"Borat 2" est-il à la hauteur de son prédécesseur ?

LCI PLAY - Borat is back !

COME-BACK - Sacha Baron Cohen renfile le costume du journaliste kazakh, qui a fait frémir le box-office il y a 14 ans, dès ce vendredi sur Amazon Prime Video. Une suite forcément moins surprenante mais toujours aussi politiquement incorrecte, portée par une jeune actrice qui ferait presque de l’ombre au héros venu d’Europe centrale.

Son titre intégral est imbuvable. Alors à Borat, le film d’après : l’incroyable subterfuge au régime américain pour mettre en lumière la nation du Kazakhstan, jadis glorieuse, on préférera Borat 2. Sacha Baron Cohen ne devrait pas nous en tenir rigueur. Quatorze ans déjà ans après avoir affolé le box-office, l’acteur britannique ressort du placard son costume grisâtre et son accent à couper au couteau pour une suite tournée dans le plus grand secret en pleine pandémie.

Dès les premières minutes du film, on découvre que le succès du premier volet - plus de 262 millions de dollars récoltés - a directement conduit le journaliste kazakh au goulag. Il en sort seulement pour remplir une mission de première importance, à savoir livrer un cadeau au vice-président américain Mike Pence pour redorer l’image de son pays auprès du président "McDonald Trump". Le présent en question ? Sa fille de 15 ans, Tutar, qui rêve de "vivre dans une cage dorée comme Melania" mais dort dans une véritable cage.

Mon but était de faire rire, tout en mettant en lumière le dangereux glissement vers l’autoritarisme- Sacha Baron Cohen dans le New York Times

Si la surprise n’est plus de mise, cette suite fait toujours dans le politiquement incorrect. Mais l’Amérique de Bush n’est pas celle de Trump, bousculant de fait la portée satirique du personnage. "En 2005, vous aviez besoin d’un héros comme Borat qui était misogyne, raciste et anti-sémite pour que les gens révèlent les préjugés qu’ils gardaient pour eux. Mais maintenant, ces préjugés sont assumés. Les racistes sont fiers d’être racistes", souligne Sacha Baron Cohen au New York Times. Il insiste sur le fait que quand le président "est ouvertement raciste et fasciste, cela permet au reste de la société de changer son dialogue aussi". "Mon but n’était pas d’exposer le racisme et l’anti-sémitisme mais de faire rire, tout en mettant en lumière le dangereux glissement vers l’autoritarisme", explique-t-il.

On rit certes beaucoup devant ce Borat 2, toujours filmé caméra au poing à la manière d’un documentaire. Mais souvent jaune, partagé entre l’incompréhension et le malaise permanent face à certaines séquences. Sacha Baron Cohen a vécu cinq jours dans la peau de Borat chez des conspirationnistes, persuadés qu'"Hillary Clinton boit du sang de bébé" et que "les démocrates sont plus dangereux que le coronavirus". Parce que son double de fiction est devenu plus célèbre que lui, l'acteur se grime autrement à plusieurs reprises pour ne pas être reconnu. Ventre bedonnant et chapeau de paille sur la tête, il s’invite sur la scène d’une manifestation anti-mesures pour contrer le Covid-19. "Qu’est-ce qu’on va faire des journalistes ? Leur injecter la grippe de Wuhan ou les découper comme le font les Saoudiens ?", lance-t-il à une foule enthousiaste. Glaçant. Et c’est déguisé en Donald Trump, sa fille sur l'épaule, qu’il tente d’interpeller Mike Pence - rebaptisé "Michael Penis" - lors d’une réunion publique avant d'être exfiltré manu militari.

Un proche de Trump pris la main dans le pantalon

Mais le passage qui fait beaucoup parler, avant même la sortie du film ce vendredi 23 octobre sur Amazon Prime Video, met en scène l’un des très proches de Donald Trump. L’ancien maire de New York Rudy Giuliani est interviewé par la fille de Borat, qu’il croit journaliste. A l’issue de l’entretien, elle le conduit dans une chambre et se propose de lui enlever son micro. Le septuagénaire s’allonge ensuite sur le lit et est filmé la main dans le pantalon sans que l’on sache trop ce qu'il a l'intention de faire. Car Sacha Baron Cohen, sous une énième perruque, fait irruption dans la pièce en hurlant "qu'à 15 ans, elle est trop vieille pour lui". De quoi faire grand bruit à moins de deux semaines d'une élection présidentielle américaine plus que jamais indécise.

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Sacha Baron Cohen était déterminé à ce que son Borat 2 sorte juste avant le 3 novembre. "Nous voulions que ce soit un rappel pour les femmes, sur la personne pour qui elles allaient voter ou non. Si vous êtes une femme et que vous ne votez pas contre ce mec, alors vous savez ce que vous faites pour votre genre",  martèle-t-il. Borat serait-il devenu féministe ? Pas franchement. C'est Tutar, sa fille de fiction, qui en fait l'apprentissage, se heurtant à une bimbo Instagrammeuse qui lui affirme que plus une femme est soumise et faible, mieux c'est ; choquant des républicaines en parlant publiquement de masturbation ; ou encore offrant une piqûre de rappel bienvenue sur les droits des femmes à disposer de leur corps lors d'un rendez-vous surréaliste dans un centre de santé pour femmes où le mot "avortement" est interdit. Maria Bakalova, comédienne bulgare de 24 ans, apporte une dose de fraîcheur nécessaire au film pour ne pas tourner en rond. Et permet d'étendre le spectre des sujets évoqués.

Du coronavirus aux suprémacistes blancs, Borat 2 n'épargne personne et fera débat. Pas un hasard si Sacha Baron Cohen a programmé une avant-première virtuelle suivie d'une session de questions-réponses avec son héros kazakh dans la nuit du jeudi 22 octobre au vendredi 23 octobre à 3h, pile à l'heure où débutera l'ultime débat entre Donald Trump et Joe Biden. 

>> Borat 2 de Jason Woliner avec Sacha Baron Cohen et Maria Bakalova, disponible dès le 23 octobre sur Amazon Prime Video

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