Rapport Villani sur l'enseignement des maths : ça marche comment, la "méthode de Singapour" ?

DirectLCI
ÉDUCATION – Un rapport orchestré par le député mathématicien Cédric Villani est remis ce lundi au ministre de l'Education. Il avance des pistes pour améliorer l'enseignement des maths à l'école. Un document qui mise beaucoup sur la méthode dite de Singapour. Explications.

La méthode de Singapour pour remonter le niveau en maths des petits Français ? Ce lundi, le député LREM Cédric Villani et l'inspecteur général de l'éducation nationale Charles Torossian, au terme de la mission que leur avait confiée le ministre de l'Education, rendent leur rapport visant à redonner le goût des mathématiques aux élèves. Un défi de taille : selon un récent sondage CSA Research, 61% des Français ont bien aimé cette matière lorsqu'ils étaient à l'école, mais 65% estiment que son enseignement ne donne pas satisfaction. Et les résultats de nos élèves dans les classements internationaux leur donnent raison. Pour "sauver" les maths, le rapport remis à Jean-Michel Blanquer propose plusieurs pistes. En particulier le recours à la méthode de Singapour.


Un choix qui ne doit rien au hasard. Chaque année, Singapour caracole en tête des études internationales sur les systèmes éducatifs, comme le célèbre programme Pisa, qui évalue les compétences des enfants de 15 ans dans 70 pays. La méthode dite de Singapour ? Il s'agit ni plus ni moins que d'une synthèse de nombreuses pratiques didactiques et pédagogiques d'enseignement des mathématiques, comme nous l'explique Marlène, une enseignante en CP à Paris. "On observe une situation quotidienne, on part d'une illustration qui existe dans la vie. Ensuite, on manipule avec des cubes, on crée des petits calculs, on pose des situations à problèmes... Enfin, on passe à l'abstraction, c’est-à-dire le calcul écrit et mental."

"Nous mettons des mots sur les problèmes"

C'est toute la différence avec la technique souvent utilisée en France : un élève français apprend par cœur que "2+2 = 4". Un Singapourien, lui, visualise en volume que "2 cubes + 2 cubes = 4 cubes".  Pour Marlène, cette façon d'aborder le programme change tout : "Les enfants en CP sont beaucoup plus enthousiastes avec cette méthode, tout est beaucoup plus fluide." Un exemple ? "Nous avons construit le nombre 6 en faisant une tour avec des cubes,  puis nous en avons fait une autre avec huit cubes, afin de comparer quel chiffre est le plus grand. "

En vidéo

Mathématiques : une méthode d'apprentissage singapourienne testée à Nice

Autre règle à respecter pour pratiquer cette approche : la verbalisation. "Nous parlons beaucoup, nous mettons des mots sur les problèmes. Nous verbalisons ce qui se passe dans la tête des enfants. On dessine aussi, on barre, on entoure, dans une démarche d'explication", développe Marlène, la seule enseignante de son école, située dans le 10ème arrondissement de la capitale, à avoir recours à cette pédagogie.


Mais pour que les élèves savourent les mathématiques, encore faut-il que leurs enseignants disposent du savoir nécessaire. A Singapour, les instituteurs reçoivent près de 400 heures de cours de maths en formation initiale, puis 100 heures de formation continue chaque année. En France, les enseignants disposent de moins de 100 heures par an, puis 18 heures de formation continue chaque année… Preuve que l'influence asiatique a déjà débuté : les programmes de 2016, appliqués cette année, ont inclu des méthodes prônées dans le rapport Villani. Des méthodes aux bienfaits indiscutables, selon Marlène : "Avant d'utiliser la technique de Singapour, j'avais le sentiment qu'on faisait avaler plein de choses aux enfants, mais on ne construisait pas vraiment la numération.  Aujourd'hui, tout est beaucoup plus fluide. Même si j'arrête le CP, je continuerai  à l'utiliser avec les autres niveaux."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter