"Vous avez quelque chose sous votre blouse ?" : sexisme au travail, vos témoignages

SOCIÉTÉ

TEMOIGNAGES - En 2016, le sexisme au travail est toujours une réalité. D’après les chiffres du secrétariat d’Etat au droit des femmes, 80% des femmes salariés considèrent que dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes. Pas besoin d’aller chercher trop loin des témoignages. Des lectrices de metronews ont accepté de raconter ce qui leur était arrivé.

C’est parfois anodin. Un petit geste, une phrase déplacée. Peut-être, les auteurs ne s’en rendent pas compte. Pensent faire une bonne blague. On rigole. D’autres fois, la pression est mise volontairement. En tout cas, aujourd’hui encore, le sexisme au travail est bel et bien une réalité. 

D’après les chiffres du secrétariat d’Etat aux droits des femmes, 80% des femmes salariés considèrent que dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes. Un chiffre fort, qui interpelle. Pour sensibiliser au problème, Pascale Boistard,  secrétaire d’Etat aux droits des femmes  a récemment organisé un colloque sur le sujet . Des lectrices de metronews témoignent. Chacune a son histoire, son parcours, et sa manière de réagir. Mais les comportements qu’elles racontent, à chaque fois, interpellent.

Guylaine, employée dans un entrepôt qui stock du parfum : "Tu ne vas pas te faire engrosser ?"

"Avant d’arriver dans l’entreprise, j'avais passé un coup de téléphone et on m'a répondu : 'Désolé, la structure n'est pas adaptée aux femmes…' Quelque temps plus tard, la société d’intérim dans laquelle je suis inscrite m'appelle, et m'invite à un entretien… dans cette fameuse entreprise. Je m’y suis rendue et même si on m’a fait comprendre que les femmes n'avaient pas trop leur place dans la société, on m’a malgré tout donné ma chance.

J’ai été longtemps la seule fille, hormis une secrétaire. Après 6 mois d'intérim, mon responsable vient me voir et me demande : "Un CDI, ça t'intéresse ?" Moi, toute contente qu'on me le propose, je dis oui. Et là, il me balance : "Par contre tu ne vas pas te faire engrosser ?" J’avais besoin d’un CDI, et j’ai quand même dit "OK". Mais cette phrase reste gravée à jamais dans ma mémoire. Voilà bientôt 8 ans que je suis dans cette société, j'y suis j'ai réussi à me faire une petite place. Petite, car l'évolution de carrière, il ne faut pas compter dessus."

Françoise, employée : "Epuisée, j'ai donné ma démission"
"A l’époque, j’étais au RMI. J’ai retrouvé du travail et mon patron, fier de me l’avoir donné, m’a harcelée régulièrement jusqu’à ce que, épuisée, je donne ma démission, après un arrêt de maladie pour épuisement psychologique et physique. Une expérience traumatisante. Et un dégoût profond !"

Wiebke : "C'est dommage, j'aurais bien croqué un bout"
"J'ai longtemps été 'soupçonnée' (car bien sûr c'est un crime) d'être une 'gouine'. Parce j’avais les cheveux courts, je n’étais pas mariée, je n’avais pas d'enfants, je ne cachais pas ma passion pour la randonnée et j’étais hyper-pudique sur ma vie privée. 'C'est dommage, j'aurais bien croqué un bout', me suis-je entendue dire une fois par mon chef (en présence de mes collègues à majorité masculine). Ils se sont même amusés à me draguer, celui qui décrochait ne serait-ce qu'un café privé aurait eu droit à une bouteille de vin. Elle est toujours au fond d'un placard. Et j'ai quitté l'entreprise."

Martine, en milieu hospitalier : "Vous avez quelque chose sous votre blouse ?"
"Dans le milieu hospitalier, les femmes en blouses blanches on est parfois considérées comme des sa... On se prend régulièrement des allusions, du style : 'Vous avez quelque chose sous votre blouse ? Vous me feriez des soins intimes à domicile ?'. Et encore, je vous cite le moins grossier."

Julie, cadre : "Pas une semaine sans au moins une allusion sexiste"
"J'aimerais une semaine sans au moins une allusion sexiste. Des anecdotes j'en ai plein les tiroirs : pendant des conférences téléphoniques matinales, à très large majorité masculine : 'Julie est là : juste sur mes genoux !', 'Julie est encore dans son lit juste à côté de moi !' C’est sans parler des réflexions sur le physique à propos des fringues qu'on porte, des propositions sexuelles du N+2 encouragées par le N+1 qui se dit qu'en prostituant sa collègue il peut gratter une promotion. Peu importe qu’on change de job, il y a toujours ce sexisme sur les femmes. Mes expériences suivantes l'ont prouvé...

Sylvie, comptable : "Le café, il est pas fait ?"
"Je suis la seule femme dans une société de neuf salariés... Franchement, le sexisme je le rencontre tous les jours. Ce sont des remarques comme : "Ben le café, il est pas fait ?" Moi je réponds systématiquement : 'Allô, je suis la comptable. Alors si tu veux du café, tu te le fais toi-même !' Ou encore : 'Rhoo, la salle cafèt’ est dégueulasse !' Du coup, c’est moi qui me mets à faire des remarques sexistes, en répondant : "Et bien oui messieurs, quand on ne la maîtrise pas, on en fout partout… je parle de la tasse de café, bien sûr !" En fait, je prends très souvent à la rigolade, mais quelques fois c'est quand même bien lourd."

Jessie : "Mon supérieur tire mon chemisier pour zieuter ma poitrine "
"Je prends l'ascenseur avec mon supérieur qui tire mon chemisier pour zieuter ma poitrine. Je lui ai répondu directement : "Hey dis donc, je ne suis pas ta pute !". Ça l’a calmé. Enfin… vous me direz je suis partie deux mois après."

Katia : "Pas d’augmentation à la suite de mon congé maternité"
"J'ai déjà eu la remarque que je ne serai pas augmentée… étant donné que je n'avais pas effectué l'année entière à cause de mon congé maternité !"

A LIRE AUSSI
>> "T'es bonne", "réponds sale chienne" : que pensez-vous de la campagne de lutte contre le harcèlement dans les transports ?
>> Harcèlement de rue : à Nantes, elles crient leur colère sur des tee-shirts

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter