VIDÉO - "On se fait faire les poches" : radars routiers externalisés, stationnements privatisés... les automobilistes s'inquiètent

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POLÉMIQUE – Les contrôles de vitesse des automobilistes confiés à des sociétés extérieures, c’est la volonté du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb qui a annoncé ce lundi que le gouvernement allait expérimenter la mesure en Normandie avant de l'étendre à toute la France. Derrière l’annonce, des craintes de la part des automobilistes.

Des gestionnaires privés au service de la sécurité routière ? La dernière annonce du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, fait débat. Et pour cause, les voitures banalisées équipées de radars vont être conduites par des salariés du privé. D’ici deux ans, l’ensemble du parc automobile devrait être privatisé. L’objectif pour l’État est double : lutter plus efficacement contre la mortalité routière et libérer 400 policiers et gendarmes pour la sécurité.


Le risque d’une telle mesure ? Que le profit devienne plus important que l’intérêt général. "Même si le gouvernement le nie, c’est une réalité économique", explique Maître Mathieu Lesage, spécialiste en droit routier. Les autorités assurent pourtant que ces sociétés privées se contenteront de conduire des véhicules entièrement automatisés pendant 8h, au lieu de 1h47 aujourd’hui, et seront rémunérées au forfait. "C’est vraiment une prestation au kilomètre (…) il n’y a aucun risque de voir des entreprises qui voudraient faire de l’excès de zèle", rassure le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe.

Ce sont des machines à cash sur routesPierre Chasseray, 40 millions d'automobilistes

Des garde-fous qui ne rassurent pas vraiment les automobilistes. "Dans une entreprise, le vocabulaire c’est la rentabilité. La croissance naîtra du nombre de flashes", craint le représentant de l’association 40 millions d’automobilistes, Pierre Chasseray. "Pourquoi confier un marché lucratif à des sociétés alors que d’autres fonctionnaires peuvent le faire. Ce sont des machines à cash sur routes (…) On est train de se faire faire les poches de gauche et de droite". "Il va y avoir une explosion de PV, mais c’est le but. Sous couvert de prévention, c’est la répression qui prédomine", martèle de son côté Pierre-Olivier Cavey, représentant de la Ligue de défense des conducteurs. Toutefois, la verbalisation des automobilistes en excès de vitesse "restera de la compétence des policiers" et les sociétés extérieures "seront rémunérées au forfait et pas en fonction du nombre de PV", a attesté le ministre de l’Intérieur.

Autre point de discorde : le stationnement. Paris est en passe de franchir le pas. Les quelque 140.000 places payantes que compte la ville vont être confiées à des gestionnaires privés à partir du 1er janvier 2018. Pour la maire, Anne Hidalgo "l’enjeu de cette réforme est de mettre fin à la fraude massive qui coûte 300 millions d’euros à la ville". La capitale fixera les tarifs. Le prix des deux heures de stationnement actuellement autorisées restera inchangé. C'est aussi elle qui percevra les recettes du stationnement. Seule l'opération de contrôle sera externalisée. Le contrôle du stationnement gênant restera piloté directement par la mairie.

"En matière de fourrière, il y a déjà une exagération. Pour le stationnement, ça va être la même chose. Comme ça va être géré de manière informatique, le moindre dépassement sera sanctionné", analyse l'avocat Mathieu Lesage. Côté automobilistes, même enthousiasme. "Les usagers sont perçus comme des personnes taxables. Le fait de faire appel à des prestataires, la collectivité se désengage et c’est un message fort. Cela peut provoquer des excès de zèle". Pas sûr pour autant que cela suffise à convaincre les services de la ville de faire marche arrière.

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