VIDÉO - 40 jours dans une grotte : ces Français testent le confinement extrême

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SCIENCES - Un an après le premier confinement, 14 femmes et hommes de 27 à 50 ans vivent depuis dimanche une expérience inédite : ils vont rester cloitrés 40 jours dans une grotte en Ariège.

Ils sont cordiste, professeur de math, bijoutière, agent de sécurité ou encore médecin anesthésiste... et ils ne se connaissaient pas jusque-là. Pourtant, depuis dimanche, ces 7 femmes et 7 hommes, originaires des quatre coins de la France, vont passer 40 jours ensemble au fond d'une grotte de l'Ariège, sans notion du temps. Le préambule à une expérience scientifique fascinante. 

L'objectif ? "Étudier les capacités d'adaptation de l'être humain à la perte totale de repères spatio-temporels, une question soulevée notamment avec la crise sanitaire", explique Christian Clot, le chef de cette mission atypique, qui va également participer à l'aventure. "Aujourd'hui, on a aucune idée de l'impact que cela peut avoir sur la matière grise du cerveau, par exemple, la mémoire et la représentation du temps, évidemment", indique de son côté le professeur Etienne Koechlin, directeur du laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelle à l'ENS.

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"Dans un contexte extrême, avec un nouveau mode de vie, nous ne savions visiblement pas bien, en tant que groupe, comment répondre aux impacts provoqués par ces changements", constate, en septembre 2020, cet explorateur franco-suisse, fondateur du Human Adaptation Institute. C'est ainsi que va naître le projet Deep Time, qui débute ce dimanche à 20h.

12 degrés et 95% d'humidité

Sans montre, sans téléphone ni lumière naturelle, ces 14 volontaires, assistés de Christian Clot, qui participent tous au projet bénévolement, devront aussi s'habituer aux 12 degrés et 95 % d'humidité de la grotte de Lombrives. Il faudra également qu'ils génèrent eux-mêmes leur électricité par un système de pédalo et qu'ils puisent l'eau dont ils auront besoin à 45 mètres de profondeur. Grâce à plusieurs capteurs, ils seront suivis par une dizaine de scientifiques depuis la surface.

Parmi les motivations des participants, il y a "l'envie de goûter à cette vie hors du temps", reconnaît Arnaud Burel, un biologiste de 29 ans qui a accepté de se lancer dans cette mission. Pour lui, cette vie est "impossible à l'extérieur, avec nos ordinateurs et téléphones portables qui nous rappellent sans cesse nos rendez-vous et obligations". Il appréhende toutefois la vie de groupe. "Ce n'est pas évident de vivre avec 14 personnes qu'on ne connait pas, dans un endroit clos, la communication va être une clé", selon lui. En revanche, les conditions d'isolement total du monde extérieur ne lui font pas peur : "40 jours dans une vie, ce n'est pas une goutte d'eau ?", s'interroge-t-il, se rassurant de la possibilité de "sortir à tout moment" si cela devient insupportable.

Moins optimiste, Marie-Caroline, bijoutière, est sûre de craquer "après une accumulation d'angoisses qui va au bout d'un moment exploser", assure-t-elle.

Une première mondiale

Côté organisation, dans la grotte, l'une des plus grandes d'Europe, "trois espaces de vie séparés ont été aménagés : un pour dormir, un pour vivre et un pour réaliser des études sur la topographie du lieu, la faune et la flore notamment", précise Christian Clot. "Quatre tonnes de matériel, dont deux tonnes de nourriture, ont par ailleurs été acheminés pour que les 15 volontaires puissent vivre en toute autonomie", ajoute-t-il. Ce qui a nécessité le travail d'une centaine de bénévoles qui ont tout transporté à dos d'hommes.

"Cette expérience est une première mondiale", estime le professeur Etienne Koechlin. "Jusqu'à maintenant, toutes les missions de ce type avaient pour objectif l'étude des rythmes physiologiques du corps, mais jamais l'impact de ce type de rupture temporelle sur les fonctions cognitives et émotionnelles de l'être humain", dit-il. 

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Au total, la mission Deep Time a nécessité 1,2 million d'euros de financement : des partenaires privés, publics mais surtout du Human Adaptation Institute. Elle s'achèvera le 22 avril. Commencera alors la longue étude des données recueillies, attendues dans de nombreux domaines comme la conquête spatiale ou la recherche sur la maladie d'Alzheimer.

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