illégalement pour rallier le Royaume-Uni depuis 2018, et le phénomène ne cesse de s’accélérer. En 2020, quelque 9500 personnes avaient tenté ou réussi à traverser la Manche, contre 2300 en 2019 et 600 en 2018. Et depuis le début de l’année 2021, "40.000 personnes" sont arrivées sur le littoral nord depuis le début de l'année, avec l'espoir de gagner les côtes anglaises selon Didier Leschi. La préfecture maritime comptabilise quant à elle "5713 naufragés" secourus entre janvier et octobre 2021, sur les quelque "24.655 personnes" qui ont voulu passer outre-Manche.

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