On a parlé Hollywood, licorne et James Bond avec Yann Demange, le Français qui dirige Matthew McConaughey dans "Undercover"

Sorties
DirectLCI
PORTRAIT - Son nom a été cité cet été quand il a fallu trouver un remplaçant à Danny Boyle derrière la caméra du prochain James Bond. "Des rumeurs incontrôlables" selon Yann Demange qui revient le 2 janvier avec "Undercover", son second long-métrage. L'histoire vraie du plus jeune indic' du FBI, devenu dealer de drogues. L'histoire plus personnelle aussi d'un "outsider", terme que le Français utilise aussi quand il s'agit de parler de lui.

Il s'excuse d'emblée de retarder légèrement le début de l'interview, le temps de se préparer un thé. La boisson détonne avec son look. Crâne rasé et piercing au coin de l'oreille, Yann Demange a des faux airs de Vin Diesel. Mais c'est derrière la caméra qu'il officie. Son premier film, "71", a mis tout le monde d'accord il y a quatre ans en nous plongeant dans les pas d'un soldat anglais perdu dans les rues de Belfast après une émeute. Les critiques ont été plus acerbes autour d'"Undercover", son deuxième long-métrage dont la sortie française est programmée pour le 2 janvier. 

N'en déplaise aux plus réticents, le réalisateur français y peint une fresque ultra-réaliste du Détroit des années 1980, gangrené par la drogue et les trafics en tous genres. Il y conte l'histoire vraie de Rick Wershe Jr., plus jeune indic' de l'histoire du FBI qui sera arrêté pour trafic de drogues quelques années plus tard. Toujours derrière les barreaux en 2018, "White Boy Rick" (Rick le Blanc, son surnom et titre original du film, ndlr) est le délinquant mineur non-violent à avoir purgé la plus longue peine dans l'Etat du Michigan. "En tant qu'Européen, je ne connaissais pas cette histoire", reconnaît Yann Demange qui explique avoir rejeté le projet dans un premier temps. "Je n'arrivais pas à voir un film avec lequel je pourrais avoir une connexion personnelle", dit-il.  

Ce n'est qu'un an plus tard, à la lecture d'un nouveau scénario, que le lien s'est fait. "Je comprenais vraiment ce gamin en tant qu'outsider qui essaie de trouver son identité et sa place dans le monde", détaille-il. Outsider, le mot reviendra à trois reprises lors de notre entretien. Yann Demange assure avoir toujours été en marge. Il l'a même écrit dans un recueil d'essai à paraître en février, The Good Immigrant USA. Une participation dont il est "très fier". "Mon nom entier est Yann Mounir Demange. D'ailleurs, on va commencer à m'appeler comme ça maintenant", nous annonce-t-il. Né à Paris d'une mère française et d'un père algérien, il a grandi à Londres et a uniquement fréquenté des écoles anglaises. Là où est né son amour du thé, sans aucun doute. Son frère aîné est originaire de Martinique, le cadet d'Argentine et un troisième d'Algérie. "Je n’ai jamais vraiment su d’où je venais", glisse-t-il en anglais. Il repasse parfois à la langue de Molière mais confesse être "un peu timide en français".

Je dois être prêt et actuellement je suis encore en train de façonner ma voix en tant que cinéasteYann Demange ne ferme pas la porte à James Bond

A 18 ans, il jouait les assistants sur le tournage d'un clip. A 41 ans, il se retrouve propulsé parmi les favoris pour succéder à Danny Boyle à la réalisation du prochain James Bond. "Il y a eu des rumeurs, elles sont devenues incontrôlables. Il n'y avait pas tant de vérité que ça en elles. Mais j'ai été flatté", nous assure Yann Demange qui ne ferme pas la porte à l'agent 007. "Je pense qu'un jour oui, j'aimerais faire quelque chose comme ça. Absolument. Le timing doit être bon, pour les deux parties. Je dois être prêt et actuellement je suis encore en train de façonner ma voix en tant que cinéaste", explique-t-il. Celui qui, il y a encore quatre ans clamait qu'il était "trop tôt pour Hollywood", vient pourtant de diriger Matthew McConaughey, Bruce Dern, Laurie Piper et Jennifer Jason Leigh dans "Undercover". Une victoire et six nominations aux Oscars à eux cinq.

"Oh, les temps changent vous savez !", répond Yann Demange qui estime que son film "n'est pas un film hollywoodien. Ce n'est pas ce que font les studios. C'est une anomalie, une licorne. Personne ne fait des films comme ça". Le réalisateur a enchaîné avec une autre "expérience folle", le tournage du pilote de la série HBO "Lovecraft Country" produite par JJ Abrams et créée par Jordan Peele ("Get Out"). "On ne peut pas appeler ça de la télévision. C’est quelque chose d'à part. Tourner ce pilote a été comme tourner un film. L’échelle, l’ambition… j’ai travaillé dessus pendant une année entière", nous raconte-t-il. La suite ? "J'aimerais vraiment bien faire un film en français. Peut-être, je touche du bois". 

Quand on lui demande ce que le Yann de 18 ans dirait au Yann d'aujourd'hui, il prend le temps de la réflexion. S'amuse : "Il dirait : 'regarde ce qui est arrivé à tes cheveux ! Mon pauvre !'". Puis reprend son sérieux : "Je suis très chanceux. Je ne peux toujours pas y croire à mon âge, alors encore moins à 18 ans. Je n’aurais jamais imaginé que ce soit possible. Maintenant, j’espère juste pouvoir en faire un troisième film. Un à la fois".

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter