"Portrait de la jeune fille en feu" : et si c’était le plus beau film français de l’année ?

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ON ADORE - Dans "Portrait de la jeune fille en feu", en salles ce mercredi, le réalisatrice Céline Sciamma scrute la naissance du désir entre une artiste-peintre et son modèle. Une romance en costumes très actuelle, portée par deux comédiennes dont l’alchimie crève l’écran.

On saura vendredi si le nouveau film de Céline Sciamma représentera la France dans la prochaine course aux Oscars. Avant peut-être de conquérir Hollywood – et les César avant –, "Portrait de la jeune fille en feu" avait fait sensation en mai dernier au 72e Festival de Cannes, son prix du scénario, attribué par le jury d’Alejandro González Iñárritu, faisant presque office de lot de consolation. Brillamment mis en scène et interprété, ce drame historique d’une folle modernité aurait pu, à vrai dire, prétendre à toutes les autres récompenses.

Pour sa mise en scène éblouissante

Après le très urbain "Bande de filles", Céline Sciamma plante sa caméra en 1770 dans une grande maison bourgeoise, en bord de mer, où Marianne, une artiste peintre, est invitée à réaliser le portrait d’Héloïse, une fille de bonne famille promise à un notable italien. Pour cela, elle devra se faire passer pour une dame de compagnie, son modèle s’étant montré un brin hostile à un précédent confrère masculin. Patiente et délicate, la réalisatrice scrute la naissance du désir entre ces deux héroïnes, engoncées dans les conventions de l’époque. Son film se regarde comme un tableau de maître sur lequel son auteure pose chaque geste, chaque réplique, chaque regard avec minutie pour nous conduire vers un crescendo déchirant.

Pour ses comédiennes en état de grâce

Remarquée en ado radicalisée dans "Le Ciel attendra" en 2016, Noémie Merlant livre ici la plus belle performance de sa carrière, troublante et troublée face à la beauté incandescente d’une Adèle Haenel qui s’impose, de film en film, comme la nouvelle patronne du cinéma français. N’en déplaise à Catherine, Marion et Isabelle... L'alchimie irrésistible entre ces deux comédiennes captive de bout en bout et donne à ce drame en costumes une dimension charnelle qui imprègne durablement le souvenir du spectateur. Si bien que tenter de les départager serait aussi cruel que de séparer leurs personnages respectifs.

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Pour sa proposition de cinéma très actuelle

Comme "Une fille facile" de Rebecca Zlotowski il y a quelques semaines, "Portrait de la jeune fille en feu" témoigne de l’émergence en France d’un nouveau regard féminin sur le désir, le fameux "female gaze", encore largement minoritaire chez nous au cinéma, à la télévision ou dans la publicité. Le film de Céline Sciamma n’est d’ailleurs qu’une affaire de points de vue. Celui de la réalisatrice sur ses comédiennes. De l’artiste sur le modèle qui la trouble. Et du modèle sur celle qui la met au nu, au propre comme au figuré. Sous ses faux airs de classicisme absolu, c’est une expérience de cinéma très actuelle, sinon la plus belle de l'année.

>> "Portrait de la jeune fille en feu", de Céline Sciamma. Avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Valeria Golino. En salles

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