VOS SOUVENIRS DE MAI 68 – "Un beau matin, Daniel Cohn-Bendit est venu dans notre lycée"

VOS SOUVENIRS DE MAI 68 – "Un beau matin, Daniel Cohn-Bendit est venu dans notre lycée"

SOCIÉTÉ
50 ANS APRÈS – Alors que la France se rappelle de Mai 68, LCI a sollicité des acteurs ou témoins anonymes de ces événements pour qu’ils nous racontent les souvenirs qu’ils en gardent, l’anecdote ou la scène qui les a marqués. Aujourd’hui, retrouvez le témoignage de Samuel, 67 ans. Il y a 50 ans, il a été propulsé dans le mouvement par sa rencontre avec un de ses célèbres portes-parole.

"En 1968, j’avais 17 ans et j'étais élève au Lycée Paul-Langevin à Suresnes. Le plus grand souvenir que je garde de cette époque date de la fin du mois de mars, peu après le début de la grève des étudiants à Nanterre : un beau matin, Daniel Cohn-Bendit est venu dans notre lycée. Imaginez la scène : on a vu ce jeune homme que je ne connaissais pas - j’ai découvert qui il était par la suite à la télévision -, perché en haut d’escaliers, haranguer les centaines de personnes réunies dans l’immense cour. Il nous a parlé des ouvriers, raconté pourquoi les étudiants avaient lancé leur mouvement du 22 mars - je me souviens d’un éclat de rires général lorsqu’il a expliqué que leur révolte avait été baptisée ainsi… juste parce qu’elle avait débuté à cette date – et pourquoi plusieurs courants politiques s’affrontaient : les maoïstes, les marxistes, les marxistes léninistes… Avec le recul, je sais faire le distinguo - j’ai moi-même fait partie des maoïstes -, mais à l’époque, j’étais beaucoup plus branché musique et je n’avais pas une idée précise de ce que tout cela voulait dire. 

 

Les jours suivants, nous avons vécu les grèves : pas de cours pendant plusieurs semaines, manifestations, débats dans les salles de classes… Les profs se sont joints à nous car beaucoup d’entre eux étaient ouvertement d’extrême gauche. Dans les manifs, j’ai scandé avec les autres les slogans 'CRS-SS', 'syndicats-caca', 'Elections, piège à cons'… Et je me rappelle que dans le quartier latin, ça se bagarrait sec avec les CRS – qui n'ont d’ailleurs pas tellement changé quand on voit ce qu’il s’est passé à Notre-Dame-des-Landes. Je faisais partie des non-violents, mais j’avais des copains cracks en arts martiaux qui se vantaient de leurs exploits… Je me souviens aussi de grands débats sur la façon de réorganiser la société, parce qu’on voulait tout casser à l’époque. Ce n’était pas mon cas, j’avais une opinion différente. Je me confrontais à certains de mes camarades en leur disant : vouloir tout mettre sens dessus dessous, c’est bien joli, mais il faut proposer un autre système !


L'idéologie de Mai 68, c’était de l’utopie pure. Il y a des copains, que je qualifierais de renégats, qui disaient : 'Moi, jamais dans le système !' Et qui sont ensuite devenus cadres, cadres sup'.... Beaucoup ont craché dans la soupe. Et on se rend compte avec le recul que ce tout cela n'a mené nulle part. Une plus grande libéralisation des mœurs ? Peut-être. La liberté de la presse, de la télévision ? Oui, bon. On a changé certaines choses, on a 'libéralisé' pendant une trentaine d’années la politique et certains aspects sociétaux. Mais quand on voit, cinquante ans après, comment on resserre les boulons les uns après les autres dans la société de 2018, comment les acquis sociaux sont en train de se perdre... On n’a jamais autant bafoué la liberté d’expression que maintenant. A toute forme d'action dans l'Histoire succède inévitablement une forme de réaction. Nous sommes en train de la subir."

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Mai 68, 50 ans après

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