"A un moment, j'étouffais, je n’en pouvais plus" : Mathieu, né Marianne, raconte son cheminement vers sa véritable identité

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TRANSFORMATION – Mathieu, 18 ans, est né dans le corps d’une fille, une identité qu’il n’a jamais acceptée. Depuis quelques années, il a entamé un long processus pour devenir un garçon. Un changement aujourd'hui soutenu par sa famille, mais précédé de longues années de souffrance.

Pendant les premières années de sa vie, Marianne fut une petite fille aux longs cheveux châtains que sa mère aimait coiffer. Une fillette comme toutes les autres en apparence mais qui pourtant, en elle-même, se sentait l'âme d'un garçon. "J’étais attiré par les jeux d’action, par les camions. Je préférais les habits de mon frère, j'aimais faire du skate avec lui", raconte à l'équipe de Sept à Huit celui qui s'appelle désormais Mathieu. 


Marianne vit sa vie de petite fille comme elle peut, mal dans sa peau. "Je savais que quelque chose n’allait pas, que j’étais différent mais je ne pouvais pas mettre de mot là-dessus. J’avais un peu honte, j’avais peur de décevoir ma mère." A l'adolescence, cette dualité qui était tue jusqu'alors lui paraît insupportable. Ses parents soupçonnent-ils quelque chose ? Avec le recul, Mathieu en est persuadé. Mais il se remémore aussi le peu d’empressement de ses proches à creuser la question. "De toute façon, je suis un garçon", balancera-t-il un jour à l'âge de 14 ans à sa mère lors d'une dispute, avant d'éclater en sanglots. Cette fenêtre, ouverte un court instant sur la vérité, se refermera aussitôt. Ses parents ne reviendront pas sur cette surprenante réplique.

C’était comme si j’étais sous l’eau. A un moment, j'étouffais, je n’en pouvais plus.Mathieu

Pour Mathieu, le genre devenait une question de vie ou de mort. "C’était comme si j’étais sous l’eau. A un moment, j'étouffais, je n’en pouvais plus." Par esprit de survie sans doute, il entame en classe de seconde une longue remontée à la surface.  Une remontée par étape qui passe d'abord par son "coming-out" auprès de l’une des directrices du lycée, puis de sa famille. Autant de moments de vérité qui requièrent un immense courage, mais qui, dans un premier temps ne changent pas grand chose. Le quotidien, et peut-être l'espoir qu'il s'agisse d'une passade liée à la puberté s'imposent. Mathieu replonge. Il se scarifie, les idées noires l’assaillent. Un soir, sa mère le retrouve devant la fenêtre grande ouverte, transi de froid. "J’ai envie de mourir, je n’en peux plus, il faut que ça change". Le déclic.

Ses parents l’envoient dans un centre spécialisé pour adolescents. Une page nouvelle s'ouvre. Marianne choisit son prénom de garçon, et enfin, se coupe les cheveux. "Me voir avec les cheveux courts, c’était un miracle".  L'ado s'achète un T-shirt pour aplatir la poitrine. Avec l'appui de sa mère, il demande à ses professeurs de l’appeler Mathieu. Etape suivante : le traitement hormonal. Sa première injection de testostérone effectuée par son père, médecin, se transforme en jour de fête. Les changements sont progressifs : la voix devient plus grave, sa pilosité augmente. 


Restent sa poitrine et son sexe de femme. Des opérations lourdes, à venir. Mais déjà, Mathieu a le sentiment d'être un homme, enfin. "Avant j’avais toujours besoin de prouver ma virilité . Maintenant je constate que je n'en ai plus besoin. On me dit 'jeune homme', ça fait du bien".  

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