Wikileaks : la station cachée de l'ambassade américaine à Paris est-elle légale ?

SOCIÉTÉ

FRANCELEAKS - Dans la foulée des révélations sur les écoutes de la NSA, Libération donne des détails sur la station d'écoute installée sur le toit de l'ambassade américaine, à Paris. Une base plus ou moins légale, contre laquelle Paris ne pourra pas faire grand chose. Metronews fait le point.

C’est l’autre information contenue dans les révélations sur les écoutes de la NSA, faites par Libération et Médiapart, en collaboration avec Wikileaks. En plein cœur de Paris, à proximité immédiate de l’Élysée, se trouve une station d’écoute du Special Collection Service, une unité de renseignement commune à la NSA et à la CIA, installée… sur le toit de l’ambassade américaine, dans le 8e arrondissement. Une station ultra-discrète, recouverte d’une bâche avec des fenêtres en trompe-l’œil qui la rende quasi invisible aux yeux des passants lambda. Et dont le contenu reste encore un mystère.

L’existence de cette station n’est pas, pour autant, une révélation - sa présence avait été éventée en 2013 par un blogueur et sa création remonterait à une dizaine d’années - mais les révélations faites par deux médias français, qui assurent que trois présidents français ont été écoutés par les États-Unis, va immanquablement relancer le débat sur sa justification. Le sujet brûlant devait être évoqué dans la journée à l'occasion d'un entretien téléphonique entre François Hollande et Barack Obama.

EN SAVOIR + >> Les États-Unis auraient mis Chirac, Sarkozy et Hollande sur écoute

Une station en dehors de la légalité mais pas illégale

"Ces stations d’écoute ne sont pas nouvelles. C’est l’essence même des ambassades qui bénéficient de l’avantage de l’inviolabilité", assure à metronews Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité. Les autorités du pays, ici la France, ne peuvent pas pénétrer dans les locaux sans autorisation. La présence de cette station d’écoute est-elle légale ? Oui… et non. "Le domaine du renseignement est, par essence, en dehors du droit commun, explique l'expert. Mais pour parler d’illégalité, il faudrait qu’il y ait une plainte et une volonté de traduire devant la justice. L’ambassadeur américain est certes convoqué, mais ça n’ira pas plus loin. Il y aura un statu quo sur le sujet ; n'oublions pas que les États-Unis et la France sont des partenaires économiques et politiques…"

Paris n’est pas la seule capitale où les États-Unis ont leurs grandes oreilles. Loin de là. En octobre 2013, dans la foulée des révélations sur la mise sur écoute du portable d’Angela Merkel, Der Spiegel assurait de la présence d’une station d’écoute américaine dans l’ambassade berlinoise. L’hebdomadaire allemand divulguait par ailleurs une liste de 80 stations d’écoute potentielles dispersées tout autour du globe. Une liste évidemment compliquée à faire certifier, discrétion oblige.

À LIRE AUSSI >> NSA : les téléphones de 35 dirigeants de la planète espionnés dont Angela Merkel

D'autres pays ont des stations d'écoute

Outre les États-Unis, d’autres pays se livrent à ces écoutes via des bases installées hors de leur territoire. C’est le cas notamment de la Chine comme l’assurait, en décembre 2014, Le Nouvel Observateur . L’hebdomadaire généraliste expliquait qu’un centre d’écoutes avait été installé sur le toit d’une annexe de son ambassade, à Chevilly-Larue (Val-de-Marne). Un centre, là encore très discret, équipé de trois immenses antennes paraboliques qui dépendrait de l'équivalent chinois de la NSA américaine, l'APL-3.

Et la France ? "Un état moderne, s'il veut peser, doit avoir un arsenal consacré au renseignement, mais ça ne passe pas forcément par des stations d'écoute dans des ambassades", assure Nicolas Arpagian, qui souligne qu'en la matière la plus grande discrétion est de rigueur.

À LIRE AUSSI >> La Chine soupçonnée d'espionner la France depuis… le Val-de-Marne

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter