VIDÉO - "Il peut tout arriver" : des ados fugueuses de Barbès racontent l'enfer de la rue à "Sept à Huit"

VIDÉO - "Il peut tout arriver" : des ados fugueuses de Barbès racontent l'enfer de la rue à "Sept à Huit"

DOCUMENT – L'émission de TF1 "Sept à Huit" a suivi le quotidien de trois jeunes filles à la dérive. Elles vivent seules, livrées aux dangers de l'errance entre les quartiers de Barbès et La Chapelle à Paris.

C'est une plongée dans des enfances ravagées par les violences, les drogues, le manque d'amour et d'encadrement familial. Pendant plusieurs semaines, le magazine "Sept à Huit" est allé à la rencontre de trois jeunes fugueuses. Mélanie, 21 ans, accro aux médicaments mais qui se bat pour s'en sortir. Sarah, 17 ans, enfant battu dont la souffrance se lit sur la peau. Et la plus jeune, Dounia, 15 ans, qui avec son visage enfantin use de délinquance pour s'en sortir. 

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Comme elles, quinze à vingt filles au destin brisé sont livrées à elles-mêmes en plein cœur de Paris. Jeunes majeures, mais aussi mineures, elles sont pour la plupart Françaises et fugueuses. Et trainent entre Barbès et La Chapelle, ce carrefour de tous les trafics où la violence est omniprésente. Habituellement méfiantes avec les adultes, ces trois adolescentes se sont confiées comme rarement devant une caméra.

Beaucoup de violences avec ma mère. Elle me frappait jusqu'à me faire des marques sur mon visage, mon corps. - Mélanie, 21 ans

Depuis deux mois, Mélanie passe ses nuits au troisième sous-sol d'un parking du 18ᵉ arrondissement. Fataliste, elle avoue : "En fait, t'as pas le choix, soit tu dors dehors, dans la rue, t'as froid, ou tu préfères dormir dans une voiture et avoir plus chaud", dit-elle. Ici, une vingtaine de voitures, forcées par d'autres jeunes à la rue, ont été transformées en lits de fortune. À 18h, les autres squatteurs ne sont pas encore arrivés. Alors Mélanie reste sur ses gardes. "C'est pas la sécurité ici. Parce qu'il y a beaucoup d'hommes qui dorment dans le parking aussi. Il peut tout t'arriver. Tu peux te faire violer. Tu peux te faire voler. Tu peux... beaucoup de choses".

Et la jeune fille parle en connaissance de cause. "C'est déjà arrivé avant-hier, on a essayé de me violer. Et on m'a frappée", raconte-t-elle en larmes. Son agression aurait eu lieu en banlieue parisienne dans une cabane de chantier squattée pour la nuit. "Je devais rejoindre mon copain là-bas. Et on a dormi à cinq dans la même pièce. Je me suis endormie et le mec s'est approché de moi. Je sens quelqu'un qui touche par-dessus mon tee-shirt. Qui touche mes seins en fait. J'ai enlevé ses mains. Je lui ai dit : 'casse-toi !', une fois. Après je me suis rendormie, il a essayé d'enlever mon pantalon et mon copain qui était dans la même pièce que nous, il n'a rien fait. Il a laissé faire comme si c'était normal en fait. Là j'ai pété les plombs. Moi, j'ai voulu me suicider. Même là en ce moment, j'ai envie de me suicider parce que je suis pas bien. J'ai pas d'argent, je sais pas comment vivre et voilà. C'est tout. J'ai mal, j'y arrive pas en fait. C'est compliqué surtout pour les filles de vivre dehors", reconnaît-elle.

L'engrenage des drogues

Originaire de l'Est de la France, Mélanie a commencé sa vie d'errance au début de son adolescence. À l'origine de son infortune, une enfance marquée, dit-elle, par des violences familiales. "Ça se passait mal avec ma mère. Beaucoup de violences avec ma mère. Elle me frappait jusqu'à me faire des marques sur mon visage, mon corps. Jusqu'au jour où j'ai été à l'hôpital. Ils m'ont ensuite placée en foyer", livre-t-elle. Mélanie n'a que 12 ans lorsque l'aide sociale à l'enfance décide de son placement. Et très vite, elle décroche de l'école. "En foyer, j'ai connu les fugues. J'ai connu... Comme ça, la rue", avance-t-elle, avant de reconnaître être tombée dans l'engrenage des drogues. 

Après ses nuits passées dans le parking souterrain, Mélanie arpente le bitume parisien sans but toute la journée. "Je fais comme ça, je marche. Je cherche quoi faire. Mais... je trouve pas. Je réfléchis si je vole ou pas les gens. J'ai déjà volé dans un magasin, mais jamais voler à l'arraché, voler un téléphone ou voler dans les poches. J'ai un peu peur comme j'ai jamais fait ça", lâche-t-elle. Mélanie refuse aussi de mendier. Sa seule source de revenus : 500 euros de RSA par mois lui permettant de survivre. 

Un jour, tout mon bras était en sang. Et je me disais quoi ? 'De toute façon j’ai rien à perdre'. Autant que mon sang coule, que je me vide et que je meure. - Sarah, 17 ans

Sarah, elle, vient de fuir son foyer. Elle s'est disputée avec son éducateur qui l'aurait accusée d'avoir volé de l'argent à une autre fille de l'établissement. Originaire de banlieue parisienne, elle est arrivée à Barbès alors qu'elle n'avait que 14 ans. Comme la plupart des filles, elle tombe elle-aussi très vite dans la drogue et dans la délinquance. Décrivant la tenue qu'elle porte, elle indique : "Ça, c’est volé, ça, c’est volé, ça je l’ai acheté". Et de poursuivre : "On vole une personne, ça va dépendre quel téléphone il a, s'il a une chaîne en or, quelque chose comme ça. On le vole pour pouvoir se procurer la drogue que nous on veut pour pouvoir oublier", explique-t-elle. 

Avant d'accepter il y a quelques mois de dormir en foyer, Sarah a passé trois ans dans la rue entre squat et porche d'immeuble, accompagnée d'autres jeunes en errance. Elle a fait sa première fugue à l'âge de 12 ans alors qu'elle était en cinquième. Comme souvent, à l'origine, un climat familial très difficile avec une mère absente et un père violent. "Je ne suis pas un ange. Moi j'ai foutu la merde. Mais ma merde, je ne l'ai pas cherchée. Moi à l'âge de 13 ans, pendant que je faisais mes devoirs toute seule et que je ne comprenais rien, mon père m'a dit : 'Toi, t'es une merde et tu vas finir comme une merde'. Depuis ce jour-là, je me suis rebellée. Il m'a frappé avec un bâton, normal, ça marche pas. Le balai, il l'a cassé sur moi, ça fonctionne pas. Un fil en fer, ça fonctionne pas. Il en est venu jusqu'à me taper parce que je mangeais trop lentement", détaille-t-elle.

Sur le bras de l'adolescente s'étalent des scarifications, tatouages de son mal-être. "C'est moi qui l'ai fait toute seule. Je me suis brûlée avec des clopes. J'ai fait beaucoup de choses. Je préfère me faire du mal à moi-même et après me faire une pause. Parce que toutes ces marques que j'ai, c'est comme une page tournée en fait. Mais il y en a quelques-unes, c'est pas des pages tournées parce que je les ai rouvertes. Un jour tout mon bras était en sang. Et je me disais quoi ? 'De toute façon j’ai rien à perdre'. Autant que mon sang coule, que je me vide et que je meure. C’est ce que je me disais dans ma tête", se souvient-elle. Sarah retournera finalement dormir dans son foyer. C'est une des rares jeunes filles en errance à avoir accepté une mise à l'abri sur une longue durée. 

Une vie de chimère

D'autres mineures refusent la protection proposée par les institutions. Dounia, par exemple, se présente comme une Algérienne de 15 ans. À d'autres, elle dit en avoir 20. Avec son visage enfantin, elle en parait beaucoup moins. Il est 16h, elle vient de prendre son premier repas de la journée. "J'ai mangé un ananas et un Happy Meal avec des patates et des nuggets", lance-t-elle. Pour se payer ce repas de fortune, Dounia avoue avoir volé un téléphone. "J'ai demandé un appel pour avoir ma mère et puis je me barre en courant avec le téléphone. Après, j'ai été dans un magasin qui prend les téléphones et puis je l'ai vendu 15 euros". 

Parce qu'elle est mineure, Dounia devrait être en foyer. Recueillie dans la rue par des travailleurs sociaux à plusieurs reprises, elle a fui systématiquement. "À partir du moment où c'est le foyer, il faut être rentré vers 18h, 19h, vers l'heure du repas quoi. Moi j'aime bien trainer un peu parce que le soir il y a mes potes, on rigole, on mange, on fume. Et moi, j'aime bien rentrer des fois à des heures pas possibles, des fois où je peux rentrer vers minuit, une heure du matin, voire même deux heures, trois heures", reconnaît-elle. Ses potes, comme elle dit, sont pour la plupart des hommes majeurs, des clandestins, vendeurs de cigarettes et de médicaments avec qui elle traine toute la journée. 

Dounia dit vivre à la rue depuis l'âge de 12 ans. Mais l'histoire qu'elle se plait à raconter n'est pas vraiment la réalité. La jeune fille revendique une liberté totale qui est en fait une chimère ; elle aussi tombe très vite sous l'emprise de la drogue. "Je suis vite tombée dans la galère à manger de l'ecstasy, à prendre de la cocaïne. Une soirée, j'ai dû prendre 18 grammes et les gars dormaient, j'étais toute seule en train de prendre toutes les cinq minutes comme ça", se vante-t-elle, avant de reconnaître que le réveil fut difficile.

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Pour ces jeunes mineures livrées à elles-mêmes, la loi impose à l'État français d'assurer leur protection et leur mise à l'abri. À Paris, c'est à la mairie qu'est confiée cette responsabilité. Elle mobilise l'aide sociale à l'enfance et certaines associations qui viennent en aide aux mineurs isolés sans abri. Mais comme le montre ce documentaire, le parcours est bien souvent semé d'embûches.

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