VIDÉO - A partir de quel âge puis-je laisser mon enfant faire seul le chemin de l'école ?

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DILEMME - Votre enfant vous supplie de se rendre seul à l'école et vous êtes désarmé entre l'envie d'honorer sa demande d'autonomie et votre angoisse qu'il lui arrive une mauvaise expérience. Comment réagir ? A partir de quel âge peut-on vraiment laisser son enfant aller et rentrer seul de l’école ? Voici quelques clefs pour répondre à ces questions universelles.

C'est le dîner, tout va bien. Mais soudain, votre enfant vous assène au milieu du repas : "Papa, maman, je ne suis plus un bébé, je veux faire le chemin de l'école tout seul !". Vous vous trouvez aussitôt fort dépourvu, pensant aux dangers qu'il va courir si vous lui dites oui, voire vous vexant en imaginant qu'il ne désire plus votre présence à ses côtés. Malaise !


Calmons-nous : non, votre enfant n'a pas honte de vous, il s'affirme tout simplement. Certains encouragent d'ailleurs les parents à pousser leurs enfants dans ce sens, à l'instar du chercheur Francesco Tonucci, qui plaide pour une totale autonomie des petites têtes blondes et considère même leurs parents comme un frein : "Laissez-les sortir, lance-t-il. Ça semble être une forme d'abandon, mais c'est une façon d'aimer : en donnant plus de liberté à son enfant, le parent lui dit une chose sacrée : 'Je te laisse car j'ai confiance en toi'." 

Chez les enfants qui ne peuvent pas faire de petites bêtises au moment où ils en ont besoin, le désir de transgression augmente et explose à l'adolescence de façon beaucoup plus dangereuseFrancesco Tonucci, chercheur

Selon lui, "la présence d'un adulte prive l'enfant de la surprise, la découverte par ses propres moyens, la prise de risque, composante essentielle du jeu. Chez les enfants qui ne peuvent pas faire de petites bêtises au moment où ils en ont besoin, le désir de transgression augmente et explose à l'adolescence de façon beaucoup plus dangereuse.". 


Certes, on veut tous des enfants épanouis et autonomes, mais cela ne nous dit pas à partir de quel âge on peut commencer à lâcher la bride.

De la nécessité d'anticiper les dangers

Selon le Bureau suisse de prévention des accidents (la Suisse n'est-elle pas l'un des pays les plus sûrs du monde ?), "les enfants de moins de 8 ans ne sont pas en mesure d’appréhender tous les risques liés à la circulation" et ce n’est qu’à partir d'environ 11 ans qu'ils sont vraiment "capables de bien évaluer les dangers de la circulation". Avant cet âge, la conscience anticipée des dangers commence à peine à se former et reste imparfaite. Et le même rapport d'ajouter que l’apprentissage de la rue, à commencer par celui du chemin de l’école, "ne s’improvise pas mais doit débuter le plus tôt possible, dès l’âge de 3 ans". 

L’enfant peut aller seul à l’école à partir du moment où il est d’accord. C’est à partir de cet âge-là que l’enfant devient plus autonome. Il a une meilleure compréhension de son environnement. Mais il faut que le trajet soit sécurisé.Nathalie Colin-Fagotin, psychologue de la famille

Seulement, dans les faits, peut-on regrouper les enfants d'une classe d'âge dans un groupe indistinct, sachant que le désir d'autonomie dépend aussi de la maturité de chacun, de sa notion du temps, de son niveau d’impulsivité et de distraction ? Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue, nous le confirme : "En fait, tout dépend de l’âge, de l’intérêt pédagogique, de la maturité de l’enfant, de l’importance que cette autonomie a pour lui. Les parents peuvent aussi voir ce que font les autres parents. C’est souvent là-dessus que l’enfant se modèle. Si l'enfant s’aperçoit que les autres élèves viennent seuls à l'école, c’est souvent à ce moment-là qu'il fait la demande." 


Lors de la précédente rentrée scolaire, Emma Levillair, psychologue et psychothérapeute pour enfants et adolescents, expliquait à LCI qu'"un enfant peut tout à fait aller à l’école seul dès 7 ans", mais que cela se décide au cas par cas. Si le désir de prendre en charge le trajet est présent, cela se passera mieux". Une telle autonomie dès 7 ans, "c'est assez rare, même si cela peut arriver", tempérait Nathalie Colin-Fagotin, psychologue de la famille et formatrice à Familipsy. Elle conseillait de son côté d’attendre "8 ou 9 ans" : "C’est à partir de cet âge-là qu'il devient plus autonome et a une meilleure compréhension de son environnement. Mais il faut que le trajet soit sécurisé."  

Les parents doivent aussi "montrer l'exemple"

Pour que tout le monde soit rassuré, un seul mot doit prévaloir : "prévention". Et pour cause, le chemin de l'école peut se révéler dangereux. Ainsi, il importe d'apprendre à l'enfant à maîtriser l'environnement de la rue pour se déplacer en toute sécurité. Soit insister sur le fonctionnement des feux tricolores, la circulation sur le trottoir, la traversée de la rue à un carrefour, la signification des panneaux ou l'écoute des bruits.


Selon Paul Barré, responsable pédagogique de la Prévention Routière, "le plus grand danger reste la traversée de la chaussée, car l'enfant n'est pas capable de prendre en compte l'ensemble des éléments. Le simple fait d'être en retard va lui faire oublier ses repères". Pour cet expert, il n'y a qu'une solution pour que cet apprentissage se passe bien : les parents doivent montrer l'exemple, et donc avoir un comportement exemplaire. Mais selon une enquête réalisée en 2012 par la Prévention Routière, un tiers des parents accompagnant leurs enfants sur le chemin de l'école ne respectent pas l'attente au feu piéton lorsqu'il est rouge. 

Ne pas communiquer son stress

Comme pour tout, il faut en réalité trouver la juste mesure. Un comportement surprotecteur n'est pas favorable pour le développement des enfants, qui ont besoin d’apprendre à se débrouiller tout seul pour grandir. L’important reste d’être ludique : "Si vous préparez votre enfant à faire les trajets seuls, amusez-vous avec l’orientation, soulignait l'an dernier Nathalie Colin-Fagotin. Faites un jeu d’apprentissage des noms de rues, de calcul du temps de trajet. Laissez le guider de plus en plus jusqu’à ce qu’il se sente à l’aise. N’oubliez pas que son angoisse est justifiée. N’essayez pas à tout prix de le rassurer mais plutôt de le comprendre."


Pour le trajet en règle générale, Emma Levillair conseillait de "laisser du lâche à partir de cinq ans. Ne pas systématiquement lui tenir la main, le laisser marcher deux pas devant soi. C’est ainsi qu’on le responsabilisera et qu’on évitera les angoisses futures, pour lui et pour le parent." 

Commencez progressivement à espacer les distances, puis à un moment donné, vous verrez, cela se fera tout seul.Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue

"Il faut baliser le trajet de repères, de garde-fous. Il est préférable de faire faire un petit détour à l’enfant pour passer par des rues plus calmes et moins fréquentées et lui permettre d’être le plus en sécurité.  Le mieux, c’est qu’il soit toujours accompagné par un autre enfant", complète Nathalie Colin-Fagotin.


Et parents, s'il vous est VRAIMENT impossible de céder, voici les conseils d'Alain Sotto : "Attendez que votre angoisse passe et dites à votre enfant que vous aimez bien l’accompagner, que c’est un moyen d’être ensemble." En d'autres termes, détournez l’angoisse en quelque chose de positif : "Comme premier test, vous pouvez le laissez 50 mètres avant l'école, conseille le psychopédagogue. Commencez progressivement à espacer les distances, puis à un moment donné, vous verrez, cela se fera tout seul." 

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