WhatsApp va désactiver votre compte si vous refusez de partager vos données avec Facebook

L'application de messagerie a été rachetée par Facebook pour 22 milliards de dollars en 2014.

ULTIMATUM - Le groupe américain s'est attiré les foudres de ses utilisateurs après l'annonce d'un changement dans ses conditions d'utilisation, dans le but de monétiser une partie de leurs données. La mise à jour concerne tous les pays du monde, dont la France.

L’application de messagerie instantanée WhatsApp est sous le feu des critiques pour avoir demandé à ses quelque deux milliards d'utilisateurs d'accepter de nouvelles conditions d'utilisation, lui permettant de partager plus de données avec sa maison-mère Facebook. L’ultimatum prendra fin le 8 février prochain. Au-delà de cette date, les utilisateurs s’y refusant ne pourront plus accéder à leur compte. Au bout de 120 jours d'inactivité, autrement dit sans connexion à l'application, celui-ci sera supprimé définitivement.

L'entreprise de Mark Zuckerberg, qui a fait l’acquisition de WhatsApp il y a sept ans, entend ainsi monétiser sa plateforme en permettant aux annonceurs de contacter leurs clients via l'application, voire d'y vendre directement leurs produits, comme c'est déjà le cas en Inde. "Les mises à jour des politiques de confidentialité sont courantes dans l'industrie et nous apportons aux utilisateurs toutes les informations nécessaires pour vérifier les changements qui prendront effet le 8 février", a indiqué un porte-parole du groupe dans une déclaration transmise à l'AFP. A la différence de Facebook ou Instagram, qui tire leurs revenus de la publicité ciblée, le groupe américain ne tire aucun bénéfice ou presque de WhatsApp. D'où ce choix stratégique.

Les informations du profil, dont le numéro de téléphone

Selon l'entreprise, les données qui pourront être partagées entre WhatApp et l'écosystème d'applications de Facebook (dont Instagram et Messenger) comprennent les contacts et les informations du profil (dont votre numéro de téléphone), ainsi que des informations sur la façon dont vous interagissez avec d'autres, y compris des entreprises. Le contenu des messages, qui resteront chiffrés de bout en bout, restera confidentiel. En revanche, l'adresse IP, qui permet de localiser l'utilisateur, pourra être transmise aux autres entités de Facebook,

Les nouvelles conditions diffèrent cependant entre l'Union européenne et le reste du monde. Dans le cas de l'UE et du Royaume-Uni, elles ne seront utilisées que pour développer les fonctionnalités offertes aux comptes professionnels WhatsApp Business, a expliqué l'entreprise à l'AFP. "WhatsApp ne partage pas les données de ses utilisateurs en Europe avec Facebook dans le but que Facebook les utilise pour améliorer ses produits ou ses publicités", a assuré un porte-parole de la messagerie, cité par l'AFP. Autrement dit, ces informations serviront avant tout afin de développer la relation client via la plateforme.

Si la seule façon de refuser (cette modification), c'est d'arrêter d'utiliser Whatsapp, alors le consentement est forcé et les traitements de données personnelles sont illégaux- Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du Net

L'annonce a immédiatement suscité l'ire des défenseurs des libertés numériques. "Si la seule façon de refuser (cette modification), c'est d'arrêter d'utiliser Whatsapp, alors le consentement est forcé et les traitements de données personnelles sont illégaux", a dénoncé auprès de l'AFP Arthur Messaud, juriste pour l'association de défense des internautes La Quadrature du Net. De son côté, la Commission nationale Informatique et Libertés (Cnil), le gendarme français de la protection des données, a rappelé que le rachat de Whatsapp par Facebook pour 22 milliards de dollars en 2014, et notamment les conditions de transfert des données, était en cours d'examen au niveau européen. "Ce dossier devrait trouver une issue en 2021" selon la Cnil.

Facebook est depuis des mois comme les autres "Gafam" (Google, Apple, Amazon, Microsoft) dans le viseur des autorités européennes et américaines qui reprochent à ces conglomérats du nouveau millénaire des pratiques jugées anticoncurrentielles. Tandis que les Européens planchent sur une nouvelle réglementation potentiellement très contraignante sur le sujet, la justice américaine avait validé au printemps une amende de 5 milliards de dollars infligée à Facebook pour ne pas avoir su protéger les données personnelles.

Sur Twitter, nombre d'utilisateurs s'alarmaient ce jeudi d'avoir donné leur consentement sans avoir lu en détail les changements induits. Le remuant patron de Tesla et SpaceX, Elon Musk, suggérait dans un tweet d'utiliser l'application concurrente Signal, ce que recommande également le lanceur d'alerte Edward Snowden. Interrogés ce jeudi sur le sujet, des porte-paroles de la Commission européenne ont rappelé que Facebook avait été condamné en 2017 à une amende de 110 millions d'euros pour avoir fourni des renseignements inexacts pendant l'enquête de l'UE sur son rachat de l'application mobile WhatsApp.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Couvre-feu : en Italie, la Sardaigne passe en "zone blanche"

Golden Globes : Chadwick Boseman sacré meilleur acteur, sa veuve livre un émouvant discours

Son enfance en Algérie, son grand amour partagé : Marthe Villalonga ouvre ses jardins secrets

Covid-19 : Moselle, Haute-Garonne, Nice... Les mesures de restrictions locales se multiplient

Désormais autorisé dans les cabinets médicaux, le vaccin AstraZeneca est en forte progression

Lire et commenter