ZAD près de Strasbourg : quel est ce projet d'autoroute contesté ?

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TENSION - ZAD évacuée, réunion annulée entre une députée LREM et le nouveau ministre de l'écologie, maire qui brûle son écharpe... La tension monte autour d'un projet de contournement autoroutier de Strasbourg, imaginé dans les années 1970.

"C'est au-dessus de l'écœurement. C'est inadmissible ! C'est la quatrième fois depuis avant-hier que je me fais gazer ici dans ma commune où je suis censé être officier de police judiciaire." Mercredi, le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, a manifesté sa colère face aux forces de l'ordre et a même brûlé son écharpe tricolore. 


"J'ai honte de ma République, honte de mon gouvernement", a ajouté l'édile - sans étiquette - de cette petite ville située à l'ouest de Strasbourg, qui doit être prochainement traversée par une autoroute, en projet depuis les années 1970 et contesté par des opposants écologistes. 

Une rocade de 24 km qui passe mal

Ce projet autoroutier combattu par le maire de Kolbsheim a un nom : le grand contournement ouest (GCO), ou autoroute A355. Cette rocade de 24 km qui doit contourner Strasbourg par l'ouest est destinée à délester l'autoroute A35, qui passe près du centre de la ville et est fréquentée par environ 160.000 véhicules par jour, dont 10% de poids lourds, selon les Dernières nouvelles d'Alsace. Le coût du projet est évalué à 553 millions d'euros.


La mise en service du GCO est prévue au plus tôt pour 2021. Pour que les travaux commencent, la ZAD (Zone à défendre) du Moulin, située dans la forêt de Kolbsheim et occupée par environ 150 opposants a été évacuée lundi, afin de laisser place à des opérations de déboisement par une filiale de Vinci, concessionnaire de la future autoroute. Après une première évacuation lundi, trois arrestations ont eu lieu mercredi sur la zone. 


Le maire Dany Karcher n'était pas présent au moment de ces interpellations, indique France 3, mais s'est rendu sur place ensuite, rejoint par l'eurodéputé José Bové et la députée LREM Martine Wonner, également opposés au projet GCO. Avec d'autres manifestants, José Bové a essayé de passer le barrage de gendarmes mobiles, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes, touchant l'eurodéputé et sa collègue députée. C'est en réaction à cette altercation que Dany Karcher a brûlé son écharpe, indique France 3.

Opposition entre une députée LaREM et François de Rugy

Dans la même matinée, le nouveau ministre de l'écologie François de Rugy a affirmé sur RMC que "ce projet est validé et déjà lancé", et que "plus 4000 camions sur les dix dernières années, on ne peut pas laisser faire ça". La ministre des Transports Elisabeth Borne défend elle aussi ce projet "très attendu localement" et qui doit "réduire la pollution". 


Dans la foulée, la députée Martine Wonner a indiqué que la réunion prévue ce jeudi entre François de Rugy et des opposants au GCO est "très compromise". Cette réunion "était justement destiné à lui expliquer tous les travers de ce dossier, mais comme il part du principe que Nicolas Hulot a tout lancé et qu'il n'y peut plus rien, pour moi, aller boire un café avec lui alors qu'il ne va pas bouger, ça ne sert à rien", a justifié la députée LREM, qui demande à ce que le ministre de l'Écologie vienne rencontrer les opposants sur place. 

Un nouveau Notre-Dame-des-Landes ?

Qualifié de "grand projet inutile" par des responsables écologistes comme Yannick Jadot, le GCO a été soutenu par les élus de droite et relancé sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Réunis dans le collectif "Je veux mon GCO", les soutiens du projet se comptent aussi chez des représentants de l'industrie, du commerce et de l'artisanat présents à la CCI et à la Chambre des métiers, indique France Bleu. Ils estiment notamment que le GCO diminuera les bouchons sur l'A35.


Les opposants au GCO, quant à eux, regroupent certains maires concernés par le projet, comme Dany Karcher, mais aussi des agriculteurs et des écologistes qui dénoncent la perte de surfaces agricoles, les potentielles nuisances causées par l'autoroute et l'impact du projet sur l'environnement. Le GCO menace selon ces opposants "des corridors écologiques qui relient des réservoirs de biodiversité et permettent aux espèces animales de se déplacer", rapporte Le Monde. Ces espèces menacées sont notamment le crapaud vert, le blaireau et le grand hamster d'Alsace. Réunis dans le mouvement "GCO non merci", ils refusent une solution "100% routière" qui n'abaissera pas selon eux la pollution.


Une commission d'enquête a donné raison aux opposants en juin 2018, en émettant un un avis défavorable sur le projet, à cause de "l'augmentation des niveaux de pollution atmosphérique", des "impacts (...) sur la consommation des espaces agricoles" et "des atteintes aux espèces (...) protégées", ajoute Le Monde. Un avis qui s'ajoute aux nombreux avis contradictoires publiés sur ce projet depuis son inscription sur le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme en 1973. 

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