Violences sexuelles : le recueil des plaintes en commissariats dénoncé par le hashtag #DoublePeine

Violences sexuelles : le recueil des plaintes en commissariats dénoncé par le hashtag #DoublePeine

MOUVEMENT - A la faveur d’un appel national lancé sur les réseaux sociaux, des victimes de violences et d’agressions sexuelles témoignent de la manière dont elles ont été reçues dans certains commissariats français, lorsqu’elles ont voulu porter plainte.

Pour elles, c’est la double peine. Encouragées à témoigner sur les réseaux sociaux, des victimes de violences et d’agressions sexuelles racontent comment elles ont été prises en charge par des fonctionnaires de police pendant leur dépôt de plainte. Toujours suivis du mot-dièse #DoublePeine, les témoignages affluent sur Twitter et Instagram depuis mardi 28 septembre, certains mentionnant le commissariat en question.

Une victime reçue par le maire de Montpellier

Le premier relayé par la militante féministe Anna Toumazoff, et qui a fait naitre le mouvement, visait justement celui de Montpellier. "Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui", a débuté la jeune femme dans une série de tweets, faisant état de plusieurs témoignages, dont le premier a été partagé par plus de 5000 personnes. Ils ont depuis fait réagir différentes autorités compétentes, citées expressément. Dans un communiqué, la préfecture de l’Hérault a condamné "avec fermeté les nouveaux propos diffamatoires tenus par Mme Anna Toumazoff (…) à l’encontre des fonctionnaires de police du commissariat de Montpellier" et la police nationale du département a mis avant le travail effectué par ses services : "En 2021, la cellule spécialisée dans les affaires de viol a traité 282 plaintes, 83 personnes ont été placées en GAV."

Réagissant aux nombreuses sollicitations provoquées par cette série de témoignages, le maire de la ville, Michaël Delafosse, a de son côté promis de "recevoir la jeune victime afin de l’écouter et de l’accompagner dans cette difficile épreuve avec mon adjointe à l’égalité et aux droits des femmes". Avant d’exprimer sa solidarité envers "toutes les femmes victimes de violences".

Un sentiment partagé de culpabilisation

Mais le mouvement ne s’est pas arrêté aux portes du commissariat de Montpellier. Il s’est depuis étendu, favorisé par le relai de comptes plus visibles, comme le collectif féministe #NousToutes ou de la journaliste Maïa Mazaurette. "Les victimes de violences sexuelles sont face à une #DoublePeine : être victime et être mal pris.e en charge par les forces de l’ordre. Soutien. On lâche rien", a indiqué le collectif, qui se charge notamment de recenser le nombre de féminicides commis chaque année en France.

Souvent, les victimes qui témoignent sur Twitter insistent sur la culpabilisation ressentie lorsqu’elles ont souhaité dénoncer une agression : "Ce policier qui me demande pourquoi je portais une jupe, alors que je porte plainte contre un mec qui a filmé sous ladite jupe en pleine rue, par 35 degrés à 15h de l’aprem. J’ai mis des années avant d’oser en porter à nouveau." Ou encore : "En voulant aller poser une main courante pour agression sexuelle, la policière m’a demandé pourquoi j’avais fait dormir chez moi l’ami qui m’a agressé et m’a certifié 'qu’un homme ça reste un homme', comme si c’était une évidence."

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De manière générale, les victimes visent toutes à dénoncer la légèreté, voire la méfiance, des policiers en charge de recueillir leur témoignage. Un premier contact avec les autorités de l'État jugé problématique, qui n’incite pas à déposer plainte. Entre 2008 et 2015, seules 13% des victimes présumées de viol avaient sauté le pas, selon les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Bien que naissant, ce nouveau mouvement relance le débat sur la prise en charge des victimes de violences sexuelles, décrite comme mauvaise par 66% des victimes de viol ou de tentative de viol interrogées par le collectif #NousToutes. Pour l'heure, l'initiative n'a pas encore suscité de réaction du ministère de l’Intérieur ou du gouvernement.

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