"Rocketman" : une comédie musicale psychédélique qui n’a (vraiment) rien à envier à "Bohemian Rhapsody"

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ON ADORE - Dans "Rocketman", en salles ce mercredi, le réalisateur Dexter Fletcher raconte l’ascension fulgurante d’Elton John avec une énergie qui ravage tout sur son passage. Une grande comédie musicale rock n’roll, avec un Taron Egerton irrésistible dans le costume d’un personnage hors norme sur tous les plans.

Depuis le triomphe historique de "Bohemian Rhapsody", le biopic musical est un filon que les producteurs de cinéma ne sauraient tarder à creuser de nouveau. Des Beatles aux Rolling Stones en passant par Led Zeppelin et les Who, l’histoire du "classic rock" regorge d’histoires de musiciens ayant mis le feu sur scène comme en coulisses, à  une époque où les ventes disques en masse excusaient à peu près tous les excès.

 

Les excès, Elton John les a à peu près tous cumulés, de ses débuts confidentiels dans les bars enfumés de Londres à ses méga-concerts dans les arènes aseptisées de la planète entière. Le sexe, la drogue, le sexe et encore la drogue, ce fils d’un lieutenant strict de la Royal Air Force en a abusé pendant la première moitié de sa vie et de sa carrière, sur laquelle se focalise "Rocketman", ce mercredi en salles après son avant-première de gala au 72e Festival de Cannes.

Précisons que le projet, basé sur les mémoires du chanteur, a été lancé bien avant le succès de "Bohemian Rhapsody" même s'il en partage un élément clé. L’ironie du sort veut en effet que le réalisateur britannique Dexter Fletcher ait longtemps planché sur le film consacré à Queen avant d’être remplacé par une star de la mise en scène, l’Américain Bryan Singer. Puis de suppléer ce dernier en fin de tournage après son éviction rocambolesque.

Dès les premiers instants où Taron Egerton, la révélation de "Kingsman", débarque dans une réunion d’alcooliques anonymes en costume de diable, les cornes sur la tête, on pressent que "Rocketman" n'a pas grand chose à voir avec son prédécesseur. Ça se confirme dès que l’acteur entonne de manière inattendue "The Bitch is Back" pour raconter l’enfance du chanteur dans les années 1950, entre un père absent (Steven Mackintosh) et une mère narcissique (Bryce Dallas Howard) dans une banlieue trop guindée pour ses ambitions artistiques.

Des tableaux musicaux dignes de Broadway

Si "Bohemian Rhapsody" fonctionnait comme un formidable Jukebox cinématographique, entrecoupé de séquences dramatiques, "Rocketman" est une vraie comédie musicale "à la Broadway", où les classiques d’Elton John, méconnus du grand public pour certains, servent de point d’ancrage à d’incroyables tableaux qui lorgnent sur les classiques de Bob Fosse comme "All that Jazz" et "Cabaret". 


Difficile de ne pas éprouver une douce euphorie lorsque le jeune Reggie Dwight – le vrai nom de Sir Elton – s’encanaille dans les nuits de Londres en interprétant "Saturday Night’s Alright (For Fighting)" entouré d’une troupe de danseurs qui donnent le tournis. Ou quand la star en devenir entre littéralement en lévitation devant le public du Troubador, le célèbre club de Los Angeles, pour son premier concert aux Etats-Unis.

"Rocketman" se veut plus classique lorsque Dexter Fletcher expose les moments intimes de la carrière du chanteur. Son histoire d’amour destructrice avec le producteur John Reid (John Madden), prétexte à une poignée de scènes coquines, mais pas trop. Sa relation complexe avec ses parents, son père notamment, tire toutefois une petite larme. Tout comme l’amitié indéfectible qui unit la star à son fidèle compositeur Bernie Taupin (Jamie Bell).

 

Le film ne serait évidemment pas aussi réussi sans la performance épatante de Taron Egerton, qui chante lui-même les tubes d’Elton John  avec un timbre de voix franchement convaincant. Et une intensité dans le jeu qui transmet les tourments d’un personnage hors norme dont l’audace, l’exubérance et les combats personnels n’ont rien perdu de leur actualité.


>> "Rocketman", de Dexter Fletcher. Avec Taron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden. En salles mercredi.

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