VIDEO - Un journaliste infiltre une cellule de Daech préparant un attentat en France

SOCIÉTÉ
TERRORISME - Canal + diffusera lundi soir "Soldats d'Allah" un documentaire exceptionnel tourné en caméra cachée par un journaliste musulman, au cœur d'une cellule djihadiste à Paris et Châteauroux. L'objectif ? "Montrer les coulisses d'une organisation qui contrôle son image".

La rareté de ce film en fait un document exceptionnel. Le journaliste Saïd Ramzi (un pseudonyme) a mené une enquête exclusive en infiltrant pendant six mois une cellule djihadiste à Paris et Châteauroux qui préparait un attentat en France. Ses membres ont pratiquement tous été arrêtés depuis. Equipé d’une caméra cachée, ce journaliste musulman "de la même génération que les tueurs du Bataclan", a "tenté de comprendre ce qu'ils ont dans la tête". Canal + diffusera le documentaire lundi 2 mai au soir. 

"Je crois en Dieu, je prie parfois, mais il m’arrive de boire des coups aux terrasses des cafés. Je suis celui que les hommes de Daech détestent le plus : je suis musulman et journaliste. Je veux aller là où mes confrères ne pourront jamais aller (…) Pour moi, Daech, ce n’est pas seulement des assassins. Je leur en veux d’avoir perverti l’islam tranquille de mon père et je leur en veux pour les regards méfiants qui me tombent dessus dans le métro".


"Viens, frère, on va au paradis"

C’est sur Facebook que Saïd Ramzi a contacté des groupes, prêchant le djihad sur le réseau social. Cette première approche est la plus facile. Le journaliste gagne peu à peu la confiance des apprentis djihadistes et finit par rencontrer l’émir de ce groupe de jeunes parmi lesquels figurent des personnes dont les parents étaient musulmans ou des convertis. Tous sont connus des services anti-terroristes, la plupart sont même surveillés. Pourtant, rien ne les empêche de comploter contre le pays qui les a vus grandir.

"L’un des enseignements principaux est que je n’ai pas vu d’islam dans toute cette affaire. Aucune volonté de rendre le monde meilleur. Seulement des jeunes paumés, frustrés, perdus, suicidaires, faciles à manipuler. Ils ont eu la malchance d’être nés à cette époque où il y a l’Etat islamique. C’est très triste. Ce sont des jeunes en quête et c’est ce qu’ils ont trouvé".

Saïd Ramzi rencontre donc celui qui se fait appeler Oussama, un jeune Franco-turc, dans le parc d’une base de loisirs de Châteauroux. L’émir du groupe tente de convaincre la taupe que le paradis les attend à l’issue d’une mission suicide en Syrie ou en France. "Vers le paradis, c’est ça le chemin", lui murmure-t-il. "Viens, frère, on va au paradis. Nos femmes nous y attendent, avec des anges comme serviteurs. Tu auras un palais, un cheval ailé fait d’or et de rubis".

"Il faut frapper BFM, Itélé, ils sont en guerre contre l'islam"

Placé sous contrôle judiciaire après avoir tenté de rejoindre la Syrie, Oussama pointe tous les jours à la gendarmerie. Le terroriste utilise la messagerie en ligne cryptée Telegram pour donner des rendez-vous au cours desquels son projet d’attentat en France prend forme. "Il faut frapper une base militaire", assure-t-il. "Quand ils mangent, ils sont tous alignés.... Ta-ta-ta-ta-ta ! Ou alors les journalistes, BFM, iTélé, ils sont en guerre contre l'islam (...). Comme ils ont fait à Charlie. Il faut leur casser le cœur. Par surprise, qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent ? Ils ne sont pas bien protégés. Il faut que les Français meurent par milliers".

Lors d'une rencontre devant une mosquée à Seine-Saint-Denis, l’un des djihadistes montre un avion en approche des pistes du Bourget. "Avec un petit lance-roquette, tu peux en avoir un comme il faut... Tu fais un truc comme ça et tu signes Dawla (l'Etat, pour l'EI), la France est traumatisée pendant un siècle."

Puis le journaliste est missionné. Un certain Abou Souleiman, que Saïd Ramzi ne rencontrera jamais, revient de Raqqa en Syrie et lui donne rendez-vous dans une gare. Une femme en niqab lui remet une lettre comprenant les instructions de sa mission : viser une boite de nuit, tirer sur la foule "jusqu’à la mort", attendre les autorités et se faire exploser. Mais les choses s’accélèrent, les premières arrestations commencent. Le journaliste reçoit un message : "T’es cuit mec !". "Mon infiltration s'arrête-là".

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