Volailles : peut-on encore se fier aux étiquettes ?

En France, environ un vendeur de volaille sur deux "triche" sur les labels de qualité.

FRAUDE - En France, près d'un vendeur de volaille sur deux tricherait sur la marchandise. Une proportion qui pose question : peut-on encore se fier aux étiquettes ?

Utilisation abusive des labels de qualité, mensonges sur la composition de la volaille, les arnaques autour de la volaille vont bon train. C'est ce que révèle Ingrid Kragl, la directrice de l'information de Foodwatch dans son livre, Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire, paru ce mercredi 25 mars aux éditions Robert Laffont.  

Son étude s'appuie sur une enquête publique de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), publiée en février 2020. La répression des fraudes avait mené l'enquête chez des éleveurs, des grossistes, dans des abattoirs et des supermarchés : 89 établissements avaient été visités en tout. Bilan ? Plus d'un sur deux étaient en faute. 

"Les professionnels contrôlés se sont arrangés des libertés mensongères", dénonce Ingrid Kragl. Par exemple, écrire "cuisse de poulet" sur l'emballage alors qu'il y a aussi une autre partie de l'animal dans la composition du produit qui coûte moins cher ou donner une origine fausse pour faire croire au consommateur qu'il consomme local. "Globalement, il y a un fossé entre ce qui est promis sur l’étiquette et la véritable qualité des produits", dénonce la directrice de l'information de Foodwatch. 

Face à l'ampleur des fraudes, l'opacité de nos autorités françaises est insupportable- Ingrid Kragl

Qui faut-il mettre en cause ? Les producteurs, les industriels ou les distributeurs ? "Il n'y a aucune communication sur les marques impliquées dans ces fraudes, donc on sait qu'une partie de la volaille vendue ne répond pas aux exigences des labels mais on ne parvient pas à déterminer qui faute. C'est tout l'enjeu de notre campagne. Nous demandons plus de transparence", affirme Ingrid Kragl. 

Simultanément à la publication de l'enquête, Foodwatch a lancé une pétition pour interpeller Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, et Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, sur l'ensemble des fraudes alimentaires en France. "Face à l’ampleur des fraudes alimentaires, l’opacité des autorités françaises – qui sont, sinon complices, complaisantes avec les contrevenants - est insupportable", dénonce la journaliste.

Des emballages qui jouent sur l'inconscient du consommateur

Pour Marie Guyot,  directrice du Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf), le vice vient de certaines marques industrielles qui "jouent sur leur packaging" et induisent en erreur le consommateur "en jouant sur son inconscient". "Il y a des volailles standards, c'est-à-dire produites de manières industrielles et non labellisées, qui sont étiquetées de manière trompeuse. Des petites fleurs, un emballage vert qui font penser au consommateur que le produit est bio ou élevé en plein air alors que ce n'est pas vrai", dénonce la directrice du syndicat. Selon l'enquête de la répression des fraudes, il y a aussi une utilisation abusive du terme "fermier", pour des poulets qui ne sont pas élevés en plein air. 

"Un marketing tendancieux qui discrédite les labels qui eux sont fiables et gage de qualité", regrette Marie Guyot. "La production avicole est probablement la production agricole la plus contrôlée de France. Tous les lots de volailles sont vérifiés par des organismes certificateurs indépendants habilités par l’institut de la qualité en France, l'INAO. Ces inspections ont lieux tous les trois mois et demi et sont faites à l'improviste", explique la directrice du Syndicat, qui déplore que la répression des fraudes ne soit pas plus sévère sur le sujet. "Cela fait des années qu'on demande à la répression des fraudes de faire le ménage et de ne pas laisser des emballages aussi tendancieux, mais ce n'est pas fait." 

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Mais alors comment ne pas se faire avoir ? "Il faut se méfier des illustrations et chercher les certifications officielles, c'est-à-dire les logos label rouge, bio ou AOP et vérifier le nom de l'organisme certificateur. S’il y en a pas, c'est un poulet standard", développe Marie Guyot. 

Dernier tuyau pour les grands amateurs du poulet du dimanche, il est également possible de différencier visuellement un poulet standard d'un poulet label rouge. "Le poulet standard est très arrondi alors que le label rouge a l'os du bréchet entre les deux filets qui forme un angle plus obtus, il est moins arrondi."

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