Une collectivité de de Seine-Saint-Denis renonce à déprogrammer "J'accuse" après le cri à la censure des directeurs de cinémas

Le dernier film de Roman Polanski "J'accuse" en salle depuis mercredi 13 novembre bat les records.
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CINEMA- Face à la vive contestation de directeurs de cinémas et d'élus, la collectivité Est Ensemble de Seine-Saint-Denis capitule ce mercredi et annule sa décision de déprogrammer "J'accuse" de Roman Polanski de six cinémas publics en lien avec la nouvelle accusation de viol contre le réalisateur.

Le président de la collectivité Est Ensemble de Seine-Saint-Denis Gérard Cosme est finalement revenu mercredi sur la décision de déprogrammer le film "J’accuse" de six cinémas après s'être entretenu avec les directeurs des cinémas.

"J'ai échangé avec eux sur la liberté artistique", a-t-il déclaré aux médias. "Après avoir entendu chacun, en mon âme et conscience, je maintiens la programmation de "J'accuse", a-t-il ajouté, précisant avoir demandé que des débats accompagnent la diffusion du film. Avis partagé par le maire PCF de Montreuil, Patrice Bessac qui avait exprimé sur un post Facebook son désaccord sur le projet de déprogrammation de la collectivité. Il avait préconisé d'organiser une projection de l'oeuvre de Roman Polanski accompagnée de débats avec des associations féministes.

En pleine polémique sur la nouvelle affaire Polanski, (visé par une récente accusation de viol par la photographe française Valentine Monnier), la collectivité de Seine-Saint-Denis avait annoncé mardi sa décision de déprogrammer le film "J’accuse" de six cinémas. Le dernier film du réalisateur de 86 ans suscite la controverse en France à cause des nombreuses accusations de viol qui visent son auteur. 

Est ensemble regroupe neuf communes de Seine-Saint-Denis, dont Montreuil, Pantin, Romainville ou Bobigny. Son président PS avait confirmé mardi soir la décision politique sur Twitter. "Après un débat que j'ai souhaité en conseil de territoire (...), j'ai décidé à l'écoute des interventions de déprogrammer ce film des cinémas publics d'Est Ensemble", a déclaré Gérard Cosme. Cette décision politique territoriale sans précédent avait suscité la révolte des directeurs de cinémas et certains élus. Pourtant elle avait dans un premier temps été validée après concertation des élus locaux lors d'un conseil de territoire exceptionnel.

Une décision partagée par des élus de droite et de gauche

"Aucun élu n'a pris la parole pour défendre une position inverse", a assuré la collectivité. La volonté de retirer le film "J’accuse" des six cinémas publics a été partagée par plusieurs élus, de droite comme de gauche lors de cette réunion de territoire a précisé Est Ensemble à l'AFP. 

Certains élus de Seine-Saint-Denis ont toutefois élevé la voix contre cette position ce mercredi. C'est le cas du maire PCF de Montreuil, Patrice Bessac qui a dénoncé "une décision regrettable et contestable" dans un post Facebook. "Certains des cinémas, à l'instar du Méliès (...) avaient fait le choix, juste, du débat et de la sensibilisation plutôt que celui de la censure", a-t-il précisé. Il a préconisé l'organisation d'une projection du film accompagnée de débats avec des associations féministes. Même son de cloche du côté de son adjointe à la culture, Alexie Lorca. "Je suis également profondément convaincue que jamais la censure d'une œuvre ne plaidera pour quelque cause que ce soit", a-t-elle déclaré. 

Les directeurs de cinémas auront le choix

Pour présenter cette position, Gérard Cosme a reçu ce mercredi matin les directeurs des cinémas concernés. Ces derniers auront ensuite le choix d'appliquer ou non cette décision, a précisé la collectivité de Est Ensemble. Et certains patrons de cinéma ne se sont pas montrés favorables au retrait du film de Roman Polanski de leurs établissements.

C'est une "première en France", a fustigé mercredi matin Stéphane Goudet, directeur du cinéma Le Méliès à Montreuil, dans un post sur Facebook. "Nous demandons dès à présent à nos élus la liste des cinéastes dont nous n'aurons plus le droit de programmer les films et la définition de leurs critères", a poursuivi le directeur du Méliès. "Un comité de vérification de la moralité des artistes programmés est-il prévu, puisque la liberté individuelle des spectateurs n'est pas suffisante ?" a-t-il complété. Sa requête a été entendue en fin de journée avec la capitulation de Gérard Cosme.

Annulations en cascade

Face à la polémique autour de la nouvelle accusation de viol à l’encontre de Roman Polanski, son film "J’accuse"est confronté à une avalanche d’annulations en France. Le mouvement avait été initié à Paris, avec l’annulation d’une avant-première mardi 12 novembre au cinéma Le Champo dans le 5e arrondissement. Des groupes de militantes féministes avaient manifesté devant l’établissement avec des banderoles contre le cinéaste français "Polanski violeur, cinémas coupables" ou "Dans ce cinéma on glorifie les violeurs". 

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Le mouvement de boycott de la dernière œuvre du réalisateur franco-polonais s’est déplacé de la capitale vers la Bretagne. A Rennes, une manifestation de féministes du collectif "Noustoutes35" a contraint samedi le Théâtre National de Bretagne (TNB) à déprogrammer quatre séances du film "J’accuse" prévues au cours du week-end. 

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