États-Unis : accusée d'exploiter les enfants, la réalisatrice française de "Mignonnes" se défend

États-Unis : accusée d'exploiter les enfants, la réalisatrice française de "Mignonnes" se défend
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POLEMIQUE - Diffusé aux Etats-Unis sur Netflix, le film français "Mignonnes" est accusé de faire l’éloge de la pédophilie par les internautes et une partie de la droite américaine. Après avoir reçu le soutien de la plateforme, la réalisatrice Maïmouna Doucouré a décidé de sortir du silence.

C’est le film français dont tout le monde parle outre-Atlantique. Dans Mignonnes, la réalisatrice Maïmouna Doucouré suit le parcours d'Amy, 11 ans, une fillette parisienne issue d’une famille sénégalaise et musulmane, qui intègre un groupe de jeunes danseuses de son quartier dont les chorégraphies sulfureuses s’inspirent de celles des stars de la pop.  

Sorti en salles chez nous le 19 août dernier, où il a rassemblé un peu plus de 35.000 spectateurs, Mignonnes a été acheté par Netflix qui le propose à ses abonnés depuis le 9 septembre sous le titre Cuties. Avant même sa mise en ligne, de nombreux internautes s’étaient émus de l’affiche américaine, où l’on voyait Amy et ses camarades prendre des poses lascives. La plateforme l’avait retirée, reconnaissant qu’elle n’était pas représentative de l’œuvre, primée au Festival de Sundance. 

Réactions outrées de toutes parts

Fossé culturel ? Mauvaise foi ? Toujours est-il qu’à la découverte de Mignonnes, les attaques se sont multipliées aux États-Unis sur les réseaux sociaux. Mise en ligne la semaine dernière, la pétition d’une mère canadienne qui réclame le retrait du film, a ainsi été signée par plus de 650.000 internautes.  

L’affaire a pris ces derniers jours une tournure politique puisque le sénateur républicain du Missouri Josh Hawley a écrit une lettre ouverte à Reed Hasting, le grand patron de la plateforme. "Netflix devrait expliquer au public pourquoi ils distribuent un film, Mignonnes, qui manifestement exploite des enfants sexuellement et met en péril le bien-être de l'enfance", réclame-t-il. 

Son collègue texan Ted Cruz a lui écrit au ministère de la Justice afin qu’il ouvre une enquête "afin de déterminer si Netflix, ses dirigeants ou les individus impliqués dans le tournage et la production de 'Mignonnes' ont violé les lois fédérales contre la production et la distribution de pornographie infantile"

Face à ces attaques, Netflix affiche sa solidarité à la réalisatrice. "Mignonnes est un commentaire social contre la sexualisation des jeunes enfants", a indiqué la plateforme le 10 septembre dans un communiqué. "C’est un film primé et une histoire puissante sur la pression exercée par les réseaux sociaux et la société, de façon général, lorsqu’ils grandissent. Et nous encourageons quiconque s’intéresse à ces sujets importants à voir le film."

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Polémique autour du film "Mignonnes" : l'indignation à deux vitesses des États-Unis

Silencieuse ces derniers jours Maïmouna Doucouré s’est exprimée ce lundi lors d’un panel en ligne organisé par Unifrance, l’organisme de promotion du cinéma français à l’étranger. Rappelant que Mignonnes avait été présenté à Sundance en janvier dernier, elle a expliqué que "le public qui était là avait vraiment vu que le film traitait d’un sujet universel. Ça ne parle pas de la société française. L’hyper-sexualisation des enfants a lieu sur les réseaux sociaux et les réseaux sociaux sont partout." 

D’après elle, un film comme Mignonnes doit permettre "d’ouvrir les yeux sur ce problème pour essayer de le régler. Il est important et nécessaire de créer un débat et de trouver des solutions en tant que réalisateurs, responsables politiques et à l’intérieur du système éducatif".

A leur âge, elles ont vu ce genre de danses. N’importe quel enfant avec un téléphone peut les trouver- Maïmouna Doucouré, à propos des héroïnes de "Mignonnes"

Dans une interview publiée ce lundi sur le site Zora.com, Maïmouna Doucouré revient par ailleurs sur les conditions de tournage de Mignonnes, sur lesquels les élus républicains réclament des comptes. "J’ai fait en sorte de créer un climat de confiance avec les enfants en leur expliquant tout ce que je faisais et en leur parlant des recherches que j’avais effectuées avant d’écrire cette histoire", explique-t-elle.  

"J’ai également eu de la chance que les parents de ces filles soient des gens engagés, donc nous étions tous du même côté. À leur âge, elles ont vu ce genre de danses. N’importe quel enfant avec un téléphone peut les trouver", ajoute-t-elle, précisant par ailleurs avoir travaillé avec un psychologue pour enfant durant le tournage. Mais aussi après "afin de m’assurer qu’elles parviennent à gérer cette nouvelle célébrité"

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