Première guerre mondiale : le mystère du tunnel de Winterberg enfin élucidé

Première guerre mondiale : le mystère du tunnel de Winterberg enfin élucidé

GRANDE GUERRE - C'est une enquête vieille de 103 ans qui vient de trouver son épilogue. Un père et ses deux fils, passionnés d'Histoire, ont découvert le tunnel de Winterberg, où près de 250 soldats allemands ont péri asphyxiés un jour de mai 1917.

Le lieu restera tenu secret, et c'est bien normal alors que le mystère planait depuis plus de 100 ans. Nous saurons juste que nous sommes en pleine forêt de Craonne, dans l'Aisne, le long du fameux Chemin des Dames, qui fut le théâtre d'âpres combats entre Français et Allemands lors de la Première Guerre mondiale.

En ce printemps 1917, des orages d'acier brûlant s'abattent sur cet étroit plateau. L'armée française prépare l'un des assauts les plus meurtriers de l'Histoire. Son artillerie tapisse de bombes les positions ennemies. Les Allemands, eux, s'enterrent. Ils ont creusé sous le plateau une ville souterraine, avec d'immenses tunnels pour alimenter le front en munitions et en homme.

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C'est ici que le 4 mai 1917, à midi, un obus français s'abat sur l'entrée du tunnel de Winterberg, qui s'effondre. 250 soldats allemands sont pris au piège, et voués à mourir d'une longue asphyxie que racontera plus tard l'un des trois seuls survivants.  "Très lent et horrible était le combat entre la vie et la mort. J'avais l'impression que la folie commençait à me fermer la gorge... J'ignore combien de temps nous sommes restés enfermés...", écrira-t-il.

Des fouilles interdites

Ce drame a longtemps obsédé Alain Malinowski, un enfant du pays, conducteur de métro le jour, historien la nuit. Car toutes les traces du tunnel ont disparu dans le chaos de la guerre, mais un indice va resurgir un siècle plus tard sur une vieille carte d'état-major issue des archives militaires. "Elle est datée du 28 avril 1917. C'est là qu'apparaît pour la première fois l'emplacement du tunnel, alors que j'avais brassé des milliers et des milliers d'archives pendant des années", se souvient-il. 

Alain Malinowski va alors arpenter la forêt de Craonne et en rapporter des dizaines de petits croquis pour tenter de faire correspondre la carte de l'époque avec la réalité d'aujourd'hui. "Je prenais un décamètre et des petits jalons, je l'accrochais sur mes jalons et je prenais mes mesures", poursuit-il. Des recherches qu'il transmettra dès 2010 aux autorités françaises et allemandes, mais elles ne seront pas du tout convaincues par les intuitions de l'historien amateur. Pour tenter de faire avancer les choses, ses fils vont alors prendre les choses en main, mais sur ce plateau et dans ces bois, classés en zone rouge, les fouilles sont interdites. Car creuser dans cette terre meurtrie, c'est prendre le risque de violer les sépultures de dizaines de milliers de soldats qui y sont encore enterrés.

Un acharnement qui paye

Mais cela ne freine pas pour autant Pierre, le cadet qui décide, en décembre dernier, de rassembler une petite équipe pour entamer des recherches et prouver que le tunnel est bien caché là. "Si vous ne lancez pas ce genre de projet de cette façon, ça ne se fera jamais parce qu'il y a trop de protocoles", explique-t-il. Et dans la nuit du 1er janvier, à la pelleteuse puis à la main, ils ouvrent le flanc de la colline et aussitôt, l'histoire du tunnel leur saute au visage. "On a commencé à voir des planches complètement écrasées, puis des caisses complètes avec des cartouches de masques à gaz prêtes à être utilisées à la sortie du tunnel. Elles sont mêmes encore avec la peinture, donc elles n'ont pas été touchées", détaille le jeune homme.

Des trouvailles qui sont cohérentes avec les récits de l'époque. Après avoir rebouché le trou qu'ils ont creusé, les Malinowski ont prévenu les affaires culturelles. Une entreprise allemande est ensuite venu échographier la colline cet été confirmant l'existence du tunnel. Des fouilles en bonne et due forme doivent désormais être organisées. "Pouvoir leur rendre hommage, 100 après, surtout à Craonne qui est un lieu mythique de la Première guerre mondiale, c'est vraiment exceptionnel", se réjouit Pierre Malinowski.

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Une découverte également inouïe pour Markus Klauer, historien allemand, en lien avec l'Association des anciens combattants outre-Rhin : "A mon avis, il n'y a pas encore d'oxygène à l'intérieur, ce qui veut dire, si tout va bien, que tout est encore en relativement bon état. Même les corps peuvent être en état de momie. En plus, il y certainement des alliances, des lettres, des portefeuilles, peut-être même des photos. C'est un trésor très riche côté humain pour les familles", souligne-t-il.

Plus d'un siècle après leur mort, les hommes du Winterberg pourraient donc bientôt être dignement inhumés dans la terre de leurs ancêtres de l'autre côté du Rhin.

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