Zones à faibles émissions : 2/3 des véhicules seront-ils vraiment interdits en 2024 ?

La législation va se durcir au fil des années, avec pour objectif un renouvellement massif du parc automobile.

POLLUTION - Le durcissement des règles sur les véhicules polluants va se poursuivre dans les années à venir. Nicolas Dupont-Aignan s'y oppose, mais son argumentaire alarmiste mérite d'être largement nuancé.

En France, l'âge moyen des véhicules en circulation dépasse de peu les 10 ans, selon les dernières données disponibles. Un parc encore assez largement dominé (60%) par le diesel, quand moins de 0,5 des voitures sont électriques. Afin de lutter contre la pollution de l'air, l'État mise en partie sur la création de zones à faibles émissions (ZFE), où seuls les véhicules les moins polluants seront autorisés à circuler.

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Ce dispositif s'appuie sur les fameuses vignettes "Crit'Air", et suscite des réactions mitigées. De la part des associations d'automobilistes, sans surprise, mais également de responsables politiques comme Nicolas Dupont-Aignan. Le chef de fil de Debout la France a dénoncé dans une vidéo sur Facebook le renforcement des restrictions dans les années à venir. 

En 2024, assure-t-il, "ce sont les 2/3 des voitures françaises qui ne pourront plus circuler dans nos métropoles". Et ajoute que "grosso modo", il faut s'attendre à ce que "toutes les métropoles soient concernées".

Presque 75% du parc roulant en théorie...

Peut-on comme le fait Nicolas Dupont-Aignan assurer que "les 2/3 des automobilistes français ne pourront plus utiliser leur voiture" ? Si l'on se penche sur les chiffres officiels relatifs au parc roulant hexagonal, on note qu'au "1er janvier 2020, 38,2 millions de voitures" étaient en circulation. Nombre d'entre elles sont concernées par la mise en place des zones à faibles émissions, qui prévoit progressivement d'interdire l'accès aux métropoles aux véhicules les plus polluants caractérisés par leur vignette Crit'Air. Le calendrier théorique est le suivant :

Aujourd'hui, seules quatre aires urbaines sont classées ZFE : la Métropole de Lyon ; Grenoble-Alpes-Métropole ; la Ville de Paris et la Métropole du Grand Paris. Leur nombre devrait rapidement progresser et passer à 10, avant de concerner à l'horizon 2025 toutes les agglomérations de 150.000 habitants et plus. Il s'agit de dispositions prévues par le projet de loi Climat et Résilience, examiné par les parlementaires depuis le printemps de cette année. Les véhicules Crit'Air 5, 4, 3 et 2, visés les uns après les autres à l'avenir, sont respectivement 977.000, 3,7 millions, 9,9 millions et 13,4 millions, soit presque 28 millions au total.

Rapporté au parc global, cela représente non pas deux tiers, mais presque trois quarts des véhicules. Auxquels il faut en plus ajouter 1,7 million de voitures désignées comme "non classées" ou "inconnues", et qui ne seront pas non plus admises dans les ZFE. Si le nombre d'automobilistes concernés est massif, comme le suggère à raison Nicolas Dupont-Aignan, il est néanmoins trompeur d'assurer que ceux-ci seront effectivement privés de circuler.

...mais une application retardée

Avant toute chose, il faut préciser que les règles de circulation ne sont pas identiques d'une ZFE à l'autre. Quand le Grand Paris applique aujourd'hui des restrictions seulement cinq jours sur sept aux particuliers de 8h à 20h, on restreint pour l'heure les mesures aux seuls véhicules utilitaires du côté de Grenoble. Profitant d'un délai accordé par l'État, la ville et la métropole de Strasbourg ont de leur côté annoncé retarder d'un an l'interdiction de circulation de tous les véhicules sans vignette. La mise en place est prévue au 1er janvier 2022, mais elle ne concerna dans un premier temps que les véhicules Crit'Air 5. Pour ceux de la catégorie 2, il faudra attendre 2028 !

Sachant que Strasbourg fait partie des zones urbaines les plus avancées, à l'instar de Rouen, Toulouse, Nice ou Marseille, il est plus qu'improbable que les véhicules Crit'Air 2 soient interdits à grande échelle dès 2024. Et clairement pas dans "grosso modo toutes les métropoles", comme l'insinue Nicolas Dupont-Aignan. La presse automobile spécialisée note d'ailleurs que "la plupart des métropoles" concernées par la mise en place des ZFE n'ont "pas encore mené les phases de consultation publique" sur le sujet. 

D'ici à ce que les calendriers soient définis et qu'ils incluent les véhicules individuels en plus de ceux utilitaires, il faudra donc encore compter plusieurs années. Rares seront donc en pratique les villes où il sera défendu de pénétrer dès 2024 avec une voiture Crit'Air 2. Et même dans celles-là, il n'est pas acté que les restrictions soient effectives 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. 

Enfin, notons que l'allongement des délais observé actuellement offre un double sursis aux automobilistes. Il retarde les risques de sanctions, mais permet aussi de disposer de plus de temps pour renouveler son véhicule. Des aides qui se sont multipliées ces dernières années, puisque l'État propose non seulement une prime à la conversion pour les détenteurs de voitures anciennes et polluantes, mais aussi un bonus écologique et des possibilités de microcrédits. Sans compter d'autres aides, proposées notamment par les régions et favorisant l'achat de véhicules propres neufs ou d'occasion.

En vidéo

La fronde des automobilistes contre les zones à faible émission en centre-ville

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