Chirurgie esthétique : ces jeunes déjà accros au bistouri

Chirurgie esthétique : ces jeunes déjà accros au bistouri

PLASTIQUE - Les filtres des réseaux sociaux et le modèle des stars des émissions télé poussent toute une génération de jeunes à avoir recours au bistouri, parfois au péril de leur santé. "Sept à Huit" a mené l'enquête.

Exit l'image de la quinquagénaire se rendant chez le chirurgien esthétique. Si la génération des plus de 50 ans a toujours recours à ces retouches du corps, ce sont les jeunes qui, désormais, s'y adonnent le plus. 

Car depuis deux ans, les 18-35 ans font désormais davantage de chirurgie esthétique que les plus de 50 ans. Les médecins ont même donné un nom au phénomène. Laurence Benouaiche, chirurgien plasticien et esthétique à Paris depuis 15 ans, évoque ainsi "le Snapchat syndrome". Elle explique à TF1, dans l'enquête de "Sept à Huit" en tête de cet article, que les jeunes "se prennent en photo sur Snapchat, appliquent des filtres et viennent nous voir en demandant à ressembler" à la photo retouchée. 

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Lydia, 19 ans, animatrice en cantine scolaire et accroc aux filtres embellisseurs disponibles sur les smartphones, est justement dans ce cas. Depuis un an, elle a atteint l'âge légal pour recourir au bistouri. Elle souhaite désormais ressembler en vrai à sa photo retouchée et souhaite se faire réaliser des injections aux lèvres, pourtant déjà volumineuses, mais "pas assez". "Ça ne me dérange pas du tout de faire de la chirurgie esthétique" à 19 ans, assure-t-elle.

Elles viennent avec une idée qu'elles ont trouvé sur Instagram- Laurence Benouaiche, chirurgien plasticien et esthétique

Pour expliquer au médecin le type de lèvres qu'elle veut obtenir, Lydia présente des photos d'une "influenceuse". "Elles viennent avec une idée qu'elles ont trouvé sur Instagram (...) et on négocie parce qu'on ne veut pas qu'elles aillent dans les excès. On est obligé d'accepter quelque chose, parce que ce sont des gens qui n'ont pas l'habitude qu'on leur refuse quoi que ce soit", précise Laurence Benouaiche.

Ce jour-là, la médecin injecte de l'acide hyaluronique dans les lèvres de Lydia. Le produit est également utilisé pour combler les rides et sont effet dure en moyenne un an et demi. Pour ces injections, Lydia va débourser 350 euros. Elle les avait mis de côté depuis un an, durant le confinement.

Maïssane, 24 ans, est une star de la téléréalité. Elle revendique 440.000 abonnés sur les réseaux sociaux, et 147 de QI. "Ma routine, c'est de photoshoper ma tête. Je peux photoshoper absolument toutes les zones de mon corps", nous dit-elle, reconnaissant l'existence d'un "vrai diktat de l'apparence" auquel elle admet "participer un peu en publiant des photos modifiées en fonction des tendances".

Elle est aussi déjà passée par la chirurgie et la médecine esthétique : dix fois depuis ses 18 ans. "J'ai fait le nez deux fois, les seins, les lèvres, du botox, le contour du visage, les dents", détaille-t-elle.

Le risque est davantage psychologique- Nicolas Lari, chirurgien plastique du visage

Elle souffre de dysmorphophobie, comme beaucoup de jeunes filles de sa génération ; ce qui signifie qu'elle a une vision déformée et négative de son apparence, au point de ne plus supporter sans filtre son reflet dans le miroir. Dès lors, sa mère tente de freiner l'appétence de sa fille pour la chirurgie esthétique. "Je l'accompagne toujours, pour qu'elle soit raisonnable".

Nicolas Lari, chirurgien plastique du visage, s'occupe des retouches demandées par Maïssane. "Le risque est davantage psychologique, c'est d'ultra-focaliser sur un petit défaut et se pourrir la vie avec", alerte-t-il, juste avant de procéder aux opérations demandées par la jeune fille. 

Les filles n'ont toutefois pas le monopole de ces pratiques et les garçons, eux aussi, y ont de plus en plus recours. Robin, 20 ans, rêve de notoriété. Avant d'être opéré, "j'avais des grosses joues, je n'étais vraiment pas très beau", jure-t-il. À l'âge de 18 ans, il a enchainé trois opérations le même jour. Une nécessité, estime-t-il aujourd'hui, pensant que "les personnes belles ont plus d'avantages que celles qui le sont moins".

Sa mère, Cathy, ne s'est jamais opposée aux opérations chirurgicales de son fils, et le trouve même "beaucoup plus beau maintenant". Le jeune homme a d'ailleurs converti sa mère, qui a déjà eu recours à des injections et a déjà programmé une opération de chirurgie pour bientôt.

Des partenariats avec des influenceurs et blogueurs

Robin, qui s'est créé une communauté d'un million d'abonnés sur TikTok en médiatisant sa transformation physique, a rendez-vous à Paris dans la plus grande clinique esthétique d'Europe. Celle-ci travaille en partenariat avec une centaine d'influenceurs et de blogueurs. La séance à laquelle Robin s'est rendu, pour redessiner ses abdos, coute normalement entre 400 et 500 euros. Mais il ne va rien payer. En échange, il a l'obligation d'en faire la publicité sur son compte.

Pour des questions d'éthique, la loi interdit la publicité pour les actes médicaux. Mais la clinique joue sur une ambiguïté : rien ne lui interdit de faire la promotion des soins d'esthétiques, et de proposer ensuite à ses nouveaux clients des opérations plus lourdes. "Ça nous apporte de la patientèle jeune", souligne une employée de l'établissement.

Avec le confinement, la demande en chirurgie esthétique a explosé : +20% en un an. Le marché représente aujourd'hui 10 milliards d'euros dans le monde. En parallèle, une économie souterraine s'est développée : sur Instagram, des centaines de comptes proposent des injections aux lèvres à moins de 200 euros au lieu de 400 en général. 

Pour savoir qui se cache derrières ces opérations, les équipes de Sept à Huit ont d'abord pris contact avec une jeune femme de 25 ans, qui leur a donné rendez-vous dans une cité de la banlieue parisienne. Elle nous accueille non pas dans un cabinet de chirurgie, mais dans l'appartement de ses grands-parents, puis nous emmène dans une chambre.

Un visage "déformé"

Légalement, seul un médecin a le droit de pratiquer ces injections. La jeune femme n'a aucun diplôme et prétend avoir été formée en Turquie par son oncle, chirurgien. Elle se dit "autorisée à faire ça, mais pas en France". Elle aurait à son actif, selon ses dires, plusieurs milliers d'injections. Il s'agit d'exercice illégal de la médecine, pour lequel elle risque deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Car certaines pratiques peuvent s'avérer dangereuses. Sarah, 21 ans et mère célibataire sans emploi, en sait quelque chose. Elle avait décidé de refaire ses lèvres il y a un an. Elle avait donc trouvé sur les réseaux sociaux une personne lui promettant de lui faire des injections contre rémunération. Mais deux semaines plus tard, son visage était "déformé", raconte-t-elle aujourd'hui.

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Elle a donc consulté un chirurgien, qui lui a diagnostiqué une infection des lèvres, lui expliquant qu'on lui avait injecté "de l'huile" au lieu d'un produit médical. La jeune femme risquait alors la nécrose et le médecin lui avait prescrit quatre mois d'antibiotiques. Elle avait finalement porté plainte, mais n'avait pas donné suite.

Pour Europe 1, la chirurgienne Aurélie Fabié-Boulard alerte justement contre "les possibilités d'injections qui sont proposées à un moindre coût" sur les réseaux sociaux. "Ce ne sont pas des médecins, mais des injecteurs illicites, qui n'ont aucune formation pour exercer un métier. S'il y a un problème, ils laissent ces personnes dans un désarroi total", met-elle aussi en garde.

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