"Wei or die" : dans l'enfer du bizutage, jusqu'où iriez-vous ?

 "Wei or die" : dans l'enfer du bizutage, jusqu'où iriez-vous ?

VIE ETUDIANTE - Dans "Wei or die", qui sort ce mercredi sur le web, le jeune réalisateur Simon Bouisson s’est immergé, façon film documentaire, dans les week-ends d’intégration des grandes écoles, pour en souligner les dérives. Une expérience percutante, dérangeante et interactive.

Les filles sont jolies et dénudées, les garçons pas mal non plus et délurés. Les bouteilles circulent, se boivent au goulot, des cachets s’échangent. Il fait beau. Les étudiants se chauffent, déguisés, détendus, se balancent à la tête des sacs de farine, des bombes de couleur ou des flans. Ambiance défouloir, rigolarde, potache, en mode cradingue et animale. Ça sent le trash et le sexe. Puis les filles montrent leur poitrine, les garçons exhibent leurs fesses, tout le monde s’embrasse et s’enlace. Et ça bascule encore : un étudiant vomit dans la piscine, s’endort dedans ; une fille, le tee-shirt arraché se fait attacher au sol, du scotch autour des pieds, un tube enfoncé dans la bouche, et l’alcool coule. Autour, toujours des rires, mais aussi des cris, et des pleurs. 


Bienvenue dans un week-end d’intégration, autrefois appelé bizutage. Ces jeunes font la fête, furieusement. Parfois jusqu’au drame. C’est ce que met en scène "Wei or die", un film de Simon Bouisson, qui sort mercredi sur le web . "Je voulais faire un film sur les jeunes et la fête", raconte le jeune réalisateur à metronews. "Quand on a commencé à y réfléchir il y a trois ans avec Olivier Demangel, un ami scénariste, un fait divers faisait les gros titres : une fille avait fait un œdème cérébral lors d’un week-end d’intégration, parce qu’on l’avait forcé à boire de l’alcool à l’entonnoir."

"Cela montre la jeunesse, son angoisse, son individualisme"

Les deux n’ont jamais connu le bizutage. Mais sentent un monde fascinant, et se plongent dans le sujet de plus près. Ils approchent les grandes écoles de commerce, elles leur ferment la porte. Pas grave, ils partent à la rencontre des jeunes, des anciens étudiants, se plongent dans les faits divers réguliers sur le sujet - un étudiant qui meurt en se défenestrant du premier étage entre deux matelas; un autre qui se fait scarifier le nom d’une association dans le dos pour pouvoir l’intégrer. Surtout, Simon Bouisson découvre une mine d’or sur internet : "Les jeunes se filment énormément dans ces moments. Sur Youtube, on a retrouvé des kilos et des kilos de vidéos. Et qu’on en regarde une, deux, ou une dizaine, ce sont toutes les mêmes : on retrouve la même façon de faire la fête, avec des rituels extrêmement codés, comme les scènes de farine, de nourriture balancée, d’humiliations des anciens sur les nouveaux". 

Pour son film, Simon Bouisson pose sur ces intégrations de grandes écoles un regard sociologique, avec d’autant plus d’appétit pour ce microcosme que ces jeunes sont "potentiellement formés à être l’élite de la société". Qu'y a-t-il derrière la façade ? Lui veut montrer ça. "L’idée n’est pas de faire un film polémique ou de prévention, ni de mettre toutes les écoles dans le même sac, mais de montrer les codes et les rituels au grand jour", raconte-t-il. Car ce qu’il découvre est "assez fascinant". Il y a celui que personne ne connaît,  celui qui travaille tout le temps, le "cool", toujours bien vu. Chacun tient bien son rôle. Mais derrière les rires de la fête et l’amusement de façade, Simon voit les grimaces, la violence, la frustration. "C’est un déversement ludique, qui permet de s’intégrer. Mais qui est émaillé de dérives, d’un déversement de violences, d’humiliation, d’acharnement sur des boucs émissaires", raconte-t-il. "C’est intéressant, car ça raconte la jeunesse, son angoisse, son individualisme, la pression qu’elle se met pour y arriver, qu’elle met aux autres".

"Tout se joue en 24 heures"

Derrière tout ça, on touche du doigt l'effet de groupe, la pression sociale... et la future carrière. "Individuellement, chaque jeune est attachant, mais c’est le groupe qui devient monstrueux et sordide. Pourtant, ils ne sont pas forcés de le faire, mais si on n’accepte pas les règles, on risque de se mettre en dehors." Comme les filles, particulièrement maltraitées dans ces week-ends : "Dans ces soirées, il y a un vrai aspect misogyne", note Simon. "Mais les filles elle-mêmes ne s’en rendent pas compte." Pourtant, selon lui, ces débordements acceptés ont un sens : "Dans ces week-ends, on joue presque sa carrière, la manière dont on est, dont on va s’intégrer avec les autres ou dans une association prestigieuse qui nous offrira un emploi à la sortie de l’école. Tout se joue en 24 heures."

> Pour voir "Wei or die" de Simon Bouisson  écrit avec Olivier Demangel à partir de mercredi 28 octobre.


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