Sécurité routière : la Cour des comptes remet en cause la stratégie du tout-radars

Un rapport de la Cour des comptes interpelle. Il remet en question l’efficacité des radars dans notre politique de sécurité routière. Voilà une dizaine d’années que le nombre de morts ne diminue plus, avec la nécessité de nouvelles stratégies.

CIRCULATION - À l’heure des premiers départs en vacances, la Cour des comptes publie un rapport fourni critiquant la stratégie des radars pour endiguer la mortalité sur la route, stagnante depuis quelques années.

Au fil des ans, les radars se multiplient et leur technologie évolue, des machines mobiles à celles qui détectent les portables utilisés en conduisant. Mais ces politiques répressives ne permettent plus de limiter le nombre de morts chaque année sur les routes de France, pointe la Cour des comptes.

Jusqu’à récemment, les résultats étaient pourtant encourageants. En 2003, lorsque les premiers radars fixes ont été installés, 5737 personnes avaient perdu la vie sur la route. Dix ans plus tard, on en comptait 3268, précise le reportage de TF1 en tête de cet article. Selon le site de la sécurité routière, l’État a dépensé 3,7 milliards d’euros en 2019 dans les contrôles, tandis que les recettes liées aux amendes des radars automatiques se sont élevées à 760 millions d’euros.  

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La Cour des comptes souligne aussi l’évolution “spectaculaire” de la sécurité sur la route “à l’échelle du demi-siècle” : en 1972, on comptait plus de 18 000 tués sur les routes, contre moins de 3 500 en 2018 et en 2019.

Depuis 2013, le nombre de tués sur la route ne baisse pas

Mais depuis 2013, le dispositif est moins dissuasif, il s'essouffle : le chiffre du nombre de morts stagne, avec 3244 victimes enregistrées en 2019 (les données de l’an passé n'étant pas comparables selon le rapport, à cause du gel des déplacements dans le contexte de l’épidémie). Si la gardienne de l'argent public salue la fin du 90km/h sur certaines routes, une mesure qui suscite la polémique depuis son lancement en 2018, elle n'est pas suffisante selon elle pour poursuivre la baisse de la mortalité. 

Pour la juridiction, ce phénomène de “plateau” n’est certes pas propre à la France puisqu'il concerne “la plupart des pays européens”, mais l’Hexagone affiche de moins bons résultats que ses voisins. Tandis que la mortalité moyenne sur les routes dans le pays stagne depuis 2013, elle a baissé de 7 points en Europe. “Du septième rang dans l’Europe des 28 en 2008, la France est passée au quatorzième rang en 2019”, constate le rapport.

Le modèle scandinave du "système sûr"

 La Cour des Comptes appelle donc à un revirement de méthode, avec pour modèle le “système sûr”, mis en place en Suède et aux Pays-Bas dans les années quatre-vingt-dix. Ce modèle repose sur un triptyque “comportement, véhicule, infrastructure” : si l’un des trois pôles défaille, les deux autres doivent être en mesure de limiter les dégâts. Le document affirme que le dispositif n’accorde pas “une plus grande tolérance à l’égard des comportements déviants, mais impose d’aménager les infrastructures de façon à minimiser les conséquences matérielles et corporelles des accidents.”

Concrètement, cela passe notamment par la suppression des obstacles latéraux sur les routes, avec l’abattage d’arbres en Suède par exemple. Il faudrait aussi selon la Cour davantage s’appuyer sur les infrastructures, à l’instar de barrières pour séparer les dangereuses routes à double sens. La juridiction recommande également de mobiliser davantage les policiers pour verbaliser les conducteurs sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants, en sus des excès de vitesse sanctionnés par les radars. 

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Pour le Conseil national de sécurité routière, il faut même aller plus loin. Outre “un changement profond des mobilités” en privilégiant davantage les transports non polluants comme le vélo, l'expert Jean-Pascal Assailly, interrogé par TF1, met en avant la voiture autonome. Le véhicule, en pilotage automatique, permettrait selon lui de “limiter au maximum la possibilité de l’être humain d’avoir des comportements déviants”

Un constat "excessif" selon Jean Castex

Le Premier ministre Jean Castex, dans une réponse jointe au rapport de la Cour des comptes, affirme de son côté que les “principes” du système sûr “sont déjà pris en compte de longue date par la France”. "À titre d’exemple, des panneaux de signalisation qui 'pardonnent', c’est-à-dire escamotables en cas de choc, ont été récemment déployés”, écrit-il.

Plus largement, le Premier ministre cherche à contrer certaines conclusions du document. “Le bilan de l’accidentalité routière récente est meilleur que celui indiqué dans le rapport, affirme-t-il. Le constat négatif posé par la Cour paraît excessif, faute, notamment, d’avoir été rapporté à la hausse continue du trafic routier.”

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