Après "Get Out", Jordan Peele casse encore les codes de l'épouvante avec l'épatant "Us"

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ON ADORE - Icône de la diversité à Hollywood depuis le succès de "Get Out", le réalisateur afro-américain Jordan Peele déjoue habilement les attentes avec "Us", en salles ce mercredi. Un film d’épouvante qui revisite la figure du double, chère au cinéma fantastique. Et qui offre à la comédienne Lupita Nyong’o l’occasion d’une performance qui fera date.

C’est l’histoire d’une famille américaine ordinaire. Gabe Wilson (Winston Duke),  sa femme Adelaide (Lupita Nyong’o) et leurs deux enfants, Zora (Shahadi Wright Joseph) et Jason (Evan Alex). Comme chaque été, ils prennent la voiture pour se rendre dans leur maison de vacances. Bien vite, une série de phénomènes étranges vient perturber leur quotidien sans histoire. Jusqu’à l’arrivée de quatre individus qui leur ressemblent comme deux gouttes d’eau… Même si vous avez décortiqué la bande-annonce de "Us", rien ne prépare à l’intrigue machiavélique conçue par le prodige Jordan Peele. 


En 2017, ce touche-à-tout de génie frappait un grand coup avec "Get Out", un thriller horrifique qui racontait les mésaventures d’un jeune photographe noir chez les parents un peu "étranges" de sa belle-famille blanche. Dans une Amérique secouée par un regain de crimes racistes, ce film de genre aussi politique que jubilatoire allait connaître un immense succès. Et permettre à son auteur, à peine 40 ans, de devenir le premier Afro-américain à décrocher l’Oscar du meilleur scénario original de l’histoire du cinéma.

Symbole presque malgré de lui du combat pour la diversité à Hollywood, Jordan Peele avait forcément la pression avant d’écrire son deuxième film. Sa première réussite avec "Us" est d’avoir su déjouer les attentes du public. "Il est important pour moi de pouvoir raconter des histoires sur la communauté noire, sans que la question de la race soit le sujet principal", explique le cinéaste dans une interview accordée à Rolling Stone. "J’ai réalisé que je n’avais jamais vu un film de ce type, dans lequel une famille afro-américaine est au centre de l’histoire. Une fois que vous avez réalisé ça, ce sont juste des gens."


Et c’est toute l’habileté de ce deuxième long-métrage, qui emprunte davantage à David Cronenberg, Brian De Palma, voire David Lynch, qu’au récent "BlackkKlansman" de Spike Lee, produit par Jordan Peele. Bien vite, le spectateur comprend que la menace ne vient pas de la différence, mais de la part obscure qui habite chacun des personnages. Elle est matérialisée ici par la figure du double, chère aux cinéastes cités plus tôt. Mais que Jordan Peele aborde avec le même mélange de réalisme, d’emprunts à la culture pop et d’humour à froid qui faisait déjà le sel de "Get Out".

De ses débuts d’acteur dans les shows comiques à la télé américaine, le cinéaste a conservé le sens du timing et la précision chirurgicale des répliques. Si l’ensemble de son casting est épatant, aussi bien dans le rire que dans l'effroi, difficile de ne pas faire sortir du lot l’incroyable Lupita Nyong’o. Cinq ans après avoir décroché un Oscar pour ses débuts bouleversants dans "12 Years A Slave", elle compose ici un personnage, pardon, deux personnages dont la psyché tourmentée, la gestuelle et le mode d’expression "original" devraient laisser plus d’un spectateur… sans voix.   

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