"Ce film, c'est un cauchemar de parents " : quand "Chanson douce" vient hanter le grand écran

"Ce film, c'est un cauchemar de parents " : quand "Chanson douce" vient hanter le grand écran
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INTERVIEW – Adaptation d'un roman primé au prix Goncourt, "Chanson douce" débarque dans les salles, mercredi 27 novembre. Les actrices Karin Viard et Leïla Bekhti, l'autrice Leïla Slimani et la réalisatrice Lucie Borleteau nous expliquent pourquoi il faut aller voir ce film, aussi effrayant soit-il.

C'était un défi de porter ce roman sur grand écran. Mercredi 27 novembre, "Chanson douce" sort au cinéma. Adaptation du roman de Leïla Slimani, choc littéraire de 2016 qui a raflé le Prix Goncourt, le film peut effrayer au premier abord. Et à juste titre puisqu'il s’attaque à un sujet tabou : l’infanticide. Inspiré d'un fait divers réel survenu à New York en octobre 2012, "Chanson douce", raconte l'histoire de Paul (Antoine Reinartz) et Myriam (Leïla Bekhti), un couple de Parisiens à la recherche d'une nounou pour garder Adam, leur bébé, et sa grande sœur Mila, âgée de 5 ans. Alors qu'ils pensent avoir trouvé la perle rare, Louise (Karin Viard, excellente) va peu à peu avoir des comportements étranges. Complètement dévouée à son rôle, elle prend de plus en plus de place au sein du foyer, suscitant l'inquiétude de Paul et de Myriam. Jusqu’au jour où elle sombre dans la folie. 

"Ce film, c'est un cauchemar de parents ", explique la réalisatrice Lucie Borteleau, qui a choisi de s'attaquer à une histoire aussi glaçante que fascinante. "Avec 'Chanson douce', on touche véritablement à la peur primale. Et aller voir ce film, c'est une façon d'exorciser cette peur ultime", analyse Karin Viard. "On se dit : 'Si j'arrive à regarder ma peur en face, ça ne m'arrivera pas", renchérit Lucie Borleteau. "C'est complètement irrationnel mais je pense que c'est ça qui contribue à construire ce phénomène d'attraction-répulsion qui était déjà présent dans le livre". 

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Preuve de la fascination qu'il exerce, le roman de Leïla Slimani s'est vendu à quelque 900.000 exemplaires en France et il a été traduit dans le monde entier. Déjà adapté au théâtre en mars dernier, il aura également droit à son adaptation cinématographique américaine, "The Perfect Nanny" ("La Nounou parfaite"). "La peur est sans doute une des émotions les plus douloureuses mais aussi les plus excitantes, surtout au cinéma", admet Leïla Slimani, qui dissèque de façon crue et réaliste les rapports des parents à leur nounou. 

"La relation entre la mère et la nounou était une des choses qui m'intéressait le plus dans le livre. C'est la seule relation salariée qui existe où vous payez quelqu'un pour de l'amour", analyse justement la romancière, qui est également la mère de deux enfants. " On arrive à confier ce qu'on a de plus cher à quelqu'un dont on connait finalement peu de choses. Et si on tombe sur quelqu'un qui nous manipule, tout est possible", admet de son côté Karin Viard. 

Même les monstres ont une histoire. Ils sont le droit qu'on la raconte et qu'on les considère comme des êtres humains- Leïla Slimani

L'histoire est d'autant plus troublante et puissante qu'à aucun moment Louise n'est présentée comme un monstre. "Il y a des moments où elle est désarmante et émouvante", admet son interprète Karin Viard, qui estime que si Louise "avait été entourée, elle n'aurait pas basculé dans la folie". Une analyse que partage Lucie Borleteau. "Louise est un personnage ambivalent. J'ai aimé le fait que le roman ne la condamne pas. Comme le dit Leila Slimani, on a tous une Louise en nous, et c'est peut-être ça qui nous fascine autant". 

"On est dans une société très violente, notamment à l'encontre des criminels ou des gens qui commettent une faute", estime Leïla Slimani, qui rappelle qu'elle est très attachée à la présomption d'innocence. "Même les monstres ont une histoire. Ils ont le droit qu'on la raconte et qu'on les considère comme des êtres humains". 

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