VOS SOUVENIRS DE MAI 68 – "Quand, à 18 ans, on vit de l'intérieur un mouvement de cette ampleur, on est forcément très marqué"

VOS SOUVENIRS DE MAI 68 – "Quand, à 18 ans, on vit de l'intérieur un mouvement de cette ampleur, on est forcément très marqué"

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50 ANS APRÈS – Alors que la France célèbre Mai 68, LCI a sollicité des acteurs ou témoins anonymes de ces événements pour qu’ils nous racontent les souvenirs qu’ils en gardent, l’anecdote ou la scène qui les a marqués. Aujourd’hui, retrouvez le témoignage de Bernard Landau. A l'époque, il était étudiant à l'école des Beaux-Arts de Paris.

En 1968, j'étais inscrit en architecture aux Beaux-Arts et je préparais le concours d'admission. J'étais déjà dans un atelier assez politisé, mais on était loin de s’imaginer qu'il y aurait un mouvement de cette ampleur. Mon premier contact avec ce qu'on appelle le mouvement de mai 68 s'est déroulé pendant les épreuves du concours. 

La bascule : d'étudiant à révolutionnaire

La veille de l'évacuation de la Sorbonne par la police, je crois qu'on passait l'épreuve de fusain et on chantait le chant des étudiants d'architecture qui s'appelle le Pompier. En sortant, on s'est retrouvé au cœur d'une manifestation qui avait lieu au quartier latin, une manifestation spontanée. Certains d'entre nous ont été arrêtés par la police pour port d'armes parce qu'on avait encore les cutters qui nous servaient à tailler nos fusains. Ce qui a été assez frappant, c'est que deux jours après, alors qu'on continuait nos épreuves de concours d'entrée, tout le monde a chanté l'Internationale. En seulement trois jours on était passé du Pompier à l'Internationale, c'est assez révélateur de l'ambiance de l'époque.

Mes parents étaient assez inquiets parce que je participais, à peu près comme tous les étudiants de l'époque aux échauffourées"Bernard Landau

Après l'épreuve d'architecture, l'administration de l'école, vu l'ampleur du mouvement, a décidé d'arrêter pour un moment les examens. Mes parents étaient assez inquiets parce que je participais, à peu près comme tous les étudiants de l'époque aux échauffourées. Je crois que le 6 mai ça avait été assez violent, je m'en rappelle parce que les étudiants avaient chargé la police, c'était assez spectaculaire, la police était débordée. Mes parents ont décidé de m'envoyer en Lozère parce qu'il fallait préparer l'oral du concours. Je pars donc en Lozère après les premiers débrayages, le 11 mai après la nuit des barricades et je me retrouve à Mende qui est une petite ville assez calme. Et là, il y a une très grande manifestation, des ouvriers, des paysans, des fonctionnaires, tout le monde était dans la rue. Ça, ça m'a frappé parce que ça voulait dire qu'il se passait des choses dans tout le pays. Finalement je ne suis resté que trois jours et suis rentré en stop à Paris en ayant la chance de trouver une bagnole qui m'a conduit de Saint-Chély-d'Apcher jusqu'au théâtre de l'Odéon. En descendant de la bagnole, j'ai retrouvé des copains des beaux-Arts qui m'ont demandé 'mais t'étais passé où?".

Il y avait des débats tout le temps partout, dans l'amphi de la Sorbonne où on retrouvait tous les intellos engagés dans le mouvement, le soir à l'Odéon, ou à l'école"Bernard Landau

Après la grande manifestation du 13 mai et le début de la grève générale des salariés, le mouvement étudiant a occupé les universités et notamment toutes celles du quartier latin. Entre la Sorbonne et les Beaux-Arts il y a 10 minutes à pied donc quand vous étiez étudiant comme moi, vous étiez curieux de voir ce qu'il se passait ailleurs. Il y avait des débats tout le temps partout, dans l'amphi de la Sorbonne où on retrouvait tous les intellos engagés dans le mouvement - il y avait une ambiance extraordinaire - le soir à l'Odéon, ou à l'école aussi où un comité de grève s'est mis en place. 

Les Beaux-Arts, une école engagée

Une des premières crèches qui s'est installé dans le milieu universitaire, est d'ailleurs la crèche des Beaux-Arts.  Et évidemment avec les peintres et les sérigraphistes s'est créé l'atelier des affiches. C'était vraiment un moment de création collective : tous les soirs, le dessinateur présentait les affiches au public et les présents votaient pour savoir lesquelles seraient sérigraphiées et collées dans les rues de Paris ou de la banlieue. 


Pendant cette période de 10/15 jours, le quartier était vidé de la police, alors évidemment il y avait un peu de pénurie mais je crois qu'à part l'essence, on ne le ressentait pas vraiment, par contre il y avait une effervescence à la fois des habitants, des commerçants, tout le monde participait à quelque chose que je trouve assez exceptionnel. Ensuite la police a réoccupé toutes les universités mais je crois que les Beaux-Arts ont été une des dernières à tenir. 

Un mouvement de cette ampleur, ça marque une génération"Bernard Landau

J'étais déjà un peu politisé avant mai 1968 mais plus sur des questions comme la guerre du Vietnam, pas tellement sur les questions sociales en France. Je pense que le souffle de 68 a marqué les 35 ans de la vie qui a suivi sur le plan de l'engagement personnel. Quand, à 18 ans, on a vécu de l'intérieur un mouvement de cette ampleur, on est forcément très marqué. Ça a déterminé une partie de ma vie professionnelle et personnelle.

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Mai 68, 50 ans après

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