Wagons réservés aux femmes : l'Allemagne relance une idée très décriée

SOCIÉTÉ

EN DEBAT - Une compagnie ferroviaire allemande va proposer des wagons strictement réservés aux femmes afin de lutter contre le harcèlement dans les transports. Une mesure qui, si elle part d'une intention louable, est loin de faire l'unanimité. Explications.

L'initiative, à défaut de faire l'unanimité, a le mérite de relancer le débat. Afin de lutter contre le harcèlement dont sont victimes les femmes dans les transports en commun, une compagnie ferroviaire allemande va mettre en place des compartiments interdits aux hommes. Die Mitteldeutsche Regiobahn a annoncé qu'ils se situeraient, sur la ligne Leipzig-Chemnitz, à l'arrière du train, proche du personnel de bord, apte à intervenir en cas de souci. 

Une décision qui fait polémique outre-Rhin. Alors que l'afflux de migrants dans le pays crispe la société allemande, certains accusent la compagnie ferroviaire de faire le jeu de l'extrême droite. Pointée du doigt, Die Mitteldeutsche Regiobahn rétorque que son projet de wagons réservés aux femmes s'inscrit dans un cadre plus général de lutte contre les agressions.

"Un aveu d'échec"

Quid de ce sujet en France ? La question de l'insécurité des femmes dans les transports revient régulièrement dans le débat public. Il y a quelques jours seulement, la Fédération nationale des associations d'usagers des transports a lancé  un questionnaire sur le harcèlement  et les violences faites aux femmes. Objectif : identifier les différents comportements sexistes et évaluer l'efficacité des solutions proposées.


A ce titre, pour certains politiques, l'idée de wagons séparés apparait comme une réelle option. Ainsi,  dès 2010, Bruno Beschizza , maire LR d'Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, expliquait que "dans les transports, systématiquement le soir (il faut) faire en sorte  que les femmes seules aient un accès privilégié dans le premier wagon , qu'il soit sur-vidéoprotégé, pour que les gens se sentent en sécurité". L'élu avait ensuite dû faire machine arrière, expliquant qu'il avait été mal compris et que "effectivement un adolescent, un vieillard et même un homme de 40 ans [peuvent], à 23 heures, avoir peur et avoir envie d'aller dans le wagon de tête."

Mais, fondamentalement, le problème est ailleurs. Pour Marie Le Vern, députée socialiste de Seine-Maritime qui a œuvré en faveur d' un amendement sur le harcèlement sexiste dans les transports , cette idée "est un aveu d'échec", regrette-t-elle pour metronews. Et elle est dangereuse : "Cela signifie qu'hommes et femmes sont incapables de prendre les transports ensemble, qu'ils ne sont pas capables de vivre ensemble et qu'il faut les séparer."

Un risque d'isolement pour les femmes

Cette séparation dans les transports, qui existe au  Mexique, au Brésil, au Japon ou en Egypte, fait d'ailleurs bondir les défenseurs de l'égalité, qui pointent le risque d'isolement des femmes. "Elles sont déjà contraintes d'adapter leur attitude pour ne pas se faire importuner. Ce sont des choses intégrées, parfois inconsciemment : se faire discrète, ne pas croiser le regard d'un homme un peu trop insistant, avoir l'air occupée avec un livre ou de la musique", remarque Marie Allibert, porte-parole d'Osez le féminisme, pour metronews. Une manière d'abdiquer, selon elle, et de réduire leur liberté de mouvement.

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Pire, ce type de mesure aurait même tendance à rendre les victimes responsables. "Si le wagon réservé à la gent féminine est complet, qu'une femme s'installe dans un wagon mixte et se fait agresser, ce sera de sa faute ?" s'interroge ainsi Valérie, blogueuse féministe .

"Cela ressemble fortement à de la ségrégation"

La séparation des sexes dans les transports pose également des questions plus larges. Qui envisagerait de lutter contre le racisme ou l'homophobie en réservant des compartiments aux blancs, noirs, homosexuels ou hétérosexuels ? "Cela ressemble fortement à de la ségrégation et permet de ne pas se pencher sur les véritables problèmes : comment faire en sorte que notre société arrête de créer et d'encourager ces comportements", soulève pour metronews Anaïs Bourdet, créatrice de Paye ta shnek , un Tumblr qui recueille des témoignages de harcèlement sexiste dans l'espace public.

Toutes sont unanimes : la réponse doit être globale et s'envisager sur le long terme. "L'éducation à l'égalité permettra un changement profond des mentalités", pointe Marie Allibert. Seul moyen, à ses yeux, "pour que les femmes ne soient plus vues comme des objets sexuels à disposition."

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