"Ça devient du n’importe quoi !" : à Notre-Dame-des-Landes, les leaders historiques multiplient les appels à la raison

"Ça devient du n’importe quoi !" : à Notre-Dame-des-Landes, les leaders historiques multiplient les appels à la raison

Société
NOTRE-DAME-DES-LANDES - A quelques jours de la date butoir fixée par le gouvernement pour déposer un projet individuel sur la ZAD, les occupants des lieux sont dans l’indécision. Plusieurs leaders historiques de la lutte contre Notre-Dame-des-Landes ont cependant lancé des appels à la raison, dénonçant une frange radicale qui sévit sur la ZAD.

Mercredi, c’est Françoise Verchère, une figure historique de la lutte anti-aéroport qui a annoncé qu’elle "quittait le combat". Dénonçant, au passage, l’extrémisme de "certains radicaux" sur la ZAD, qui font leur loi. Ce vendredi, c’est une autre figure, Julien Durand, leader historique au sein de l’Acipa, association anti-aéroport, qui appelle les zadistes les plus radicaux à partir. 


A quelques jours de la date butoir fixée par le gouvernement pour rentrer dans le rang en déposant un projet individuel, les appels à la raison se multiplient chez les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Estimant qu’avec l’abandon du projet, une page s’est tournée, ils n’hésitent plus aujourd'hui à évoquer cette "face sombre" de la ZAD. 

Ce jeudi dans Ouest France donc, Julien Durand "supplie" les occupants de ne pas basculer dans un engrenage de violence.  "C’est désolant. Ce qui se passe dans la ZAD n’est pas respectueux des paysans et de la population. Certains opposants sont pris en otage par la ZAD. Ça devient du n’importe quoi", dit-il. 


Les associations historiques anti-Notre-Dame-des-Landes, l’Acipa (Association citoyenne des populations concernées par le projet d'aéroport) et le Cédpa (Collectif des élus doutant de la pertinence du projet d'aéroport) estiment en effet que le gouvernement a fait un pas en abandonnant le projet. Que dorénavant, c’est aux opposants de montrer leur bonne volonté. Et qu’il faut rentrer dans la légalité, face à une "proposition tout à fait raisonnable". Ces formulaires individuels que les autorités les somment de remplir d'ici lundi soir, qui doivent comporter leur nom et les grandes lignes de leur projet agricole ou para-agricole, ne sont, expliquent-ils, qu’un premier pas avant de finaliser les projets "dans le calme". 

Cette dictature idéologique révolutionnaire empêche les modérés de s’exprimerJulien Durand, de l'ACIPA

Julien Durand dénonce, comme Françoise Verchère avant lui, une "omerta" imposée sur la ZAD par certains, au nom de la "solidarité" du mouvement. "Déjà en 2013, je parlais de bons et de mauvais zadistes", explique-t-il. "Cinq ans plus tard, des occupants ont des projets et d’autres font régner la radicalité face aux gendarmes. (...) Les constructifs, qui ont des projets honnêtes, sont sous l’éteignoir des radicaux. Cette dictature idéologique révolutionnaire empêche les modérés de s’exprimer. Ils doivent sortir de cette loi de la peur et du silence." Depuis le début des opérations d’évacuation, il déplore lui aussi une dérive. "Malheureusement, on constate que les zadistes constructifs prennent une direction dangereuse en refusant de s’identifier. Ils vont tout perdre". Au risque, aussi, d’une issue dramatique.

"Les zadistes radicaux, allez voir ailleurs"

Reste que l’appel de ces deux leaders d’associations fait aussi l'objet de critiques de la part de nombreux pro-aéroport, qui reprochent aux associations d’avoir "installé" ou tout au moins couvert ces zadistes les plus extrémistes, qui ont été un renfort de poids dans le combat contre l’aéroport. Julien Durand répond : "Joker... Je les ai davantage subis quand même. Mais c’est vrai, à une époque, l’Acipa a soutenu la ZAD. Sauf qu'aujourd’hui, l’aéroport est abandonné, 'la zone à défendre', c’est fini. Alors, les zadistes radicaux, allez voir ailleurs !"

Les agriculteurs veulent s'installer

Les habitants de la ZAD entendront-ils ces appels à la raison ? Depuis la réunion en préfecture mercredi avec Nicolas Hulot, les réunions de travail et les concertations se multiplient sur la ZAD, et les habitants semblent partagés, indécis sur la réponse commune à apporter à l'Etat. Certains peinant en effet à "renier la dimension collective" de leurs projets agricoles. Une autre rencontre avec la préfète Nicole Klein est prévue ce vendredi. "Nous restons extrêmement méfiants car nous n'avons aucune assurance que derrière il n'y a pas une volonté de continuer à expulser et faire le tri", explique un des "porte-parole" des occupants à l’AFP. "Les formulaires ne nous donnent aucune garantie sur la suite. Et si on ne le remplit pas, on prend forcément un risque. Les visions sont un peu divergentes, mais quelle que soit notre décision, elle sera forte, collective et on s'y tiendra".


Incomprise mercredi par Nicolas Hulot, cette indécision des zadistes est également difficilement audible pour les agriculteurs historiques, comme Sylvain Fresneau. "On a quand même eu deux mois et demi pour se retourner, puis un nouveau délai de dix jours. Il faut qu'on avance, ça ne peut pas durer des années cette guéguerre", déclare-t-il. Lui et les trois autres agriculteurs "historiques" qui ont toujours refusé de vendre leurs biens au concessionnaire de l'aéroport doivent signer, "sans doute mardi", une convention d'occupation précaire et devraient obtenir la rétrocession de leurs terres "avant la fin de l'année", indique-t-il. 

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