"Captain Marvel", la critique : génial coup marketing ou vraie révolution féministe ?

"Captain Marvel", la critique : génial coup marketing ou vraie révolution féministe ?
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DÉCRYPTAGE – En salles ce mercredi, "Captain Marvel" est le premier blockbuster de la saga "Avengers" avec une femme en tête d’affiche. Une superhéroïne - interprétée par la comédienne Brie Larson - qui n’a vraiment pas besoin de ces Messieurs pour sauver le monde. Explications.

Une femme en tête d’affiche d’un blockbuster de l'Univers Cinématographique Marvel ? Ne cherchez pas, ce n’était jamais arrivé avant. En salles ce mercredi, "Captain Marvel" est le 21e volet de la lucrative série des films, lancée en 2008. Au fil des années, de nombreux personnages féminins ont donné la réplique à Iron Man & co. On pense bien évidemment à Black Widow (Scarlett Johansson), mais aussi à Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen) et Gamorra (Zoe Saldana). Sans parler de Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) qui fait battre le cœur de Tony Stark… Mais aucune, jusqu’ici, n’avait eu droit à son film bien à elle.

Les patrons de Marvel Studios, filiale de Disney, seraient-ils soudain devenus les nouveaux chantres du girl power, dans l’Amérique post-MeToo ? La réalité est un peu plus compliquée que ça… D’abord parce qu’au royaume des comics, les personnages masculins sont historiquement majoritaires. Ensuite parce les rares tentatives de films de superhéros au féminin se sont longtemps soldées par des flops mémorables. Qui se souvient du nanardesque "Supergirl" (1984) ? Du médiocre "Catwoman" avec Halle Berry (2004) et de l’anecdotique "Elektra" avec Jennifer Garner (2005) ?

Brie Larson, un choix tout sauf anodin

Il a fallu attendre le triomphe mérité de "Wonder Woman", l’intrépide Amazone de DC Comics en 2017, pour que la côte de ces dames dôtées de superpouvoirs remontent en flèche auprès des grands studios, soudain conscients que plus de 50% du public des salles est féminin, en Amérique comme ailleurs. Et si le projet "Captain Marvel" est évoqué depuis 2013 par Marvel Studios, le film de Ryan Fleck et Anna Boden semble voir été pensé, de la plume au casting, comme une réponse aux attentes du nouveau féminisme qui remue le monde du cinéma - et la société en général.

Le choix de Brie Larson pour tenir le rôle principal n’est d'ailleurs pas anodin. Le 27 février 2017, sur la scène du Dolby Theater de Los Angeles, la comédienne, Oscarisée en 2016 pour son rôle dans "Room", s’était abstenue d’applaudir Casey Affleck après lui avoir remis le trophée du meilleur acteur pour "Manchester by the sea". Une manière d’exprimer son soutien aux femmes qui l’accusent de harcèlement sexuel depuis plusieurs années.

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Bon, mais ça se traduit comment à l’écran ? Captain Marvel, c’est Carol Danvers, une ancienne pilote de l’US Air Force dont l’ADN a été croisé avec une substance extraterrestre suite à un mystérieux accident qui lui a en partie effacé la mémoire. Recueillie par le peuple Kree, elle apprend à se servir de ses incroyables pouvoirs sous les ordres de Yon-Rogg (Jude Law), le chef des troupes d’élite de Starforce. Jusqu’au jour où elle revient sur Terre, quelque part dans les années 1990, et part à la recherche de ses origines, avec l'aide de Nick Fury (Samuel L. Jackson), un personnage bien connu des fans de la saga "Avengers"…

"Captain Marvel" passe haut la main le test de Bechdel, cet outil qui évalue la place accordée aux personnages féminins par rapport à leurs homologues masculins à l'écan. Dans l’espace, Carole prend les conseils de "l’Intelligence Suprême", incarnée par Annette Bening, icône féministe de sa génération. Sur Terre, elle renoue avec Maria (Lashana Lynch), sa meilleure amie qui après avoir quitté l'armée, élève seule son adorable fillette. Et s’il y a plein de garçons à l’écran, aucun n’est là,  - et c’est rare -, pour faire battre son cœur. Encore moins la secourir…

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Malin, ce blockbuster de bonne facture, rythmé par une savoureuse collection de tubes des nineties (Nirvana, Garbage, No Doubt) raconte le destin d’une héroïne qui assume sa différence. Qui n’a jamais peur de prendre les commandes, au sens propre comme au sens figuré. Et qui ne manque pas d'humour, même lorsque le sort de l'humanité est entre ses mains. S’il y a d'ailleurs plein de situations comiques tout au long de l'intrigue, on notera qu’aucune vanne n’est faite aux dépens du sexe opposé. Encore moins d’une communauté et/ou d’une minorité.

Un an après "Black Panther", qui marquait une date dans la représentation de la communauté afro-américaine dans le cinéma grand public, "Captain Marvel" aura-t-il le même impact sur le public féminin ? L’idée la plus gonflée (opportuniste ?) au fond, est de faire de cette nouvelle venue le personnage le plus puissant de l’Univers Cinématographique Marvel. Le seul capable de mater le super-vilain Thanos dans le prochain "Avengers : Endgame", en salles le 24 avril prochain, déjà. Le destin de l'humanité n'attend pas. Le box-office non plus !

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