"Bohemian Rhapsody", le biopic de Queen : Freddie Mercury doit-il (ou pas) se retourner dans sa tombe ?

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NOTRE AVIS – C’est un film que les fans de Queen attendaient depuis des lustres. Ni chef d’œuvre, ni nanar non plus, "Bohemian Rhapsody" est porté par la performance stupéfiante de Rami Malek dans la peau du chanteur Freddie Mercury. Et la formidable musique du groupe britannique qu'on n'a pas fini de redécouvrir. Explications.

"Bohemian Rhapsody" est la version cinématographique d’un Greatest Hits en musique. Il y a l’essentiel, mais pas tout. Ou l’inverse, c’est selon. Mais comment faire tenir en 2h15 trois décennies d’une carrière aussi dantesque que miraculeuse, des bars enfumés du Londres des seventies au vertigineux Stade de Wembley, théâtre du mythique Live Aid en 1985, concert de charité suivi par 1.5 millions de fans de rock devant leur poste de télévision ? 


En gestation depuis 2010, ce projet hors norme a connu une série de faux départs en coulisses avant d’atterrir entre les mains du scénariste Antony McCarten, auquel on doit "Les Heures Sombres", le biopic de Winston Churchill avec Gary Oldman. Derrière la caméra, c’est l’Américain Bryan Singer qui sera chargé de mettre en images le parcours haut en couleurs de Freddie Mercury et les siens.

Le premier parti pris du film est d’avoir fait du flamboyant chanteur le personnage central du récit. Né Farrokh Bulsara à Zanzibar, ce fils d’immigrés ne mettra jamais en avant ses origines familiales durant sa carrière, à tel point que les fans du groupe croiront longtemps qu’il est né en Angleterre, comme ses trois camarades, le guitariste Brian May, le batteur Roger Taylor et le bassiste John Deacon.

Il était une fois une chanson mythique

Les amoureux de Queen savent combien l’alchimie entre ces quatre garçons plus doués que la moyenne fut cruciale dans leur réussite artistique. Et que si les trois musiciens n'étaient rien sans leur chanteur, l'inverse était aussi vrai. "Bohemian Rhapsody" le raconte dans une première période qui culmine avec l’enregistrement de l’album "A Night of the opera", le plus beau de leur carrière, et de la chanson qui donne son titre au film. 


Ce morceau hybride et épique de plus 6 minutes, sur lequel Queen lâche les chevaux et fait preuve d’une grandiloquence inédite, sera au coeur d’un bras de fer entre les musiciens et leur maison de disques, qui refusa à l’époque d’en faire un single. Ereinté par les critiques musicales de l'époque, le groupe le défendra bec et ongles. Avant qu'il ne devienne un passage incontournable de ses concerts.

Au-delà, le film relègue le groupe au second plan pour se focaliser sur les tourments intimes de Freddie Mercury. Fiancé à la jeune Mary Austin, qui lui inspirera la ballade "Love of My Life", le chanteur découvre son homosexualité, dans l'ombre de son assistant manager Paul Prenter. Avait-il peur de l’assumer, dans un pays où elle fut considérée comme un crime jusqu’en 1967 ? Ou de s’aliéner une partie du public rock qui voyait en lui l’icône virile ultime ?

Un comédien en apesanteur

Le film ne répond pas clairement à la question, sans doute parce que Freddie Mercury n'a jamais voulu le faire. En revanche il évoque avec franchise, mais délicatesse, la période où le chanteur apprend sa séropositivité, croisant la route d’un jeune fan malade dans un couloir d’hôpital. Avant de l’annoncer aux autres membres du groupe lors d'une scène toute simple. Mais terriblement poignante.


Si "Bohemian Rhapsody" est un portrait de groupe déséquilibré, c’est aussi à cause – ou grâce – à la performance stratosphérique de Rami Malek. Le comédien américain d'origine égyptienne, révélé par la série "Mr. Robot", incarne Freddie Mercury avec un mélange de force et de fragilité, une touche d’étrangeté aussi. Et dire que le rôle avait d’abord été proposé au bouffon Sacha Baron Cohen... 

Le vrai point faible du film reste la mise en scène assez générique de Bryan Singer. Evincé en fin de tournage pour d’obscures raisons, le réalisateur de la saga "X-Men" livre une copie propre, soignée mais sans aspérité, comme s’il n’avait pas trouvé la forme adaptée pour transcender au sujet, soudain privé des effets spéciaux dont il use et abuse dans ses blockbusters hollywoodiens.


Peut-être parce que la musique de Queen est plus belle que n’importe quel film ? La principale qualité de "Bohemian Rhapsody" est peut-être, au fond, de maintenir en vie le répertoire de l’un des plus grands groupes de l’histoire du rock. Et de le faire découvrir à une nouvelle génération qui n’a pas eu le bonheur de chanter "We are the champions" ailleurs que dans un stade de foot…

>> Bohemian Rhapsody, de Bryan Singer. Avec Rami Malek, Gwilyn Lee, Lucy Boynton. En salles mercredi.

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