Y a-t-il vraiment une hausse des tensions communautaires en Corse ?

SOCIÉTÉ

ANALYSE - Cinq personnes doivent comparaître ce jeudi 15 septembre devant la justice après la rixe de Sisco. De vives tensions avaient agité la Corse, cet été, après ce violent affrontement entre des jeunes locaux et des familles musulmanes bastiaises. Quelques 500 manifestants s'étaient rassemblés aux cris de "on est ici chez nous". Faut-il y voir une escalade des crispations intercommunautaires sur l'île de Beauté ? LCI fait le point.

Sauf si le parquet valide un dépaysement du procès, comme demandé par un des prévenus, cinq personnes doivent comparaitre devant le tribunal correctionnel de Bastia ce jeudi 15 septembre à partir de 15h. Ils seront jugés après la rixe qui a éclaté le 13 août à Sisco, une ville au nord de Bastia. Cet affrontement entre jeunes de Sisco et des familles d'origine marocaine vivant à Bastia avaient échauffé les esprits dans l'île et notamment entraîné une manifestation tendue où des centaines de personnes avaient scandé "on est ici chez nous".

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    Que s'est-il passé ?

    Si les circonstances exactes des affrontements restent à éclaircir, selon le parquet de Bastia, "un différend a éclaté entre les membres de trois familles, d’origine maghrébine, et des jeunes de la région de Sisco qui ont reçu le renfort de proches". La situation a très vite dégénéré, et cinq personnes ont été admises au centre hospitalier de Bastia.

    Après la rixe, certains manifestants ont été reçus à la préfecture de Bastia. A leur sortie, une foule s'est dirigée, dans une ambiance très tendue, vers le quartier populaire de Lupino, en périphérie sud de Bastia, où résideraient certains protagonistes de l'altercation. Les quelques 500 personnes, qui scandaient notamment "aux armes", "on est ici chez nous", ont été stoppées dans leur élan par des barrages de gendarmes mobiles.

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    Oui, il y a bien une recrudescence des actes antimusulmans en Corse

    Comme le montre le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), en 2015, 17 actes anti-musulmans ont été recensés en Corse. Si l'on rapporte ce nombre à celui de la population, la "première place revient incontestablement à la Corse (avec 1 acte pour 18.000 habitants)", écrit la CNCDH, qui rappelle les incidents qui ont éclaté en décembre dernier à Ajaccio, à la suite de l'agression de pompiers dans le quartier des Jardins de l'Empereur. Là encore, des manifestants s'étaient rassemblés en scandant des slogans comme "Arabi Fora" (les Arabes dehors) ou, déjà, "on est chez nous". Un petit groupe avait saccagé une salle de prière et brûlé des exemplaires du Coran

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      Mais dans un contexte de hausse généralisée en France

      La Corse n'est pas le seul coin de France à enregistrer une recrudescence des actes antimusulmans. Malgré un recul en 2014 (- 41%), ce type de méfaits a bondi... de +223% en 2015 sur tout le territoire. A elles-seules, cinq régions recensent près de la moitié des actes antimusulmans commis l'année dernière : l’Ile-de-France, Rhône-Alpes, le Nord-Pas-de-Calais, PACA et Midi-Pyrénées. "Les actes antimusulmans ont en effet cru de façon particulièrement inquiétante en début et en fin d’année 2015, en lien avec les deux vagues d’attentats parisiens de janvier et novembre", s'alarme la CNDH.

      Peut-on parler de regain des tensions intercommunautaires sur l'île de Beauté ?

      C'est un raccourci que Thierry Dominici, chercheur en sciences politiques à l'Université de Corse, se garde bien d'établir. "Il n'y a pas plus qu'avant de tensions entre communautés. Loin s'en faut. Il y a même pas mal d'événements qui prouvent qu'il y a des rapprochements entre communautés et un vouloir vivre ensemble", nous explique le chercheur, qui s'intéresse particulièrement aux violences politiques en Corse. En attestent, selon lui, les récents rassemblements de fidèles musulmans et catholiques dans les églises de Porto-Veccio, Ajaccio, Bastia et dans d'autres paroisses de l'île. "Il n'y a pas de racisme corse, il y a tout un ensemble de facteurs qui sont favorables à la montée du racisme à un moment donné", a abondé sur Europe 1 Marie Peretti-Ndiaye, sociologue qui a longtemps travaillé sur la question du racisme en Corse.

      Ce qui a changé, c'est la récupération politique de ces événements

      Si "le regain du repli identitaire est ultra-minoritaire" en Corse, ce qui a changé, assure Thierry Dominici, c'est la récupération politique qui en est faite par de petits groupuscules identitaires, comme Vigilance Nationale Corse (VNC) devenue Lia Nazionale ("Loi nationale"). "Ce qui me chagrine en Corse, comme sur le continent, c'est que ces personnes utilisent la situation actuelle pour gagner en popularité. Ils seront là chaque fois qu'il y aura ce type de fait sociétal. Ils étaient à Sisco, ils étaient à Ajaccio", déplore-t-il. Il conclut : "Ce nationalisme régional d'extrême droite se manifeste au grand jour depuis la vague d'attentats. La parole se libère, comme partout ailleurs en France. Mais ces groupuscules ne sont pas structurés, ils n'ont pas réellement de portée politique. C'est leur médiatisation qui les rend populaires. Et rien d'autre."

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