Nicolas Hulot veut la faire décoller : la voiture à hydrogène va-t-elle envahir nos routes ?

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AUTOMOBILE - En France, la voiture électrique à pile hydrogène a été éclipsée au profit de ses cousines à batteries. La technologie recèle pourtant de nombreux atouts, parmi lesquels une autonomie accrue et une recharge quasi-instantanée. Alors que Nicolas Hulot lance un plan de soutien à la filière française vendredi, LCI fait le point.

L'avenir de l'automobile électrique est-il dans la pile à hydrogène ? En tout cas, Nicolas Hulot en est convaincu. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a présenté ce vendredi 1 juin un plan de soutien à la filière française avec l'ambition de faire de la France un "leader mondial" de cette technologie encore émergente, mais présentant de nombreux atouts. "L'hydrogène peut devenir une solution majeure pour notre mix énergétique de demain", soutient le ministre. Doté d'une enveloppe de 100 millions d'euros, ce plan, qui sera présenté par le ministre aux représentants de la filière française ce vendredi, a pour objectif d'atteindre 5.000 véhicules en circulation d'ici 2023, et d'installer 100 stations de recharge contre une vingtaine aujourd'hui. 

C’est quoi une voiture à hydrogène ?

La voiture à pile hydrogène, à l’instar de sa cousine "électrique" à batterie, se déplace silencieusement et n’a pas de pot d’échappement. À peine un léger sifflement indique à l'automobiliste que le moteur tourne. Point de levier de vitesse, ni de pédale d'embrayage, simplement une imposante manette qu'il faut abaisser pour allumer le moteur. Sur le tableau de bord, un écran indique au conducteur le niveau de charge de la pile à hydrogène. 


Aux débuts des années 2000, l'économiste américain Jeremy Rifkin s'était positionné comme gourou de cette technologie, promettant une "troisième révolution industrielle" : "Dans l'ère qui vient, des centaines de millions de personnes produiront leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l'usine, et ils la partageront entre eux sur un internet de l'énergie, exactement comme l'information en ligne aujourd'hui", affirmait-il.

Concrètement, comment ça marche

L’hydrogène, qui est surtout utilisé aujourd'hui dans l'industrie, permet de stocker de l'électricité, notamment celle produite à partir d'énergies renouvelables, et peut aussi servir de carburant dans les véhicules électriques équipés de piles à combustible. Plus concrètement, l’oxygène de l’air est mis en contact avec de l’hydrogène pour fabriquer de l’eau. La réaction chimique produit de la chaleur et de l’électricité. Le véhicule ne rejette que de la vapeur d'eau.

Véhicule électrique à batterie VS véhicule à hydrogène

Perçu comme une alternative crédible, ce mode de propulsion offre l’avantage de ne pas générer de gaz à effet de serre ni de dioxyde de carbone, encore moins de méthane. Selon ses promoteurs, une voiture à hydrogène peut parcourir environ 500 kilomètres avec une seule charge. En comparaison, l’autonomie de la plus performante des voitures électriques présentes actuellement sur le marché ne dépasse pas 350 kilomètres.


La recharge est également très rapide : elle dure environ 5 minutes à une pompe, pour un prix équivalent à celui d'un plein d'essence. Pour se faire une idée plus précise, il faut environ un kilo d'hydrogène pour faire 100 kilomètres, soit 50 à 60 kilowatt-heure d’électricité. Soit deux fois plus que la consommation d'électricité de la voiture électrique à batterie, toutes pertes comprises, de la production de l'électricité jusqu'au moteur de la voiture. Une différence énorme.

Une technologie pas si écologique que ça ?

A l'heure actuelle, le moyen le plus efficace pour fabriquer de l’hydrogène consiste à casser la molécule de gaz naturel. De ce fait, la majorité de la production est produite dans des centrales grâce à un procédé de fracturation hydraulique - en faisant réchauffer à 700-1000 °C de la vapeur qui est combinée avec du méthane pour produire de l’hydrogène, du monoxyde de carbone et du CO2.


Or, ce processus de fabrication nécessite de l’énergie, en quantité importante. Ainsi, 95% des 900.000 tonnes annuelles d'hydrogène consommées par l'industrie sont issus des énergies fossiles, causant 7,5% des émissions de CO2 du secteur. On tourne donc en rond...


L'autre point noir, c'est qu'il faut ensuite acheminer l'hydrogène jusqu'aux stations-service. A  terme, il pourrait être injecté dans le réseau de gaz naturel, mais le plan ne fixe aucun objectif. Pour le ministre de la Transition écologique, la "première brique" à développer est justement de "verdir" la production de ce gaz. D'ici 2023, 10% de l'hydrogène utilisé en France devra être issu d'électricité de sources renouvelables (éolien, solaire, hydraulique), via la technique de l'électrolyse de l'eau. Et l'objectif est de monter entre 20% et 40% à l'horizon 2028.

Une filière qui peine à prendre son envol en France

La France, qui a longtemps misé sur l'électrique, est à la traîne dans le développement des voitures à hydrogène. Actuellement, un peu plus de 250 voitures utilisant cette technologie circulent sur les routes de France, selon les chiffres officiels. Pour l’heure, seulement deux modèles sont disponibles à l’achat pour les particuliers : la Honda Clarity et la Toyota Mirai, qui sont commercialisées à des prix de vente compris entre 50.000 et 80.000 euros. Ce qui reste encore très dissuasif... A plus long terme, l'objectif du plan présenté par Nicolas Hulot est d'atteindre  52.000 véhicules propulsés à l'hydrogène en 2028, principalement des utilitaires (taxis, engins de chantiers) et des véhicules lourds (bus, cars, camions).

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