Villepinte : à 4 dans 9m², fenêtre vissée, des détenus dénoncent leurs conditions d’incarcération

Villepinte : à 4 dans 9m², fenêtre vissée, des détenus dénoncent leurs conditions d’incarcération

PRISON - Malgré les risques de sanctions encourus par la détention illégale de téléphone portable, des détenus de la maison d’arrêt de Villepinte ont diffusé une vidéo depuis leur cellule, dénonçant leurs conditions de détentions en pleine canicule.

Quatre détenus de la maison d’arrêt de Villepinte ont décidé d’alerter sur leurs conditions de détention, dans une vidéo tournée dans leur cellule, envahie par une chaleur étouffante lors de cette période caniculaire. Malgré les risques encourus en révélant leur détention illégale de téléphone portable, ils ont diffusé la vidéo dans la nuit de vendredi 27 à samedi 28 juillet, en appelant “à faire quelque chose”. 

Des conditions inhumaines... mais une vidéo incohérente

Dans la vidéo, le détenu derrière le téléphone commente la situation, en affirmant que des surveillants sont venus “à 20h, 20h30 et ont tout cassé dans la cellule”. En filmant la pièce qui semble sans dessus-dessous, il indique que la chaîne Hifi et les ventilateurs ont été cassés, qu’ils n’ont “plus rien”. En montrant ensuite les fenêtres, les détenus expliquent qu’une plaque de plexiglas vissée empêche d’aérer la pièce. “C’est irrespirable ; on étouffe ; c’est inadmissible”, chacun ajoute son commentaire “Il fait 50 degrés !”, s’exclame même un détenu. 

Contacté par LCI, Daniel Laurent, surveillant et secrétaire local de la FO pénitentiaire, remet pourtant en question ces affirmations : “C’est impossible car passé 19h, nous sommes en effectif de nuit, donc en effectif restreint, et nous ne pouvons plus ouvrir la porte des cellules”, explique-t-il. Alors que 95 membres du personnel sont nécessaires en journée pour faire tourner le centre, l’équipe de nuit est composée de 13 personnes. Les fouilles ne peuvent donc être effectuées que le matin, ou en début d’après midi, jusqu’à 17h maximum, pour ne pas interférer avec la distribution des repas. "Ce sont des mensonges, juste pour faire le buzz", selon Daniel Laurent.

Un seul responsable est habilité à ouvrir une cellule la nuit, seulement en cas d’extrême urgence, de santé entre autres. D’après Daniel Laurent, “ ce n’était pas le cas [une urgence] ici, car la plaque de plexiglas pouvait être enlevée. Elle n’était pas vissée dans le châssis mais simplement maintenue entre les clous.” Selon M.Laurent, cela explique que les surveillants n'aient pas répondu à l’appel des détenus, ce dont ils se plaignent dans les premières secondes de leur vidéo. Les quatre prisonniers ont par ailleurs pu enlever le plexiglas d’eux même dans la nuit - comme on peut le voir dans les commentaires de cet informateur sur Twitter - mais visiblement à force de beaucoup d'efforts, ce qui explique leur panique en pleine nuit.

L’administration pénitentiaire, jointe par LCI, confirme également que les accusations de fouille nocturne sont mensongères. Quand à l’usage du plexiglas, elle le justifie comme ayant été une solution très temporaire pour protéger la cellule de l’orage du vendredi 27 juillet. “La vitre était cassée mais le délégataire des questions techniques n’avait pas le format adéquat pour la remplacer, puisqu’il n’y a qu’une douzaine de triplettes [cellule de trois personnes] dans l’établissement et que les fenêtres y sont différentes”. Le reste des fenêtres de la maison d’arrêt fonctionnent donc correctement. 

Des situations dramatiques chaque été

S’il est difficile de déterminer le vrai du faux concernant le déroulement exact des faits, cette vidéo met néanmoins en avant des conditions de détention illégales, aggravées par la canicule. Contactée par LCI, l’administration du Défenseur des droits a pris connaissance de la vidéo, mais n’a pas été saisie et préfère ne pas commenter. L’Observatoire International des Prisons (OIP) n’a pas non plus été contacté pour engager une procédure, mais affirme en revanche que les témoignages sur des conditions similaires sont nombreux, et ce, chaque année.

François Bès, coordinateur du pôle enquête de l’OIP, confie à LCI : “C’est le même constat depuis des décennies. On reçoit des appels à l’aide et des plaintes de partout en France”. L’organisation recueille des témoignages dans la quasi totalité des prisons, mais surtout depuis les maisons d’arrêt, où les gens sont enfermés 22h sur 24. “La situation est catastrophique en été, déjà à cause de la vétusté des installations mais aussi à cause de la réglementation”, explique François Bès. Il détaille : “Les détenus ont l’interdiction de masquer leurs fenêtres. S’ils sont orientés plein sud, la température monte très rapidement. Même quand ils peuvent les ouvrir, la porte elle reste fermée, or sans courant d’air cela ne fait pas une grande différence... Certains mouillent des draps et les accrochent devant les fenêtres, mais ils se font sanctionner disciplinairement. Ils n’ont qu’un ventilateur par cellule, donc parfois pour trois ou quatre personnes, et cela crée des tensions. Enfin, dans la majorité des maisons d’arrêts, les détenus n’ont droit qu’à trois douches par semaine, donc ils ne peuvent pas se rafraîchir.”

Les familles sont touchées aussi, car les parloirs sont des box de deux mètres carrés qui ne sont généralement pas ventilés. Certaines personnes fragiles, comme les enfants, peuvent rapidement se sentir mal, “bouclés dans une boîte pendant 30 min à une heure”, selon François Bès. “Donc l’été, les conditions de visite sont très difficiles, et cela affecte tout le monde”, conclut-il.

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La surpopulation carcérale, condition aggravante

Evidemment, la surpopulation carcérale aggrave les conditions de détention. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a déterminé que chaque personne devrait bénéficier d’au moins 3 mètres carrés d’espace de déambulation. Une circulaire en France indique même qu’une seule personne peut être placée dans 9 mètres carrés, puis seulement deux personnes dans des cellules de 9 à 12 mètres carrés. “Mais la plupart des prisons sont dans l’illégalité depuis des années”, regrette François Bès.

L’exemple le plus frappant sont ces fameuses “triplettes”, déjà illégales puisque mesurant 9m2 pour trois personnes, et dans lesquelles les détenus sont régulièrement maintenus à quatre (comme dans le cas de la vidéo). La maison d’arrêt de Villepinte n’est pas la plus vétuste, mais elle est très fortement touchée par la surpopulation carcérale : 1071 personnes y étaient détenues au 1er janvier 2018, pour 547 places. Ainsi malgré ses 482 cellules, la densité carcérale y est de 195%.

Les détenus passeront normalement en commission disciplinaire dès lundi 30 juillet, pour détention de téléphone portable. Selon Daniel Laurent, ils risquent des sanctions pouvant aller du "déclassement" des activités sportives et/ou de leurs ateliers rémunérés, au placement en quartier disciplinaire (isolement sans télévision ni communication) pour quelques jours.

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