Mode du CBD : enquête sur ce cannabinoïde dont on vante les vertus relaxantes

Une cultivatrice de chanvre au marché de Crest, dans le sud-est de la France, le 6 février 2021.

TENDANCE - De plus en plus de boutiques proposant des produits à base de cannabidiol (CBD) ouvrent en France. Cette molécule attire une nouvelle clientèle en quête des vertus relaxantes qu'on lui attribue.

La consommation de cannabidiol (CBD) explose dans l'Hexagone. Depuis quelques mois, de plus en plus de boutiques fleurissent sur le territoire pour mettre en vente des produits à base de cette molécule de la famille des cannabinoïdes, à laquelle on attribue des vertus relaxantes. Extraite de la fleur de chanvre, tout comme son cousin éloigné, le CBD n’a en revanche pas d’effet euphorisant. Et pour cause, il contient moins de 0,2% de tétrahydrocannabinol (THC), la fameuse substance psychotrope qui séduit les adeptes du cannabis à usage récréatif. C’est la raison pour laquelle le CDB n’est pas considéré comme une drogue. Enfin, plus exactement, ne l'est plus...

Le 19 novembre dernier, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a jugé illégale l'interdiction du CBD décrétée en France, au nom de la libre circulation des marchandises. Pour justifier sa décision, l'institution a fait valoir que ce produit n'avait pas d'effet psychotrope ni nocif sur la santé, et qu'il ne pouvait donc être considéré comme un stupéfiant ou un médicament. Depuis, les boutiques poussent comme des champignons et notamment dans les grandes villes. On compte aujourd’hui près de 400 points de vente dans l’Hexagone, d’après les chiffres du Syndicat professionnel du chanvre (SPC). C’est presque quatre fois plus qu'à l'été 2018 et la vague de fermetures ordonnée par les autorités françaises.

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Le CBD n'aura d'avenir que si on prend la peine de mener des essais cliniques afin de connaître ses vertus et aussi ses effets indésirables- Le Pr Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d'addictologie de l'Hôpital Paul-Brousse

Le CBD se décline aujourd'hui sous toutes les formes. En fleur, il peut se fumer, s’infuser, comme son cousin éloigné le cannabis, ou bien même s’inhaler. C'est la raison pour laquelle il a été pendant un temps très prisé des fumeurs de cannabis. Mais à en croire Brice Masseix, propriétaire du magasin Purple Store à Paris, ce n’est pas l’usage qu’en ont la plupart des consommateurs. Dans sa boutique aux allures d’épicerie bio, le CBD s’invite dans des produits de consommations courantes, du pot de miel à l'huile d'olive, du thé au café, en passant par les cosmétiques. Et même des compléments alimentaires pour animaux de compagnie. "Nous vendons ici uniquement des produits naturels et qui ne sont pas destinés à être fumés. Il y a un côté relaxant. Et beaucoup de nos clients l'utilisent pour cette raison", explique le gérant.

Car la molécule aurait des bienfaits thérapeutiques, notamment contre l'insomnie, les douleurs musculaires ou encore l'anxiété. "En matière de prise en charge de certaines pathologies, le CBD n'aura d'avenir que si on prend la peine de mener des essais cliniques afin de connaître ses vertus et aussi ses effets indésirables", estime toutefois le Pr Amine Benyamina, spécialiste en addictologie et chef du service de psychiatrie et d'addictologie de l'Hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne). Même s'il croit en ses vertus, il se refuse pour l'heure à en prescrire à ses patients, par précaution. 

Un or vert qui suscite de plus en plus de convoitises

Côté business, le CBD semble en tout cas promis à un bel avenir. Une flopée d’entrepreneurs a senti le filon, à l'instar d'Antoine Alibert, fondateur de Tilyo. "Aux Etats-Unis, le marché explose depuis quelques années. Il pèsera 20 milliards d'euros d’ici cinq ans", avance-t-il. Ce jeune chef d’entreprise s'apprête à commercialiser sa propre huile à base de CBD. "On garde le produit sous la langue quelques instants, puis on l'avale et au bout de 20 minutes il va avoir un effet relaxant", explique-t-il. Mais pour l’heure, le PDG de Tilyo n’a pas d’autre choix que d’importer la matière première depuis la Suisse. Car si la vente de CBD est dorénavant légale en France, la loi interdit néanmoins d'en produire sur le territoire. 

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Une situation paradoxale alors que l'Hexagone est le premier producteur européen de chanvre. La France n'autorise en effet que la culture et la commercialisation des fibres et des graines, à condition que leur teneur en THC soit inférieure à 0,2%. Un rapport parlementaire, rendu public la semaine dernière, appelle à sortir d'une situation "quasiment ubuesque" pour offrir à la France une règlementation plus souple sur le CDB et saisir ainsi l'occasion de développer ce marché en vogue. Le CBD coûte jusqu'à 5000 euros le kilo. Un or vert qui suscite aujourd’hui de plus en plus de convoitises.

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