"Je défie quiconque de passer un après-midi avec certains radicaux" : une figure des anti-aéroport décrit la "face sombre" de la ZAD

"Je défie quiconque de passer un après-midi avec certains radicaux" : une figure des anti-aéroport décrit la "face sombre" de la ZAD

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TRIBUNE - Françoise Verchère, opposante historique à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, a annoncé dans une longue tribune sur Facebook qu’elle arrêtait le combat. Lassée des polémiques, elle donne ses "vérités" sur la ZAD, qui a une "face lumineuse", et une "face sombre".

C'est une farouche anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Une pro-projets agricoles sur la ZAD. Pourtant, cela faisait quelques jours qu'elle portait une voix un peu discordante dans les médias. Appelant notamment à engager les démarches demandées par la préfecture. Et hier, c’est à travers une longue tribune sur Facebook qu’elle a annoncé qu’elle se retirait du jeu. Françoise Verchère était une figure du combat contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une des principales interlocutrices des médias. Aujourd’hui, elle a décidé de tourner la page. "Pour moi, le combat Notre-Dame-des-Landes s’arrête là", tranche-t-elle.


Et avant de partir, cette militante historique, co-présidente du Cédpa, collectif d’élus opposés au projet d’aéroport, a voulu donner sa version du combat. Elle dénonce le manichéisme qui pointe, des deux côtés, dans ce conflit entre zadistes et autorités. Déplore les débats enflammés sur les réseaux sociaux. Et n’y va pas de main morte, quand elle livre "sa" vérité.  

Un immense gâchis, une semaine de cauchemarFrançoise Verchère

"Depuis l’annonce de l’abandon de ce mauvais projet, je voyais venir les nuages", débute Françoise Verchère dans sa tribune. "Notre incapacité à libérer vraiment la route des chicanes, malgré les efforts de beaucoup, allait donner une bonne raison au gouvernement d’intervenir. La volonté de beaucoup des nouveaux habitants de refuser la proposition de conventions d’occupations précaires individuelles bloquait le dialogue engagé avec la préfecture", pose-t-elle en préambule.


Elle n’a donc "pas été surprise" de l’intervention des forces de l’ordre. Elle acte aussi  la destruction de la ferme des Cent-Noms, le moment où tout dérape, et où les opposants à l’aéroport se remobilisent. "La machine à faire le pire est lancée", analyse-t-elle. Puis décrypte l’emballement, l'escalade de violence. "Tous ceux qui n’auraient pas bougé si l’opération s’est limitée à la route, ce qui en dit long sur les problèmes réels que tous connaissaient, remontent en soutien. Les déclarations pleuvent de tous ceux qui ne connaissent souvent pas la réalité de la ZAD, l’idée de convergence des luttes plane évidemment, la violence augmente chaque jour... Un immense gâchis, une semaine de cauchemar".

On ne peut pas s’appeler Camille jusqu’à la fin des temps me semble-t-ilFrançoise Verchère

Sur l’analyse des fautes, du pourquoi, du commence, elle en appelle à, surtout, éviter tout simplisme, toute caricature, tout "travestissement de la vérité" qui peut être "irresponsable". "Il est toujours plus facile d’être manichéen. Le monde est plus simple, on pense qu’il y a les bons d’un côté et les méchants de l’autre. La violence réelle subie, y compris par les plus pacifistes, fait oublier la part de responsabilité que porte le mouvement anti-aéroport dans cette situation."


Elle lance ainsi plusieurs pierres dans le champ des zadistes, qui dénoncent des pressions du gouvernement : "La vérité, c’est que la préfète n’a jamais demandé que les projets soient ficelés (...) Elle voulait un lieu, ou plusieurs noms, un projet. Etait-ce vraiment excessif ? On ne peut pas s’appeler Camille jusqu’à la fin des temps, me semble-t-il. Mais rien n’est venu..."

La ZAD a deux faces, une face lumineuse et une face plus sombreFrançoise Verchère

"La vérité", poursuit-elle, "c’est que la ZAD a deux faces, une face lumineuse et une face plus sombre. Les pro-aéroport n’ont montré que la face sombre, en ont fait leur miel pendant des années. Je me suis exprimée, autant que je l’ai pu, pour parler de sa face lumineuse, des expériences formidables qui y sont nées. Aujourd’hui, je lis des textes, des prises de position qui occultent les difficultés et oublient la face sombre. (...) Mais enfin regardons la réalité en face et la vérité : en quoi signer des conventions individuelles empêcherait-il de poursuivre le maraîchage, l’élevage, la conserverie ?" Selon Françoise Verchère, le "mouvement" a "exigé l’impossible", voulant être seul à s’occuper du territoire, et se "figeant dans une posture ne permettant pas la négociation." 


Autre "vérité" qu’elle assène, à propos de la délégation qui a rencontré les autorités mercredi. "Cette délégation est dépendante d’une assemblée des usages, sorte de parlement de la ZAD, dont le fonctionnement aboutit ou à l’impuissance ou à la radicalité", assène-t-elle. "La vérité, c’est que des zadistes eux-mêmes n’en peuvent plus des actions négatives de certains de leurs voisins. La vérité, c’est qu’il ne fallait jamais le dire au nom de 'l’unité du mouvement'."

Devenue persona non grata

Cette prise de position suscite des remous au sein des rangs des anti-aéroport. Pourtant, assure-t-elle, "personne ne peut me suspecter d’être pro-gouvernement ni anti-zadiste (...) Mais je ne veux pas non plus que fassent la loi, sans la loi, certains radicaux de la route des chicanes ou de quelques autres lieux avec qui je défie quiconque de passer une après-midi."


Et cette "vérité" ne semble pas, contrairement à l'adage, toujours bonne à dire. Françoise Verchère indique, à la fin de sa tribune, qu’elle "serait volontiers allée reconstruire la bergerie des Cent-noms". Mais elle n’est plus la bienvenue dans son camp : "Cela ne sera pas car je suis désormais 'persona non grata' sur la ZAD, vient-on de me signifier", poursuit-elle. Avant de conclure : "J’ai vécu des années sans connaître Notre-Dame-des-Landes et son bocage à qui j’ai beaucoup sacrifié, je pense que je survivrai sans y aller. Et je rêverai simplement aux tritons et aux campagnols en me souvenant que j’ai fait ma part pour les sauver."

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