Construire un abri, faire du feu, transformer un préservatif en bouillotte... On a relevé le défi d'un stage de survie

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J'AI TESTÉ - Un salon du survivalisme est organisé de vendredi à dimanche à Paris. Une première qui témoigne d'un engouement grandissant pour l'univers de la survie. Pour s'y frotter, il existe une offre de plus en plus complète de stages dédiés. Quelles sont les motivations de ceux qui y participent ? Qu'y apprend-on ? Pour le savoir, nous nous sommes joints pendant 24 heures à un stage dans la forêt du Prenois, en Bourgogne-Franche-Comté.

"Vous allez vider tous vos sacs, on va vérifier votre matériel". Eléonore Corroy, instructrice en survie, nous a donné rendez-vous sur un parking, à proximité de la forêt du Prenois, en Bourgogne. D'emblée, cette trentenaire souriante commence par poser au sol une couverture de survie devant ses apprentis aventuriers du jour. "Un couteau, tu as ?", demande-t-elle à Nicolas, un jeune homme de 26 ans dont l'accent trahit des origines suisses. "Boussole, c'est bon ?" Chacun semble plutôt bien préparé, mais Eléonore alourdit tout de même les sacs d'un "firesteel" (un allume feu composé d'une barre de ferrocérium qui produit des étincelles quand on la frotte), de paracorde (cordelette) et, plus étonnant, d'une chambre à air, de coton vaseliné enfermé dans un œuf Kinder et... de préservatifs. Devant les regards étonnés, elle lance un évasif "vous verrez bien pourquoi". Nous découvrons également ce que nous allons manger : des rations militaires. Ouf, pas d'insectes et de racines au programme. Nous sommes fin prêts pour partir à l'aventure.

"Si une route a disparu, qu'est-ce qui reste vrai sur la carte ?"

L'aventure se révèle être une randonnée dans les bois, ponctuée d'ateliers techniques. Ici pas d’activités commando, Time on Target, la société d’Eléonore, propose des stages de survie pour apprendre à se débrouiller dans la nature avec peu ou pas de matériel. Une activité qui connaît un véritable boom depuis quelques années. "La survie, c'est un domaine hyper large et du coup, quelle que soit la manière dont on y vient, ça peut intéresser plein de monde", confirme Eléonore : "des citadins qui ne connaissent pas bien la vie en pleine nature", "des grands randonneurs qui veulent mieux assurer leur sécurité et celles de leurs familles lors de leurs sorties", ou même des "nostalgiques de l'armée, qui recherchent le côté guérilla". Dans ce stage, on retrouve deux sportifs confirmés : Nicolas, coach sportif et professeur de fitness, venu chercher quelques bons tuyaux avant de partir pour un tour du monde qui l'emmènera sur les cinq continents pendant deux ans. Et David, "bientôt 48 ans", un infirmier, fan de sports de plein air et de Mike Horn, qui s'est vu offrir ce stage par sa femme à Noël.


Le stage commence doucement. D'abord les bases : comment ranger et organiser son sac, comment le porter, comment se repérer sur une carte même quand celle-ci n'est pas à jour. "Si une route a disparu, qu'est-ce qui reste vrai sur la carte ?", interroge Eléonore. “Un point d'eau ?”, “le relief ?” Bonne pioche. Un peu plus loin, Eléonore explique comment monter un abri en moins de trois minutes avec seulement une couverture de survie et une cordelette.  La méthode est on ne peut plus simple : deux bords de la couverture sont accrochés à des arbres en hauteur, les deux autres de la même façon au ras du sol. "Le but, c'est de se mettre à l'abri rapidement avec peu de matériel. Bon, il faut tout de même un tissu étanche, et ça ça ne se trouve pas dans la nature..." Sans cordelette en revanche, c’est possible : on peut utiliser les végétaux ou encore utiliser un bout de bois comme sardine. David et Nicolas testent l'installation. "Nickel !" "Je viens vous chercher dans deux jours alors", s'amuse Eléonore. Au vu des conditions météorologiques, l'abri est plutôt bienvenu, la pluie vient pointer le bout de son nez quasiment toutes les heures. Cela ne nous empêche pas d'attaquer l'atelier "eau potable". 

Objectif : se débrouiller avec peu ou pas de matériel

"Imaginons qu'il ne pleut pas. Comment fait-on pour trouver de l'eau ?" Une rivière, un lac, une flaque... Les sources sont multiples. Et quand il n'y en a pas, "on peut boire son urine", avance notre formatrice, sourire aux lèvres. "Ça m'est arrivé. Mais attention, il faut la boire rapidement" si l'on ne veut pas que les bactéries prolifèrent. Eléonore accompagne chaque apprentissage de petites anecdotes plus ou moins cocasses qui nous font voyager. Une expédition qu'elle avait réalisée au Bostwana par exemple : "Quand je me suis retrouvée complètement déshydratée, j'aurais pu tuer quelqu'un pour boire", assure-t-elle très sérieusement. 


Imaginons tout de même que nous n'ayons pas à en arriver là. "On trouve une source d'eau, comment la rendre potable ?" "On la fait bouillir", répond du tac au tac David. "Oui. Sinon il existe également des pastilles de purification Micropur", car "même s'il s'agit d'une rivière, on ne sait jamais si une eau est potable, il peut y avoir un animal mort en amont par exemple". Avant cela, encore faut-il avoir trouvé de l'eau claire. Mais pas de panique, même avec une eau pleine de boue, Eléonore a sa petite technique. Démonstration avec de l'eau récoltée dans une flaque. Avec une bouteille en plastique, elle crée un entonnoir, découpe une croix dans le bouchon et y insère un mouchoir en papier. "Avec un simple mouchoir, regardez, on va pouvoir filtrer. Ça descend au compte-gouttes donc il ne faut pas être pressé, mais l'eau est parfaitement claire et si ça n'est pas parfait du premier coup, on recommence : les sédiments qui se posent au-dessus du mouchoir vont créer un deuxième filtre naturel." Bluffant. Chacun teste son propre filtre, et ça marche à tous les coups.


Nicolas en profite pour prendre une photo de sa création. "En venant ici, je viens apprendre toutes ces techniques de survie qui vont être très importantes pendant mon tour du monde en cas de matériel défectueux, de perte ou de vol", explique ce grand brun. La photo, c'est pour lui permettre de ne rien oublier et, surtout, "de le retranscrire au mieux à (son) coéquipier de voyage" qui n'a pas pu se libérer. Dans deux mois, ils s'envoleront tous deux  pour Oslo, puis partiront vers l'est jusqu'aux Maldives. "On est dans une démarche environnementale, donc on ne veut pas prendre l'avion, ni louer de véhicule motorisé. On va se retrouver dans des coins isolés où on va devoir se débrouiller seul." Pour se "former", le budget reste raisonnable : de 75 euros la journée à 250 euros le stage de 48 heures, repas compris. 

Ça y est, tu as adopté la MacGyver attitude!"Eléonore Corroy

Nouvelle averse. On se presse pour mettre les sacs à l'abri sous une couverture de survie. David attache les extrémités avec un bâton de bois. "Ça y est, tu as adopté la MacGyver attitude !", s'amuse Eléonore. "Ouais, je suis le roi de la sardine !" L’ambiance est bon enfant. “Personne n’est là pour souffrir”, souligne la formatrice, “mais simplement pour apprendre des techniques pour devenir le plus autonome possible”. J'en profite pour sortir mon bonnet que j'enfonce sous ma capuche, car j'ai bien retenu les leçons de l'atelier sur la gestion de la chaleur du corps : "20% s'échappe par le crâne".


Le soir commence à approcher, alors malgré la pluie, il faut penser à préparer le bivouac. "Bon, à la base, je pensais vous faire dormir au coin du feu, sans abri, ni sac de couchage", annonce notre animatrice. "Il existe des techniques qui permettent d'avoir chaud même à basse température, comme c'est le cas maintenant, mais vu la pluie, on fera ça demain." Nous avons donc droit à du matériel pour dormir. Enfin… du matériel sommaire. Notre abri est un "tarp", appelé aussi bâche agricole, autrement dit un simple morceau de toile de tente. Je profite de l'installation d'Eléonore, équipée de sardines et de tendeurs. Pratique. Le hic, c'est tout de même que l'abri est partiellement ouvert… Les garçons, quant à eux, doivent se débrouiller avec des morceaux de bois taillés. Ils ne sont pas sortis d’affaire.

Droguée à l'aventure

Eléonore s’amuse à les observer fabriquer des sardines en bois. "La prochaine fois, ils penseront à en prendre", sourit-elle, tandis que David grommelle : "Ce n'était pas dans la liste de matériel à apporter". La jeune femme s'est prise de passion pour l'univers de la survie sur le tard. Après avoir été, en plus de son métier d'infirmière, formatrice aux premiers secours et bénévole à la Croix-Rouge, elle a passé une formation PSSR, comprenez "Premiers soins en situation à risques". "A partir de ce moment-là, je me suis intéressée au survivalisme. Et puis à côté de ça, je fais beaucoup de sport de plein air, de l'équitation, des trails, des randos, souvent toute seule, donc je voulais pouvoir partir en toute sécurité." 


Cette jolie blonde aux grands yeux bleus n'a pas le physique de son caractère. Pour elle, plus c'est dur, plus c'est bon. Le sport extrême, l'adrénaline sont devenus une vraie drogue.  Un simple exemple : "Ce n’est pas forcément très intelligent, mais je suis déjà partie en week-end en montagne avec des amis et nous dormions dans la neige dans des sacs poubelle." Ce petit bout de femme a enchaîné ces dernières années les formations, jusqu'à devenir elle-même instructrice. Sa renommée l'a même conduite à être "castée" pour une prochaine émission de télé-réalité de M6 sur la survie, Wild. 

Du feu à base de coton vaseliné et de chambre à air

Ses compétences, elle va nous les prouver en réussissant à faire du feu sous la pluie. Nous avions tout de même récupéré un peu plus tôt du bois "sec" en taillant des arbres morts debout, que l'eau a donc moins imprégné. Pour le reste, le firesteel permet de lancer des étincelles. Et quand cela ne suffit pas, il reste des petites astuces comme le coton imprégné de vaseline, un véritable allume-feu, et la chambre à air. Nos étranges équipements fournis au début de la journée prennent sens. Et le préservatif alors ? "Ça, c'est pour fabriquer des bouillottes, on les remplit d'eau et on les suspend au-dessus du feu. Quand il fait froid, c'est un vrai bonheur", nous assure Eléonore. Astucieux. Pour protéger le petit feu de la pluie, nous tendons par dessus une couverture de survie avec David et Nicolas. Les minutes passent, le temps semble s'allonger, les discussions animées qui ont ponctué la journée se tarissent. "De telles conditions nous mettent un peu plus à l'épreuve, évidemment. Ça nous oblige à être patients", analyse le Suisse. "Heureusement qu'on est une équipe parce qu'il faut s'entraider." Au bout d'une heure, la pluie s'arrête et nous pouvons réchauffer nos plats. Au menu : joue de porc braisé aux ravioles ou autruche aux cranberries. "Venir en stage de survie pour manger de l'autruche, franchement, c'est le grand luxe", s'exclame David. Vient ensuite l'heure de se coucher. 


"Dis donc, qu'est-ce que ce sera en mode 'dégradé' demain", souffle David en s'enfonçant dans son duvet. La nuit est effectivement fraîche. Mon duvet n'est pas taillé pour ces conditions et sans sac de couchage, je suis mal isolée. J'ai beau me rappeler les conseils de la journée, trouver un coussin d'air comme un sac à dos, rien n'y fait, je gèle. La nuit est courte. Pour Eléonore, David et Nicolas, mieux équipés, le sommeil a été moins léger. "J'ai juste eu froid aux pieds", raconte le quadragénaire. Pour ce passionné de sport, touche-à-tout, du trail au krav maga en passant par le squash, ce stage est un moyen de plus de se dépasser. “J'ai découvert le monde de l'aventure par Mike Horn, qui est aujourd'hui très médiatisé, mais moi c'était dès 1995, vraiment à ses débuts”, raconte David. “J'ai lu tous ses livres et j'ai vécu, un peu par procuration, l'aventure à travers lui. L'investissement qu'il a fait, ce n’est pas donné à tout le monde : il faut quitter sa famille, avoir la condition physique, le mental, mais chacun peut vivre sa petite expérience, comme ici.”  


Les 24 heures sont passées, je quitte la petite troupe qui passera encore une nuit dehors. Je repars des astuces plein la tête et surtout avec le sentiment que l'aventure est finalement à la portée de tous. "L'aventure, elle est derrière chez soi", me lance Eléonore. "Que ce soit au fin fond de la savane ou dans ces bois tout proche des villes, pour moi le plaisir est le même."

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