Violences sexistes en politique : une "hotline éphémère" pour faire parler les victimes

Violences sexistes en politique : une "hotline éphémère" pour faire parler les victimes

DROITS DES FEMMES - Dans la foulée des révélations de l'affaire Baupin, la Fondation des Femmes a ouvert mardi une hotline éphémère et gratuite destinée à écouter et conseiller durant une semaine les victimes de violences sexuelles de la part d'hommes politiques. Jeudi à la mi-journée, elle avait déjà été sollicitée à 18 reprises.

Une armée d'avocats pour épauler les victimes de violences sexistes de la part d'hommes politiques. A la Fondation des Femmes, on s'est montré particulièrement réactif après la révélation retentissante, lundi, des accusations d'agressions sexuelles portées à l'encontre du député écologiste Denis Baupin.

A LIRE AUSSI >>  Harcèlement sexuel : acculé, Denis Baupin démissionne de son poste de vice-président de l'Assemblée national

Dès ce mardi, cette structure créée en mars pour recueillir des fonds et soutenir les actions en faveur des droits des femmes mettait en place une "hotline" éphémère destinée à écouter, et surtout fournir une aide juridique aux victimes de violences sexistes et sexuelles de la part d'hommes politiques. Une manière très concrète de "participer à la dynamique collective de levée du silence", explique le site de la Fondation .

"Le recours à la procédure judiciaire n'est pas simple pour les victimes"

Comment ça marche ? Via un formulaire en ligne , celles qui ont subi les assauts d'un élu de la République peuvent solliciter de manière anonyme - si elles le souhaitent en ne laissant qu'une adresse email créée pour l'occasion - les services de la commission juridique de la Fondation. L'un de ses avocats (une trentaine de volontaires) leur donne alors ses coordonnées pour qu'elles le recontactent et puissent bénéficier d'une session gratuite de conseils. Les effets sont immédiats : jeudi à la mi-journée, la hotline qui restera ouverte jusqu'à mercredi prochain, en attendant de voir quelles suites pourraient lui être données, avait déjà été sollicitée par 18 femmes se disant victimes d'élus.

Maître Valence Borgia, co-fondatrice de la Fondation des Femmes confie à metronews combien il est important d'accompagner les victimes d'abus sexuels pour les aider à libérer la parole : "Le recours à la procédure judiciaire n'est pas simple pour elles, pour des raisons pratiques d'accès au droit, mais aussi de réflexe. Une femme harcelée recevant des dizaines de sms par jour, par exemple, peut vouloir les effacer immédiatement tant elle trouve cela outrageant. En vérité, il faut qu'elle les conserve et les fasse constater par huissier."

"Plus que les autres, les victimes d'élus ne parlent pas"

L'avocate nous raconte ainsi avoir eu en ligne une jeune femme rapportant "les agissements inacceptables dont elle est victime depuis de nombreuses semaines". "Elle a réalisé un enregistrement mais pensait que cela n'avait aucune valeur juridique. Or, au contraire, on peut utiliser les enregistrements en matière pénale, c'est même souvent la seule preuve possible en matière de harcèlement".

Les frontières entre drague lourde, harcèlement et agression peuvent aussi parfois être floues dans les têtes des victimes : deux autres femmes avaient contacté la hotline pour vérifier que ce qu'elles subissaient constituait bien une agression sexuelle. "C'était clairement le cas, mais elles se demandaient si ce n'était pas de la simple séduction", relate Valence Borgia.

Mais cibler ainsi les seules victimes d'élus, n'est-ce pas jeter la suspicion sur l'ensemble de la classe politique ? "En aucun cas. Si l'on a mis en place cette hotline spécifique, c'est parce que souvent, plus que les autres, les personnes victimes d'élus ne parlent pas par peur de la pression qui peut être exercée sur elles, répond Maxime Ruszniewski, cofondateur et administrateur de la Fondation des Femmes. Il faut qu'elles se sentent épaulées pour parvenir à briser cette omerta autour du personnel politique, qui est une spécificité française !"

EN SAVOIR +
>> 
Harcèlement sexuel : "Il y a beaucoup de pressions sur les victimes pour qu'elles la ferment"

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : pour "passer Noël ensemble", Attal appelle à la "responsabilité collective"

VIDÉO - Allemagne : les restrictions drastiques imposées aux non-vaccinés divisent

Congrès LR pour la présidentielle 2022 : Éric Ciotti et Valérie Pécresse exposent leurs différences sur LCI

Pourquoi Emmanuel Macron se rend-il aux Émirats, au Qatar et en Arabie saoudite ?

Covid-19 : l'Allemagne impose des restrictions drastiques aux non-vaccinés

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.